par la magie de la plume et du pinceau

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 La fille du monde

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arilia

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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 20:51

Chapitre 20



Dans la salle principale de l’hôpital, il n’y avait que très peu de personnes à cette heure-là de la matinée. J’avais passé la nuit ici, à même le sol, car je ne savais pas si il y avait une chambre qui m’était disponible, mais, en plus, je n’avais pas réussi à trouver le sommeil, juste assez pour dormir une heure ou deux. Ca devait être à cause de mon évanouissement durant toute une journée. Naid, Astiran et Yasalyn avait dû probablement rentrer lorsque je dormais. Ainsi, je déjeunais dans la salle, seule…enfin…presque. La guérisseuse était assise à un bureau à l’autre extrémité de la pièce, triant des papiers en soupirant. Elle non plus n’avait pas dû dormir énormément, étant donné les grands cernes noirs sous ses yeux violets. Pendant que je faisais lentement tourner ma fourchette entre mes deux doigts, je vis Astiran arriver la tête dans les mains. Son visage était également orné de cernes. Il bailla tout en se massant la tempe.

- Quelle cuite…murmura-t-il. A présent, une grosse migraine me vrille l’intérieur de mon crâne.
- C’est ça de trop boire…lui répondis-je en laissant tomber ma fourchette dans mon assiette.
- Et toi ? Tu n’as pas bu ? me demanda-t-il en s’asseyant sur une chaise qu’il installa en face de moi.

Je hochai la tête négativement.

- Non. Je sais que, si j’en avais pris, j’aurais dégénéré, et je ne voulais justement pas que cela se produise.
- Il faudra bien que tu t’amuses un peu avec nous, un jour, me dit-il. Tu restes toujours dans ton coin.
- Oui, je le sais. Mais, pas maintenant. Peut-être à la fin de notre voyage…je ne sais pas encore. On verra bien…

Astiran sourit, puis, dans une grimace de douleur, il se prit la tête dans les mains.

- J’ai l’impression que mon crâne va exploser…grogna-t-il.
- Cela se nomme la gueule de bois, très cher ami…
- Je ne boirais plus autant la prochaine fois, si je dois subir cela !

Il leva lentement la tête, et balaya la salle du regard.

- Naid et Yasalyn ne sont pas encore levés ? me demanda-t-il. Ils sont encore dans leurs chambres ?
- Oui…enfin…je le pense.

Je soupirai, lorsque, justement, Naid pénétra dans la pièce. Contrairement à Astiran, il paraissait en pleine forme.

- Bonjour tout le monde ! s’exclama-t-il.

Il prit une chaise et s’assit à nos côtés.

- Je n’ai jamais été aussi bourré que la veille, continua-t-il. Ca devait être à cause de l’euphorie. Moi qui d’habitude tient très bien l’alcool.
- Il n’empêche que tu as ingurgité un nombre incalculables de chopes et de bouteilles ! lui dis-je en souriant. En plus, tu n’as été saoul qu’après quelques litres entiers !

Astiran soupira.

- Ca ne devait sûrement pas être mon cas. Cela peut s’expliquer, je ne suis pas habitué à l’alcool.
- Moi, on peut dire que j’ai un peu grandi dedans, ajouta Naid. Mais bon…il n’y a pas de quoi en être fier !
- C’est pour cela, qu’hier soir, je n’ai pas voulu embarquer dans votre aventure alcoolique.
- Et tu avais bien raison…gémit Astiran, une main plaquée contre son front.

Je me mis à rire.

- Quand je pense qu’il y a deux minutes, tu me disais qu’il faudrait que j’essaie un jour !
- Bah, ça sera ton problème si tu attrapes, tout comme moi, une migraine monstre !

Puis, je m’approchais discrètement de Naid, tandis qu’Astiran souffrait le martyr sur sa chaise.

- Est-ce que tu te rappelles de la soirée de la veille, à partir du moment où tu étais bourré ? lui glissai-je à l’oreille, le regard grave et sérieux.

Il me dévisagea bizarrement, une lueur de peur dans ses yeux.

- Qu’est ce que j’ai fait ? me demanda-t-il inquiet.
- Bon…déjà, tu n’en as plus le souvenir, c’est une bonne chose.
- Qu’est ce que j’ai fait ? répéta-t-il.
- Quelque chose que tu aurais pû regretter, lui répondis-je de manière énigmatique.

Yasalyn, qui, elle aussi, semblait être victime du phénomène de la gueule de bois, arriva dans la salle.

- En espérant que elle ne s’en souvienne pas, elle…ajoutai-je dans un murmure destiné à Naid.
- Hein ?! dit-il, ne comprenant à moitié ce que j’essayais de lui transmettre.
- Bordel de merde...dit Yasalyn. J’ai putain de mal à la tête !
- Bienvenue au club, grogna Astiran.

+O+O+O+O+


Après que les migraines d’Astiran et de Yasalyn eurent disparues, nous dûmes penser à reprendre la route. Nos sacs, déjà prêts, nous n’avions plus grand-chose à ranger ou remettre en ordre. La guérisseuse nous accompagna jusqu’à la sortie de l’hôpital.

- Je vous souhaite une bonne route à tous, nous dit-elle.
- Merci, répondis-je.
- Et Naid, ajouta-t-elle, il faudra que tu repasses dans quelques temps…
- Oui, oui, s’empressa-t-il de répondre. De toute façon, nous risquons de revenir à Ephyr. Donc, je viendrai te voir, je te le promets.

La femme hocha la tête, satisfaite.

- Merci…lui dit Naid.

Il lui déposa une petite bise sur la joue. Puis, nous nous mîmes en route. Après avoir détaché nos chevaux, nous avançâmes vers la sortie de la ville, lorsque nous entendîmes des pas furtifs et rapides qui nous suivaient.

- Madame la magicienne ! Madame la magicienne !

Nous nous retournâmes et vîmes la fillette de la veille, toute heureuse, une belle fleur mauve à la main. Sachant qu’elle l’appelait elle, Yasalyn s’agenouilla, un tendre sourire sur les lèvres.

- Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.
- Je voulais vous offrir cette fleur, dit-elle en la lui tendant.

Yasalyn la prit par la tige entre son pouce et son index.

- Quelle belle fleur…

Elle l’approcha délicatement de son nez et renifla le doux parfum qu’elle dégageait.

- Elle sent bon en plus…C’est une gueule de loup, je me trompe ?
- Non, c’est vrai, répondit la petite fille.
- Mais ce n’est pas une fleur normale, elle est chargée de magie, n’est ce pas ?

La fillette écarquilla les yeux, impressionnée.

- Comment vous le savez ?
- Je te l’ai dit hier, répondit Yasalyn en lui glissant un clin d’œil.
- Cette fleur ne fanera jamais, dit alors la fille. Elle a été bénite par les Dames de Wüen. Ce sont elles qui me l’ont offerte l’année dernière.

Puis, elle nous regarda tous du haut de sa petite taille.

- Vous partez ?
- Oui, nous devons continuer notre voyage, répondis-je.
- Faîtes attention à vous alors, nous prévint-elle.
- Pourquoi nous dis tu cela ? demanda Astiran.
- Tous les Neltiads, surtout les enfants, qui sont sortis en dehors de la ville ne sont jamais revenus…et…c’est ce qui est arrivé à ma sœur…

Elle baissa la tête, attristée. Yasalyn, troublée, posa sa main sur la joue de la fillette qui la regarda avec peine.

- Je suis désolée… lui murmura-t-elle, le regard compatissant.
- Merci…madame la magicienne…
- Au fait, je ne t’ai toujours pas demandé ton prénom, remarqua Yasalyn.
- Chasasil, répondit-elle.

Yasalyn leva sa main sur le front de la fille, qui ne comprenait pas.

- E sèt sotxun aiethéla…chuchota-t-elle.

Puis, elle releva les yeux vers la fillette.

- Sois heureuse, et que ta vie soit sous le signe du bonheur, ainsi soit-il…

Les yeux de Chasasil pétillèrent de bonheur, mais également de reconnaissance. Elle sauta au cou de Yasalyn, qui sembla étonnée par son geste, mais qui lui rendit néanmoins son étreinte.

- Merci beaucoup…

Je ne pouvais pas ne pas être attendrie par cette scène. Cette fille avait suffi à changer totalement le caractère de Yasalyn, qui se découvrait un instinct maternel et protecteur. C’était tellement touchant, émouvant… Astiran et Naid furent également saisis de tendresse en voyant cela, ça se lisait sur leurs visages aux sourires sincères. Puis, Yasalyn écarta d’elle lentement la fille.

- Allez…nous devons partir à présent…lui dit-elle.

Elle se leva et ajusta la fleur derrière son oreille droite.

- Porte toi bien. On se reverra, ajouta-t-elle dans un clin d’œil.

Chasasil hocha la tête, persuadée que ça serait la vérité. Après un dernier regard, Yasalyn se retourna et nous reprîmes la route. Sans que nous le voyions, la petite fille nous adressa un signe de la main, souhaitant que notre trajet se passerai dans les meilleurs conditions. Enfin, nous arrivâmes à une sortie de terre. Durant quelques instants, je fus éblouie par les rayons du soleil, mais je m’y habituai rapidement. Le tunnel pour Ephyr était en fait bien dissimulé derrière une colline, invisible à tout œil, sauf pour celui qui en connaissait l’existence. Un peu plus loin, une autre ville était visible. Il s’agissait également de la ville d’Ephyr, d’après Naid, mais celle des Humains. Devant nous se dressait une grande chaîne de montagnes aux sommets enneigés. Mais, nous devions probablement pas pouvoir la discerner depuis l’ intérieur de la forêt de Lharm, c’est pour cela que l’on ne s’était pas aperçu de sa présence.

- Naid ? demandai-je. Comment veux-tu franchir ces montagnes en deux journées seulement ? C’est impossible.
- Et pourtant, oui ! me répondit-il. Il y a, à une jour de trajet à partir d’ici, un tunnel à travers la montagne qui mène directement jusqu’à la ville de Naralir.
- Rusé…murmura Astiran. On y aurait pas pensé.
- Alors, en route.

Nous montâmes nos chevaux et commençâmes notre déplacement. Cette journée s’annonçait particulièrement belle, accompagnée d’un ciel coloré un bleu agréable totalement dégagé de ses nuages. Et pour finir, un petit vent léger soufflait en direction du Nord.

- A présent, Diphtil, dis moi ce que tu as vu hier, à l’auberge, me demanda Naid qui tenait absolument à obtenir un réponse de ma part.

Je jetai un rapide et discret coup d’œil à Yasalyn pour vérifier qu’elle ne nous écoutait pas.

- On va dire que tu as passé une tape bien placée à Yasalyn, répondis-je.

Naid me regarda avec de grands yeux inquiets.

- J’ai véritablement fait cela.

Je hochai la tête, alors, il murmura des jurons.

- Et après ? Que s’est-il passé ? me demanda-t-il.
- Elle n’a pas eu de réaction cohérente. Pour la suite, je n’en sais rien, je ne suis pas restée plus longtemps. Mais vu l’état dans lequel vous étiez tous les deux, je crains le pire !
- J’espère que tes craintes ne sont pas vérité…dit-il, embarrassé.

Le soir, lorsque la nuit commença à tomber, nous nous arrêtâmes au pied de la montagne.

- Demain est le grand jour, déclara Astiran en s’étirant après être descendu de son cheval bai. Nous arriverons enfin à destination.
- Enfin…soupirai-je. Au bout de quelques semaines tout de même, pas mécontente. En parlant de demain, il faudrait que je lise les instructions que m’a donné Elaeis.
- Oui, ça serait peut-être pratique ! remarqua Naid.

Alors, je pris mon sac, que j’ouvris et je me saisis du parchemin qui avait longtemps attendu tout au fond. Puis, je le déroulai et commençai à le lire en silence.

« Sache en premier lieu que l’on ne peut pas aller voir les Ondines à tout moment, il te faudra attendre la 3ème nuit après la pleine Lune. Tu tiras ensuite sur la plage nord de Naralir, alors, tu verras un grand rocher à la surface duquel sont gravées des inscriptions indéchirables. Plonge alors dans la mer, mais surtout, garde avec toi le pendentif d’ivoire dont je t’ai fait présent, étant chargé de magie divine, il te permettra de respirer sous l’eau. Nage sur environ deux centaines de mètres et en profondeur, tu apercevras Soul’Aucéan, la ville des Ondines. Pour pouvoir y enter, il te faudra te présenter et montrer le pendentif afin de leur prouver que tu n’es pas n’importe qui. Tu te feras alors emmenée auprès d’Amalia, et tu connaîtras ton destin, auquel je te laisse. Dernière recommandation : ne t’y tarde pas trop… »

Je ne comprenais pas le sens de sa dernière phrase, mais ce n’était pas l’essentiel, tant que je suivais ce conseil.

- Quand se produit la prochaine pleine Lune ? demandai-je.
- Elle apparaîtra demain, me répondit Yasalyn sur un ton neutre, le regard fixer sur le feu qui crépitait.
- Nous tombons dans les temps…murmurai-je. Nous avons de la chance.

Après un bien modeste repas chaud, je commençai à fatiguer, ayant presque passé une nuit blanche la précédente. Astiran également semblait tomber de sommeil à présent. Nous décidâmes donc d’aller nous coucher.

- Et vous ? demandai-je à Naid et Yasalyn, assis tous les deux auprès du feu. Vous vous couchez ?
- Non, pas maintenant, répondit Naid, qui paraissait totalement ailleurs, je n’ai pas encore assez sommeil afin d’aller dormir, je préfère veiller quelques temps…
- Pareil pour moi, ajouta Yasalyn.
- Bon…si vous le voulez, dis-je avec un sourire sur mes lèvres qui ne tint pas longtemps étant donné ma fatigue. Bonne nuit.
- A toi aussi, répondit mon frère sans même bouger.

Puis, je partis m’allonger dans ma couverture. Astiran s’approcha de moi. Tendrement, il me regarda et me caressa la joue.

- Ton épaule va mieux ?
- Oui, à présent, je ne ressens plus aucune douleur.
- Tant mieux alors…

Il me regarda fixement et intensément dans les yeux, à m’en gêner.

- Toi…tu as quelque chose à me dire, lui dis-je avec un sourire.
- Oh non, pas spécialement…
- Pourtant, je me souviens d’une fois où tu m’as répondu la même chose, alors que ce n’était pas vrai…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 21:01

Flash back


Elle commençait à s’affoler, à avoir peur…allait-elle réussir cette fois ? Sans se casser quelque chose ? Oui…même les colombes ont ces questions, surtout celle qui, dans mes mains, s’agitait. J’avais quinze ans à l’époque, et j’étais une époque où le rêve n’était que l’idéal possible pour moi. Il y avait quelques jours de cela, j’avais découvert, dans le jardin du monastère, cette belle et jeune colombe blanche, avec son aile gauche cassée. Prise de pitié, je le lui avais soigneusement bandée et avait pris soin d’elle dans ma chambre. Mais, aujourd’hui, à présent guérie, elle devait reprendre son envol, elle n’était pas confiante. Je l’amenai jusqu’à la fenêtre.

- Allez, envole toi, lui dis-je.

Mais, elle se retourna et me regarda avec des yeux presque attristés. Je me mis alors à rire.

- Ce n’est pas avec ses yeux apitoyés que tu me convaincras ! Il faut que tu prennes ton envol. Personne ne peux rester ici pour toujours… Va vivre ta vie, même si il te faut prendre des risques, sinon, tu ne seras jamais heureuse. Si tu le désires, je vais t’aider.

Je préparai mes mains.

- Attention, prépare toi. 1…2…3 !

Puis, je lançai la colombe vers le haut. Elle déploya ses ailes, puis, contente d’avoir retrouvé son aptitude à voler, elle disparut dans le ciel bleu. Un sourire attendri au bout de mes lèvres, j’observai le petit point blanc à peine visible disparaître au loin, à l’horizon.

- Tu es toujours aussi attentionnée à ce que je constate…

Je me retournai, Astiran était placé à l’embrasure de la porte.

- Tu aurais pû prévenir que tu étais là, lui dis-je sur un ton plaisantin. Tu m’as fait peur !

Il sourit.

- Je peux entrer ? me demanda-t-il.
- Oui, oui, bien sûr.

Alors, il pénétra dans la chambre et ferma la porte sans faire de bruit. Puis, il vint à côté de moi et s’accouda à la fenêtre.

- Elle s’est envolée ? me demanda-t-il en soupirant.
- Oui, enfin. Elle devait sûrement s’inquiéter du vol après son petit accident. Mais, elle a compris…
- Quoi donc ?
- Que, si elle ne prend pas de risques dans sa vie, elle ne connaîtra jamais le bonheur, la fierté d’avoir surmonter les épreuves, bloquée dans un univers absolument neutre où rien ne bouge. C’est très important de comprendre cela, car la majorité se positionnent sur la défensive, et ils n’arrivent jamais à franchir la porte de leurs rêves.
- Justement…

Il s’approcha lentement de moi et me fixa dans les yeux.

- Toi, tu as quelque chose à me dire, constatai-je en le dévisageant curieusement.
- Oh…rien de bien spécial…
- Ne me mens pas s’il te plait…cela se lit dans tes yeux, cela se voit tellement.

Il baissa la tête quelques secondes, comme pour prendre son élan dans sa parole, avant de la relever.

- Et bien…voilà…moi aussi je vais prendre un risque…je…

J’attendis en silence la fin de sa phrase qu’il eut du mal à prononcer.

- Diphtil…je t’aime…

Mon cœur fit un bond soudain et inattendu dans ma poitrine, c’était la chose à laquelle je m’attendais le moins. Et je me sentis tout à coup embarrassée, car je ne savais pas quoi lui répondre.

- Moi aussi, je t’aime énormément, mais…

Je sentais son regard peser sur moi, chaque mot que je prononçais détenait son importance.

- Je ne sais pas…répondis-je.

Un peu honteuse, je baissai la tête. Mais, il posa sa main chaude sur ma joue embrasée.

- Ce n’est pas grave…me dit-il, une pointe de tristesse tout de même présente dans sa voix.

Puis, il quitta la chambre, j’aurai voulu lui attraper la main pour l’en empêcher, mais une pensée me retenait. J’avais sûrement dû lui faire de la peine, j’étais vraiment une pauvre cruche sur ce coup-là… Bouleversée, je m’assis sur le lit, les mains jointes, le regard au dehors. Je fermai les yeux et ne pus m’empêcher de sourire.

« Tant de risques…il sera tellement heureux… »

Fin flash back


Astiran sourit après que j’eus raconté cet évènement passé.

- Oui…je m’en rappellerai toujours de ce jour…me dit-il.
- Cette histoire m’avait bien embêtée…lui avouai-je. Mais à présent, tout va mieux.

Curieusement, je le dévisageai.

- Allez, dis moi ce que tu voulais me dire, insistai-je sur un ton légèrement gamin.

Il soupira.

- Oh…tu sais…ça ne diffère pas du passé.

Je souris, comprenant la signification de sa phrase. Alors, je l’embrassai. Puis, après avoir décollé mes lèvres des siennes, je me serrai contre lui et fermai les yeux. Mise en confiance, je m’endormis rapidement.

°O°O°O°O°O°O°


Resté auprès du feu, Naid remuait nonchalamment les braises avec un bâton. A côté de lui, les bras croisés, Yasalyn restait de marbre, silencieuse, à peine présente. Elle osa tout de même commencer à parler.

- Pourquoi ne lui as-tu pas dit ? demanda-t-elle à mon frère.

Naid la regarda interrogé.

- De quoi parles-tu ?
- Tu sais de quoi je parle…de ton secret…

Il baissa la tête vers le feu.

- Je ne désire en aucun cas qu’elle partage ma souffrance, répondit-il.
- Tu lui caches trop de choses…remarqua-t-elle.
- Toi aussi, objecta-t-il. Tu m’en caches, à moi, à nous…

D’un geste rapide et inattendu, il attrapa la main gauche de Yasalyn, qu’il observa d’un clin d’œil.

- La demi-lune noire au pouce gauche…murmura-t-il. Je le savais bien depuis le début…

Yasalyn sembla surprise, mais en même temps terrorisée.

« Comment cela se peut-il… ? »

- Tu n’es vraiment pas comme tous les autres hommes, je ne m’étais pas trompée dessus non plus, dit-elle.
- Je suis comme toi…Mais je sens également qu’il te manque, tout comme moi, quelque chose…

Elle baissa la tête.

- Oui…trop de choses…trop de souvenirs…
- Des souvenirs ?
- Je ne me rappelle pas de mon passé avant mes dix ans. Je ne sais pas qui étaient mes parents, je me suis retrouvée seule, sans rien. La seule chose qu’il me restait, c’était mon prénom, mais rien d’autre.

Naid resta silencieux, Yasalyn semblait si sincère dans ses paroles qu’il était difficile de ne pas la croire.

- Je suis désolé…dit-il.
- Ce n’est pas grave.

Elle ferma les yeux et se souvint…

Flash back


Marchant sous la pluie, avec des pas mal assurés, la petite fille ne savait où aller, car elle ne connaissait rien. Elle regarda ses fines mains blanches recouvertes de blessures et de coupures. Avec le bout de ses doigts, elle se toucha son visage, ses joues creusées, qu’elle massa, le regard apeuré.

« Qui suis-je ? »

Elle ne se souvenait seulement que de son nom : Yasalyn. Le matin, elle s’était réveillée en plein milieu de la forêt, dans des habits, déchirés en lambeaux, maculés de sang et de boue. A son cou était attaché, au bout d’une chaînette d’argent, un pendentif de cristal et d’or en forme de chouette, un peu cassée : il lui manquait sa queue. Elle le serra fort dans sa petite paume : il était glacial. Quel était donc ce monde ? D’où venait-elle ? Tant de questions pour si peu de choses en tête… Elle ne savait pas, elle ne savait rien. La pluie collait ses cheveux blonds, tels de la paille, à son visage blême. Elle avait soif…faim…Plus elle avançait dans la boue avec ses pieds nus, qui s’y enfonçait dans un bruit gluant, plus elle fatiguait. La pluie tombait de plus belle… Au bout d’une bonne heure de marche silencieuse et humide, elle n’arrivait plus à tenir sur ses jambes blessées, elle tomba à genoux, puis posa ses mains à terre. Puis, quelque chose attira son attention. Le regard étonné, elle approcha sa main gauche de son visage. L’ongle de son pouce gauche était orné d’une belle demi lune, mais ce n’était pas le plus inquiétant : elle était noir d’ébène et luisait telle une hématite. Qu’est que c’était ? Cela voulait signifier quelque chose de spécial ? Pourquoi en avait-elle une ?…Elle n’eut pas la force de penser plus longtemps, elle s’affala dans la glèbe de tout son long, perdant connaissance. Son visage recouvert pas seulement de l’eau tombant du ciel…

Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle ne savait toujours pas où elle se trouvait, même si l’endroit différait de la forêt : elle était allongée dans un lit. Assis en face d’elle se trouvait un bonhomme grassouillet, au crâne chauve comme un œuf, tout habillé de blanc. Sur les lèvres un sourire satisfait mais qui laissait transparaître une impression de traîtrise.

- Qui êtes vous ? Où suis-je ? demanda-t-elle en s’appuyant sur ses coudes.
- Tu es à Deségipsien, répondit-il. Je me nomme Sarïn, je suis grand prêtre de cette ville.
- Deségipsien…Sarïn…répéta-t-elle à voix basse.

Elle resta silencieuse en regardant ses mains.

- Et toi ? Qui es tu ? D’où viens-tu ? lui demanda-t-il.
- Je ne me rappelle juste que de mon nom…Yasalyn…

Le prêtre sembla interloqué en entendant son nom, mais il retrouva rapidement son sourire.

- Normalement, dit-il, étant donné qui tu es, je devrais te tuer. Mais…tu pourrais me servir pour d’autres choses, grâce à ta nature…

La fillette l’interrompit.

- Attendez ! Vous savez vraiment qui je suis ?! Comment ?
- Grâce à ton pouce gauche…répondit-il sans bouger.
- Dites moi alors ! Qui suis-je ?! insista-t-elle, à la limite du cri.

@%@%@%@


Ses premiers souvenirs, mais, par précaution, qu’elle décida de ne pas avouer à Naid. Il connaissait sa véritable nature, cela suffisait.

- Tu as donc vécue seule ? demanda Naid. Durant toute ta vie ?
- Oui, j’ai dû me débrouiller par mes propres moyens, car personne ne voulait de moi, et désormais, je vivais dans la peur et la crainte des autres…
- Mais…tu ne connais toujours pas tes origines… ?

Elle baissa la tête.

- Non…mais peu m’importe…ils m’ont abandonnés, et même si je retrouve mes parents, je leur en voudrais pour toujours…

Un silence désagréable s’installa, on n’entendait juste que le faible crépitement du feu, qui mourrait lentement.

- Et toi ? demanda-t-elle. Comment as-tu perdu t…
- C’est une longue histoire…l’interrompit-il.

………

Au bout d’une bonne demi-heure, Naid termina son récit. Yasalyn restait silencieuse, alors, il en profita pour réalimenter le feu, avant de se rasseoir à côté d’elle.

- C’est…horrible…murmura-t-elle, bouleversée par ce qu’elle venait d’entendre. Abominable…comment peut-on vivre après cela ?
- Je me suis dit que la vie n’était pas que malheur, soupira-t-il. Que si l’on connaît les mauvaises facettes, on ne pourra, par la suite, forcement, n’en découvrir que les meilleures. Je ne pouvais me résigner à abandonner à ce point, j’étais encore trop jeune, j’avais encore trop de choses à faire, et en tout premier lieu, retrouver ma sœur…
- Je comprends alors mieux pourquoi tu es si fort à l’intérieur de toi, dit Yasalyn. C’est à cause de ce passé si difficile… Alors que moi, ce n’est pas entièrement à cause de cela… Mais…

Une question lui tourmentait l’esprit, elle ne passa pas par trois chemins, elle la lui posa :

- Pourquoi me fais-tu confiance alors, qu’à présent, tu sais qui je suis véritablement ?
- Parce que je te connais…répondit-il naturellement. Pas elle…mais toi.
- Mais, seulement depuis quelques jours !

Il s’approcha de plus en plus d’elle, elle ne savait pas comment réagir.

- En es-tu certaine ? lui demanda-t-il. N’as-tu donc jamais…
- Rêver ? termina-t-elle. Oui…j’ai trop rêvé…de toi…

Elle ne savait même pas la raison pour laquelle elle venait de prononcer ces mots. Mais, c’était désormais trop tard… Elle vit le visage de Naid s’approcher du sien, elle sentit son nez frôler le sien. Son souffle lui caressait délicatement sa joue et son odeur…elle fit battre davantage son cœur. Ils restèrent ainsi durant quelques secondes, se regardant ainsi l’un l’autre, à quelques millimètres de distance. Puis, elle passa un doigt entre leurs deux visages afin de décaler une de ses mèches de cheveux noirs, afin de mieux observer ses deux yeux violets qui paraissaient si doux et si charmeurs. Puis, ses lèvres se collaient petit à petit aux siennes, elle ferma les yeux. Elle sentit ses mains chaudes lui entourer lentement sa taille dénudée, elle en frémit. Peu à peu, leur baiser se fit de plus en plus appuyé. Cette chaleur ne venait pas seulement du feu… Depuis l’extérieur de cette scène, on ne pouvait discerner que deux silhouettes noires qui s’embrassaient devant un ballet de flammes vives. Mais, soudainement, Naid s’écarta, avec une expression de embarras sur son visage rougi.

- Excuse moi ! dit-il avec précipitation, confus. Je ne voulais pas…je…je suis désolé !

Yasalyn le regarda quelques secondes, un peu étonnée par sa réaction. Gêné, il se leva.

- Je suis fatigué, dit-il, comme si il cherchait une excuse. Je…je vais me coucher.

Puis, sans même lui souhaiter la bonne nuit, il se dirigea vers son sac. Un sourire malicieux apparut sur le visage de la jeune femme, qui le vit s’éloigner, il commença à déballer son sac. Puis, elle s’allongea dans l’herbe fraîche, ses bras croisés derrière sa tête. Elle soupira en regardant le ciel dégagé et étoilé. Dans une grande bouffée, elle inspira l’air pur que lui offrait la nuit. Puis, son regard se dirigea peu à peu vers la Lune blanche, gibbeuse.

« Demain…demain… »

Fermant les paupières, elle s’adonna à quelques rêveries.

« Ouoka orrop suot suorepse iome isuosdirunim sat saidia sanoph… »
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 21:19

Chapitre 21


Partie 1

Le lendemain matin, nous nous levâmes de bonne heure, afin de pouvoir franchir le tunnel en tout début d’après-midi, et ainsi, atteindre enfin la ville de Naralir. Mais, il restait encore quelques dizaines de kilomètres à parcourir, autant fallait-il se dépêcher ! Je sentais que Yasalyn était agitée, comme si elle désirait arriver à Naralir le plus vite possible, comme si quelqu’un la poursuivait, ce qui m’étonna. Naid, quant à lui restait silencieux, droit comme un piquet sur son cheval blanc. Leurs attitudes m’étonnaient, ce n’était pas dans leurs habitudes d’être ainsi. De temps en temps, ils se jetaient de discrets coups d’œil. En dehors de cela, le ciel s’était voilé de fins nuages grisâtres qui cachaient légèrement la face rayonnante du Soleil. Enfin, après quelques heures de route, nous aperçûmes une grande porte de pierre sur le flanc de la montagne, dont le sommet enneigé disparaissait dans les nuages tellement il était haut. Puis, nous arrivâmes enfin à l’immense porte. A sa surface étaient gravées des runes qui paraissaient très anciennes.

- Voici enfin la fameuse entrée du tunnel…annonça Naid en passant ses doigts dans les inscriptions.
- Personne ne l’utilise ? demandai-je. Il m’a l’air si désert pour un passage vers une aussi grande ville.
- A vrai dire, il n’y a que très peu d’échanges entre Naralir et les autres villes, me répondit-il. Ne me demande pas pourquoi, je n’en ai aucune idée.
- Il a l’air profond… remarqua Astiran.
- Et il l’est…

Yasalyn remit une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Mais…On ne peut le traverser dans l’obscurité totale ! dit-elle.
- Il y a justement un système spécial…

Naid descendit de son cheval et s’avança dans le souterrain.

- Attendez-moi ici, je reviens tout de suite.

Puis, il disparut dans l’ombre des pierres. Après quelques bonnes minutes d’attente, le tunnel s’éclaira soudainement.

- Venez ! nous lança-t-il.

Tenant son cheval par la bride, moi-même sur le mien, je pénétrai dans le tunnel. A droite, une rivière de flammes éclairait l’intérieur du souterrain.

- Comment cela se peut-il ?
- C’est du pétrole, répondit Naid en remontant sur son cheval. Il y a là un robinet, qui, lorsqu’on l’ouvre, déverse ce pétrole, le tunnel ayant été conçu en pente sur les côtés – a gauche en direction de Naralir, de l’autre côté pour la direction opposée – il coule naturellement dans cette rigole jusqu’à l’autre bout de la galerie. Après, il suffit juste de l’allumer et tout le passage se retrouve éclairé.
- Ce n’est pas bête ça…murmura Astiran. C’est remarquable toutes ces techniques que l’on a été capable de développer.
- On les aurait bien découvert un jour ou l’autre…soupira dédaigneusement Yasalyn qui fixait le haut plafond du tunnel.

Alors, nous continuâmes d’avancer à travers le souterrain. Plus nous continuions, et nous voyions l’entrée du tunnel disparaître dans un petit point de lumière blanche. Il faisait froid à l’intérieur, et il régnait une odeur d’humidité et un silence qui faisait trembler tellement il paraissait solennel. Seuls les sabots des chevaux sur les pavés glissants, dont le bruit se répercutait en écho contre les parois de pierre, se faisaient entendre. Je n’osai souffler mot, comme si parole rimait avec blasphème dans ce lieu ténébreux. Nos ombres agrandies étaient projetées contre le mur opposé à la rigole de feu. Mais, soudain, au bout de trente minutes, nous entendîmes un grand bruit venant de derrière, qui nous parvint en résonance. Les chevaux commencèrent à s’agiter brusquement et Naid s’inquiéta soudainement.

- Que se passe-t-il ? demanda Astiran.

Mon frère ne répondit pas, mais sa peur avait raison lorsque le bruit sourd se fit de plus en plus près.

- Vite ! Faites courir vos chevaux le plus vite possible !! Le tunnel est en train de s’écrouler !

Alors, Nous mîmes nos chevaux au grand galop. Derrière jetant un rapide coup d’œil, je voyais au loin le plafond qui s’écroulait, toutes les pierres qui tombaient, dégageant un telle quantité de poussière. Je me concentrai alors sur le devant. Les chevaux d’Astiran et de Naid galopaient plus vite et commençait à prendre de l’avance. J’entendais les éboulis avancer beaucoup plus vite que nous, et en voyant le tout petit point lumineux qui indiquait la sortie du souterrain, je doutais.

« Je ne dois pas douter…On va y arriver ! »

Déterminée, je me penchai sur mon cheval qui allait le plus vite qu’il pouvait. Mais, soudain, celui-ci trébucha sur une grosse roche qui traînait au sol, il tomba, et sa tête se fracassa contre les pierres. Le choc fut tellement violent qu’il en mort sur le coup, sa tempe trempée de sang frais. Je me retrouvai à terre, sans monture, terrifiée par ce qu’il y avait derrière. Mais, sans que je m’y attende, une main saisit mon poignet et m’entraîna à toute vitesse. Je regardai vers le haut : Yasalyn qui, les dents serrés, une main à la crinière de son cheval l’autre à mon poignet, essayait de me retenir tant bien que mal. Je restai consternée, mais la douleur de mes pieds traînant au sol et le bruit sourd des pierres qui tombaient derrière me ramenèrent à la réalité.

- Tiens bon ! me lança-t-elle, sa voix camouflée dans ce capharnaüm de chutes. Accroches toi bien ! Ne lâche pas surtout !!

Mais je voyais bien qu’elle n’arriverait pas à me tenir longtemps, sa force était limitée. De plus, je ralentissais considérablement le cheval. Mais soudain, le courage et la force m’envahit étrangement, comme si je n’étais plus véritablement moi-même. Mes images devenaient un peu floues et les bruits se feutraient dans mes oreilles, je voyais les lèvres de Yasalyn qui bougeaient mais aucun son ne me parvenaient. J’avais l’impression que le temps avait ralenti. Et soudain, prenant appui sur mes deux pieds, je fis un saut phénoménal, atterrissant à l’arrière du cheval, juste derrière Yasalyn. Tout à coup, une pierre s’abattit juste à côté de nous, faisant sursauter le cheval. Mais je ne fus bizarrement pas surprise, j’étais toujours dans un état second, en quelque sorte, je restais de marbre. Alors, je fermai les paupières. Je sentis comme un lien de conscience se former dans ma tête, des forces qui transféraient sur ce contact, et en même temps, le cheval, par je ne sais quel miracle, s’est mis à galoper de plus en plus rapidement, prenant même une vitesse inatteignable chez n’importe quel cheval. Je repris soudainement mes esprits. Nous allions bientôt atteindre la sortie du tunnel a quelques mètres de nous… Au dernier moment, une énorme roche s’abattit juste derrière nous et le cheval effectua un grand saut vers l’avant. Nous étions sorties de justesse… Ce choc de la pierre dégagea une immense quantité de poussière que l’on ne pouvait rien voir. Mais quand elle retomba, les rayons de Soleil atteignirent mes yeux et j’éternuai. J’arrivai alors à distinguer plusieurs silhouettes.

- Diphtil !

C’était Astiran qui arriva jusqu’à moi, inquiet. Il me prit par les épaules.

- Ca va Diphtil ? me demanda-t-il.
- Oui oui…je suis vivante, parvins-je à dire avec un sourire aux lèvres.

Il y répondit de même manière et me serra dans ses bras.

- J’ai eu si peur pour toi, me dit-il. Je ne te voyais plus, et mon cheval refusait de ralentir.
- Ce n’est pas grave…je suis en vie, c’est déjà ça !

A côté, Yasalyn et Naid me regardaient, intrigués et soulagés. Le cheval, quant à lui, était miraculeusement rescapé. Naid tourna son regard vers le tunnel obstrué de rochers énormes.

- Le tunnel ne pourra pas être utilisé avant pas mal de temps…dit-il. Cela risque d’être gênant.
- C’est secondaire ! lança Yasalyn qui frotta son bras recouvert de poussière. Je préfère perdre une route que ma vie !
- Tu as raison…

Nous nous retournâmes alors, et s’offrait à nos yeux une vision de paradis. Perchés en haut d’une colline, nous pouvions voir une énorme cité qui paraissait prospère, aux bâtiments luxueux. Derrière elle, une mer, dont les vagues s’agitaient contre les plages et les falaises, à la couleur de turquoise dont la ligne d’horizon se fondait au ciel d’un bleu pur et clair. L’air frais et salé de l’océan nous parvenait avec délice, secouant mes cheveux dans le vent. Planant au-dessus, des petits points blancs : des mouettes. C’était la première fois de ma vie que je voyais la mer, et sûrement aussi pour les autres. Se découpait par rapport aux autres bâtiments un immense château qui siégeait au milieu des maisons. C’était merveilleux, on se croyait en plein rêve.

- Naralir…enfin…murmurai-je.
- Nous voici donc arrivés…continua Naid.
- Pas trop tôt ! finit Yasalyn.
- Bon, bah allons-y !

Après avoir remis nos capuches, nous commençâmes à descendre la pente, tenant les chevaux par la bride, ceux-ci étant totalement épuisés par la course infernale qu’il avait fait dans le tunnel. Je sentais le regard questionné de Yasalyn peser sur moi, comme si elle se retenait de m’interroger. Je lui devais ma reconnaissance : elle m’avait sauvé la vie au péril de la sienne. Naid, quant à lui, paraissait fier, mais je n’en savais pas la raison. Au bout de quelques minutes de marche dans l’herbe verte et fraîche, nous vîmes un peu plus loin une masse noire qui avançait vers nous.

- Qu’est ce que c’est ? demandai-je.
- Je ne sais pas…répondit Naid. Aucune idée.

Elle s’approchait de plus en plus, lorsque nous nous rendîmes compte qu’il s’agissait en fait de soldats armés qui se dirigeaient vers nous au pas de course. Mais il était déjà trop tard : ils parvinrent à nous.

- Ne sortez vos armes ! lança un premier, un maigre aux gros bras. En cas de tout signe d’agression, nous vous attaquerons.
- Ah ouais ?! sortit Yasalyn avec un sourire peu chaleureux aux lèvres.

Mais Naid la retint avec son bras.

- De toute façon…vous êtes trop nombreux…constata-t-il. De quoi s’agit-il messieurs ?
- En raison que vous êtes les derniers voyageurs à avoir traversé le tunnel…
- Qui n’existe plus désormais…continua Yasalyn en l’interrompant.

L’homme lui lança un regard noir mais poursuivit sa phrase.

- Nous devons vous emmener au château, ordre du roi.
- Du roi ? demanda Astiran.
- Oui, le roi Théorald d’Aminastir.
- Depuis quand un roi commande-t-il une ville ? demanda Yasalyn.
- Depuis que Naralir a signé son indépendance, il y a de cela dix sept ans à présent, répondit le garde. Suivez-nous.

Je regardais Naid, qui soupira.

- Puisque nous n’avons pas d’autres choix…

Alors, nous nous mîmes en route, encerclés par la garde. Mais je commençai à m’inquiéter.

- Naid…murmurai-je à son attention. Mais…si jamais ils découvrent que nous sommes…
- Pas des humains ? termina-t-il dans un chuchotement. Nous ne pouvons rien faire… nous ne pouvons pas faire autrement. On faut se fier à la suite, à rien d’autre. Mais quoiqu’il en soit, reste surtout à mes côtés.

Je hochai la tête et se rapprochai de lui, sous l’œil d’Astiran qui trahissait une légère jalousie. Je souris à cette idée. Nous approchions de la cité de Naralir petit à petit, et plus nous avancions, plus nous nous rendions compte de l’immensité de la ville. Lorsque nous franchîmes les portes de la ville, les villageois nous regardèrent, étonnés. Ils étaient tous habillés assez bien, aucun n’était débraillé, ou avec des vêtements en lambeaux. Il n’y avait aucun mendiant sur le côté des rues, ni de chiens bâtards errants. Bref, c’était une belle ville aisée et plaisante. Le château, vu de près, paraissait encore plus grandiose, mais il semblait moins luxueux que le temple des Dames de Wüen à Ephyr, car il n’était pas constitué de marbre et d’or, mais seulement de pierres brutes empilées les unes sur les autres. A son entrée siégeaient deux grandes statues, les deux un point sur le cœur, l’autre main tendue en un salut solennel. Un drapeau aux couleurs vives se balançait au rythme du vent tout en haut de la plus haute tour qui semblait toucher le ciel cyan. Nous avancions dans une petite allée entre les jardins qui menait jusqu’à la porte du château. Les soldats nous fîmes entrer. L’intérieur était plus immense encore que celui de l’église de Désegipsien, ce qui me valut un hoquet de surprise. Puis, on nous mena jusqu’à une salle tapissée de pourpre et d’or. Au fond, un homme d’âge mûr aux cheveux bruns, avec une barbe, était assis sur un trône d’or, à sa gauche, une femme aux cheveux blonds qui tombaient jusqu’à sa taille, son regard semblait totalement ailleurs. Il devait sûrement s’agir du roi et de la reine de Naralir. Le soldat s’avança jusqu’au devant du trône et s’agenouilla.

- Ô grand roi Théorald, je vous amène les voyageurs, comme vous me l’avez demandé, sire.
- Bien, bien…répondit-il d’une voix qui se voulait forte. A présent, sortez tous de cette salle, j’aimerai m’entretenir avec eux.
- Bien mon seigneur…dit le garde en s’inclinant.

Puis, il se releva et ordonna aux autres soldats de partir de la pièce, qui lui obéirent. Nous fûmes alors laisser seuls avec le couple royal. L’homme se leva en s’appuyant sur ses bras.

- Ainsi, vous êtes les derniers voyageurs à avoir franchi le tunnel, dit-il. Pouvez-vous clairement m’expliquer ces évènements.
- Le tunnel s’est écroulé, tout simplement, répondit Naid.
- Ne s’agit-il pas du système du pétrole qui aurait explosé ?
- Non, je ne crois pas…

Le roi se gratta le menton en soupirant.

- De toute façon, le tunnel était trop vieux. J’ai bien fait d’entreprendre la construction d’un nouveau souterrain l’année dernière. Les travaux seront finis dans six semaines.

Puis, il leva son regard vers nous.

- Au fait, qui êtes vous ? demanda-t-il. Vous ne semblez pas venir de Naralir, et puis, ce n’est pas habituel de voir des voyageurs qui se cachent dans des capes…

J’eus peur tout à coup, sa voix avait changé de ton, même si cela était à peine perceptible, on le sentait. Je me rapprochai de Naid. Le roi s’avança vers nous à pas lents, sa femme ne bougeait pas, regardant la scène.

- Vous êtes des Neltiads…dit-il.

Un nœud se noua dans ma gorge. Comment avait-il su ? Naid semblait tout aussi surpris que moi, quant à Astiran et Yasalyn, ils ne bougèrent pas.

- Comment pouvez vous certifier cela ? demanda Naid.
- Jour de printemps s’écroulera
Le tunnel se s’obstruera
Deux Neltiads, deux humains à Naralir arriveront
Pour la première fois une déesse nous verrons
Avec ses voyageurs
Reviendra fruit du bonheur

C’était la femme qui venait de parler dans une voix résonnante et profonde, mais, c’est comme si elle semblait ne pas s’être rendue compte de ce qu’elle venait de prononcer, le regard vide. Le roi se tourna vers elle.

- Exact…murmura-t-il. Dévoilez-vous. Faites-nous confiance.
- En quoi pouvons nous vous faire confiance, sur votre respect…demanda Astiran.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Lun 25 Juin - 18:04

Partie 2

Le roi le regarda.

- Voyez les pupilles de mes yeux…nous dit-il.

C’est la première fois que je voyais cela. Son œil droit était d’un brun profond, mais son œil gauche était aussi indigo que celui de Naid ou que le mien.

- Vous êtes mi-Neltiad, mi-Humain…dit Naid.
- Alors…enlevez vos capuches. Aucun mal ne vous sera fait, nous certifia-t-il.

Lentement, nous retirâmes nos capuches qui recouvraient nos têtes, dévoilant notre visage au roi. Il sourit en constatant que Naid et moi étions bien des Neltiads.

- « Deux Neltiads, deux Humains à Naralir arriveront… » répéta-t-il dans un chuchotement.

Puis, son regard se fixa sur mon front, que je sentis brûler sous son regard. Son sourire s’étira davantage sur ses lèvres.

- « …Pour la première fois une déesse, nous verrons… » termina-t-il.

Il se mit alors à rire, sous nos regards surpris.

- Bienvenue à Naralir mes amis !

Nous clignâmes des yeux, étonnés de sa réaction, de son comportement brusquement changé.

- Comme vous devez le savoir, dit-il, je suis Théorald d’Aminastir, roi de Naralir. Et vous, qui êtes vous ?

Aucun de nous n’osa se lancer.

- Ne jouez pas les timides voyons !
- Euh…je m’appelle Naid, commença mon frère. Et voici ma sœur, Diphtil.

Le roi me regarda de côté.

- Je me doutais que c’était toi…dit-il dans un murmure.
- Et moi, je suis Astiran, continua l’intéressé.
- Bien…bien…

Puis, Théorald se tourna vers Yasalyn, celle-ci le regardait avec des yeux noirs.

- Et qui est cette jeune fille ?
- Je ne vous dirai jamais mon nom…lança-t-elle agressivement.
- Et pourquoi donc ? demanda Théorald, étonné par sa réaction.
- Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment… répondit-elle.

Le roi ouvrit grands les yeux, comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.

- Qui t’a appris cette phrase ? demanda-t-il, de plus en plus surpris.
- Je l’ai apprise seule, il y a bien longtemps, mais cela ne vous regarde pas !

Il n’y avait rien à faire, il continua de la fixer dans le fond de ses yeux bleus.

- Tu as dix sept ans, je suppose…

Sur ce coup, ce fut Yasalyn qui s’étonna.

- Comment savez-vous…

- « Avec ses voyageurs
Reviendra fruit du bonheur »

Soudain, ses yeux semblèrent pétiller de bonheur, son sourire était tellement sincère.

- Oui…c’est bien toi.
- Hein ?!
- Yasalyn, c’est cela ?

A ce moment, la jeune fille ne comprenait plus rien.

- Attendez…c’est une blague ! dit-elle. Vous m’avez espionné ? Vous connaissez mon nom, mon âge…quoi d’autre ?!

Le roi soupira, toujours avec ce sourire.

- Tu es…ma fille…
- HEIN ??! QUOI ?! s’écria Yasalyn. MAIS VOUS ETES TIMBRE ?! Je n’ai jamais eu de parents !
- Jamais ? demanda le roi tout en restant calme.
- Je n’en ai en tout cas pas le souvenir…
- A partir de quel âge ne t’es-tu rappelé de tes parents… ?
- J’avais dix ans…mais…POURQUOI JE VOUS RACONTE CA MOI D’ABORD ?!

Théorald sourit.

- Et puis, vous n’avez aucune preuve ! s’écria Yasalyn qui commença à s’énerver.
- Au contraire…répondit-il. Je connais ton nom et ton âge sans que tu me l’aies dit. Et puis…tu as toujours les mêmes yeux que ta mère. Roxane, viens voir…

La femme, qui n’avait pas bougé malgré le fait que sa fille soit de retour, s’approcha lentement, le pan de sa robe bleue glacée traînant sur le carrelage. Yasalyn la regardait avancer, mais, le plus étrange est qu’il lui paraissait de l’avoir déjà vue quelque part. Mais où ? Puis, la reine arriva à elle, et les deux femmes se regardèrent dans le fond des yeux. Comment Yasalyn n’y avait pas pensé… ? C’était exactement ses yeux, son visage…c’était elle en version plus âgée !

- Ce n’est pas possible…murmura-t-elle, refusant d’admettre la vérité.
- Et pourtant si…répondit la reine. Tu es bien notre fille…

A côté, nous regardions la scène avec étonnement. Jamais nous nous attendions à cela, comme tout le monde. Naid semblait totalement abasourdi.

- Viens voir si tu ne nous crois pas…dit le roi.

Alors, il sortit de la salle et nous le suivîmes. Nous arrivâmes, après un long parcours à travers les couloirs du château, devant un mur qui lequel était accroché un immense tableau qui mesurait au moins quatre fois ma taille. Il y était peint une petite fille en belle robe rouge, elle avait un chaton dans ses bras. Ses cheveux blonds étaient ornés de perles pourpres, ses yeux bleus semblaient en même temps doux et malicieux. Et son sourire, si enfantin…si naïf. C’était trop ressemblant que l’on ne pouvait pas dire le contraire : il s’agissait réellement de Yasalyn. Elle-même semblait bouleversée. Elle passa son doigt sur la toile peinte.

- C’est…moi…
- Exact, répondit Théorald, les mains derrière son dos. Tu avais six ans à l’époque.
- Mais…je ne comprends pas…dit Yasalyn. Pourquoi n’ai-je aucun souvenir de vous ? Vous savez ce qu’il s’est produit ?

Le couple royal se regarda entre eux.

- Tu as mystérieusement disparue une nuit…répondit Roxane. Tu avais dix ans, et malgré toutes les recherches, nous ne t’avons jamais retrouvée.
- Pourtant…tu avais notre signe, continua le roi. N’importe qui aurait pu reconnaître en toi la princesse de Naralir.
- Comment ?
- Grâce à ton collier que tu portais…

Nous relevâmes nos regards vers le portrait, la jeune fille portait bien un pendentif.

- La chouette de cristal ! s’exclama Yasalyn.
- Oui, c’est cela…répondit Théorald.

Alors, Yasalyn décrocha le poignard de sa ceinture, et en montra la poignée. Autour était enroulée une chaîne d’or, avec une chouette de cristal dessus, quoiqu’un peu abîmée.

- Tu l’as encore…murmura Roxane.
- Elle m’a toujours porté bonheur et chance lors des combats, répondit Yasalyn.

Ils semblaient tous, même Yasalyn, heureux de s’être retrouvés. Je restais là, attendrie. Mais, soudain, Théorald sembla se souvenir que nous étions présents.

- Quelle est donc la raison de votre venue à Naralir ? nous demanda-t-il. Vous avez dû beaucoup voyager.
- Effectivement, répondit Naid. Cela fait désormais deux semaines entières que nous traversons le Royaume d’Edenor.
- Quel périple ! Et vous comptez rester combien de temps ici ?
- Nous ne savons pas vraiment…répondis-je.
- Vous venez consulter Amalia, c’est cela ? demanda-t-il.
- Euh…oui, dis-je, un peu étonnée qu’il soit au courant.

Yasalyn ouvrit de grands yeux.

- C’était donc pour cela que vous vouliez venir ici ! s’exclama-t-elle. Et vous ne m’avez rien dit !
- Nous jugions bon de ne rien vous révéler…répondis-je.
- Si je récapitule, interrompit Théorald, vous allez rester pas mal de temps à Naralir. Mais savez vous où loger ?
- A vrai dire non…répondit Astiran.
- Que diriez vous si je vous invitais ? continua-t-il.
- Mais…commença Naid.

Mais Théorald l’interrompit immédiatement.

- Des Neltiads à Naralir durant une durée indéterminée, vous prenez quelques risques ! Alors qu’ici, vous êtes en sécurité, et vous serez mes hôtes !
- J’ai l’impression que vous ne nous laissez pas d’autre choix que d’accepter, dis-je en souriant.
- Parfait ! s’exclama-t-il en claquant dans ses mains. Je vais ordonner que l’on vous prépare à chacun une chambre avec des affaires, et ce soir, nous ferons un bon festin !
- Vous êtes sûr que ça ne vous dérange pas ? demandais-je.
- Si je vous le propose, c’est évidemment que non !

Il claqua dans ses mains, et immédiatement, un garde arriva. Après que le roi lui ait donné ses ordres, il repartit en murmurant un : « Bien mon Seigneur… »

- Vos chambres seront prêtes dans quelques instants, et je vous y guiderai, pour que vous vous prépariez avant le repas.
- Merci beaucoup, dit Naid en s’inclinant.
- Ne me remerciez pas ! C’est tout naturel d’accueillir les personnes, surtout telles que vous – il jeta un rapide coup d’œil sur moi – qui ont voyagé avec ma fille…

Il se tourna vers Yasalyn, qui fixait toujours le tableau, fascinée.

.O.O.O.O.O.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 14:16

Partie 3

- Voici votre chambre demoiselle… ? demanda le roi.
- Diphtil, répondis-je.
- Bien. Je vous laisse vous préparer.
- Merci.

Ils passèrent chacun devant moi, sauf Astiran qui s’arrêta devant moi.

- Que de choses en une journée ! soupira-t-il. Le tunnel qui nous tombe dessus, notre arrivée à Naralir, et pour finir, découvrir que les parents de Yasalyn ne sont qu’autres que le roi et la reine de cette cité !
- C’est vrai qu’il est difficile de faire mieux ! m’exclamai-je. Mais…je reste intriguée…
- Pourquoi donc ? me demanda-t-il.
- La reine…elle émane une aura étrange, de puissantes ondes magiques…je le sens…ce n’est une humaine comme toutes les autres…
- Des ondes magiques ? Ce seraient donc de ses origines que Yasalyn tirerait ses pouvoirs ?
- Il n’y a pas de doute…répondis-je. Seules certaines personnes dotées d’un pouvoir spécial peuvent faire usage de la magie…

Il s’approcha de moi, posa sa joue sur ma tête et me frotta l’épaule.

- Allez…me dit-il. Ne pense plus à cela. Nous sommes enfin arrivés ! Nous allons pouvoir vivre tranquilles !
- Cela m’étonnerait que ça soit déjà terminé, cette histoire. Mais tu as raison, profitons-en.

Après m’avoir fait un long baiser sur ma joue, il partit. Alors, je rentrai dans ma chambre. Elle était encore plus grande et plus luxueuse que celle dont je disposais à Désegipsien. Il y avait là un grand lit, un balcon au dehors, quelques meubles, dont une armoire, remplie d’une superbe garde-robe luxuriante. Dans la petite pièce juxtaposée siégeait une grande baignoire remplie d’eau chaude, et à son rebord des dizaines de petits flacons. Heureuse, je m’y approchai. Je débouchonnai alors un à un les fioles, sentant leur parfum. Framboise, pomme…tient, vanille ! Il y avait là énormément de choix, mais je ne pouvais pas les mettre tous dans mon eau ! Je penchai plutôt pour celui aux agrumes, que je déversai dans mon bain, se diluant avec douceur. Il sentait merveilleusement bon… Rapidement, je me déshabillai et me plongeai avec délice dans l’eau chaude et prélassante.

.O.O.O.O.O.O.

- Non, je t’en prie…je ne veux pas ! dit Yasalyn qui essayait de partir.
- Si ! Laisse moi venir avec toi ! lui répondit Naid qui la tenait de force par la main.
- Je dois sortir…je dois…

Elle le regarda au plus profond de ses yeux violets.

- Laisse moi venir avec toi…répéta-t-il avec douceur.
- Non…je ne veux qu’il…

Elle se tut en regardant ses pieds.

- C’est du suicide, Naid…

Il sourit en l’entendant prononcer son prénom. Il lui prit alors ses deux mains.

- Je veux te suivre, rester avec toi…continua-t-il.
- C’est trop risqué ! s’exclama-t-elle en essayant de s’enfuir, en tirant ses bras de l’emprise des mains de Naid. Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur !

Alors, il lui caressa sa joue tremblante.

- Depuis quand te fais-tu du souci pour moi ? lui demanda-t-il lentement. Toi qui d’habitude…
- Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent, l’interrompit-elle. Si je t’y en empêche, c’est qu’il y a bien une raison. Je veux pas que tu subisses toutes les souffrances que j’endure moi, ta vie est assez difficile comme ça. Je t’en prie…écoute-moi.
- Mais je veux…
- Laisse tes désirs de côtés et écoute moi pour une fois ! Tu veux sacrifier tout ce que tu as réussi à préserver durant toutes ces années ?! Ca serait du gâchis, inutile…je ne veux plus que tu souffres…surtout par ma faute…

Alors, il la regarda tendrement.

- D’accord…je resterai ici.
- Merci…lui murmura-t-elle.

Discrètement, ils s’échangèrent un rapide baiser qui gêna un peu Naid.

- Fais attention à toi surtout, la conseilla-t-il.
- Oui, ne t’inquiète pas, j’ai l’habitude…
- Même…

Puis, elle lâcha sa main et partit. Mais juste avant d’ouvrir la porte, elle se retourna.

- Naid ! Empêche quiconque de sortir s’il te plait…
- Je le ferai, je te le promets…

Un sourire s’afficha sur les lèvres de la jeune femme qui partit. C’est à ce moment-là que je sortis de ma chambre.

- Que se passe-t-il ? lui demandai-je.
- Rien, rien…soupira-t-il.

Puis, il me regarda de la tête aux pieds, car je m’étais vêtue d’une robe de jade aux broderies d’argent en forme de lierre, celle qui m’était tombée sous la main dès que j’ouvris l’armoire pleine à craquer.

- Tu es absolument ravissante ! me complimenta-t-il.
- Merci, lui répondis-je en rougissant. Tu sais où se déroule le repas ?
- Dans la grande salle de la tour est, me répondit-il. C’est Théorald qui me l’a dit.
- D’accord. On y va !

Après un long périple dans le labyrinthe que constituait le château, nous trouvâmes enfin la salle du festin. Une grande table était installée devant une immense vitre qui donnait sur la mer infinie. Un véritable rêve… Tout le monde était déjà présent, mise à part Yasalyn qui n’était, mystérieusement, pas ici. Mais bizarrement, le roi le savait car il n’y avait que cinq couverts disposés sur la table, comme si son absence était prévue.

- Où est donc Yasalyn ? demandai-je à Naid.
- Je le sais, mais elle m’a fait promettre de ne pas le dire, me répondit-il.

Ces promesses afin de tenir des choses secrètes commençaient à me taper sur les nerfs, mais, il ne pouvait sûrement pas faire autrement. Chacun de nous s’assit donc à table, je me retrouva entre Roxane et Astiran.

-Votre robe vous convient à merveille, déclara le roi Théorald.
- Merci beaucoup, lui dis-je. Il faut dire que la garde robe que vous avez mis à ma disposition est somptueuse.
- Ce n’est rien pour une déesse !
- Au fait…comment avez-vous su que j’étais une déesse ? lui demandai-je. Ce poème, qui racontait tout, d’où sortait-il ?

Il ne répondit pas, je crois plutôt qu’il ne m’avait pas entendu, car les plats arrivèrent.

- De moi…répondit une petite voix à côté de moi.

Je me tournai vers Roxane, qui regardait encore une fois le vide.

- Vous ? lui demandai-je perplexe.
- Je ne peux m’empêcher d’écrire des poèmes dans une espèce d’état second, et ils prédisent l’avenir d’une manière plus ou moins réaliste.
- Vous faites de la divination…
- Pas vraiment, je le fais inconsciemment, continua-t-elle. Seules les lignes de mes vers le permettent, mais je ne peux le faire tout le temps.

On me servit de la viande bien saignante dans mon assiette dorée. Cela faisait longtemps que je n’allais pas aussi bien manger !

- Mais comment avez-vous eu ce don de divination ? lui demandai-je.
- Je l’ai hérité de mon père, me répondit-elle. Il était l’un des plus grands devins qui a pu fouler ce monde. Lui, par contre, pouvait lire l’avenir quand il le désirait, il utilisait le plus souvent l’eidomancie*.
- L’eidomancie* ? lui demandai-je, n’ayant jamais entendu ce terme auparavant.
- Il peut se mettre lui-même ou la personne qui le désire dans une espèce de monde parallèle, un peu celui de ses pensées et de ses rêves. On est plus totalement soi-même, on voit la vie de l’extérieur. L’avenir lui apparaît par symboles et métaphores et jamais directement. Chacun a sa propre vision des choses, reste à décrypter le message de l’avenir…
- C’est une drôle de technique…murmurai-je. C’est lui qui a su la développer ?
- Oui, mais ça a été difficile, car c’est l’une des magies les plus difficiles qu’il puisse exister avec l’apothnescoracie* et chremacoucie*.

J’entendais des termes qui à mes oreilles étaient totalement inconnus, des termes magiques.

- Qu’est ce que c’est la…
- L’apothnescoracie* est le pouvoir de voir et de parler aux morts, me répondit-elle en m’interrompant, car elle connaissait ma question. Don très utile, mais seuls deux ou trois personnes dans ce monde le possèdent. Quant à la chremacoucie*, c’est le fait de pouvoir parler aux objets non vivants, aux arbres, aux animaux. Il y a déjà plus de personnes concernées que pour l’apothnescoracie*, mais il y en a quand même très peu. Lorsqu’elle était jeune, nous avons cru un moment que Yasalyn faisait partie des personnes ayant le don de chremacoucie*, mais elle a disparue avant que nous puissions le confirmer. C’est assez rare, que le sang d’un devin devienne celui d’un chremacoucien*, mais cela peut arriver…

Yasalyn tenait donc bien ses pouvoirs de là…j’avais bien eu raison. Mais elle était également chremacoucienne*, ce qui m’intrigua. Durant le voyage, il ne m’avait rien sembler de tout cela, mis à part qu’elle utilisait de la magie blanche. Elle détenait encore beaucoup de secrets voilés que l’on allait devoir connaître. Mais…il me semblait tout de même, que Naid était au courant de tout cela. J’avais remarqué le fait qu’ils soient plus proches tous les deux, que Yasalyn souriait en la présence de mon frère, et que celui-ci paraissait plus heureux. Tant mieux pour eux, pour lui surtout, je ne désirais que son bonheur.

Le repas se déroula dans de bonnes conditions. Pendant que je discutais avec la reine Roxane, les hommes parlaient entre eux. Bien heureusement, il n’y avait eu que peu d’alcool durant ce repas, je n’avais aucune envie que cela dégénère. Au dehors, la nuit était déjà tombée, et la pleine Lune pointait à l’horizon, juste au-dessus de la mer noire d’encre. C’était si beau… A la fin du festin, le roi se leva.

- Mes amis, déclara-t-il en tonnant de sa forte voix, je crois qu’il est temps d’aller se coucher ! Je vous souhaite à tous une bonne nuit !
- Merci, roi Théorald.

Nous nous levâmes alors et sortîmes de la salle. Astiran me prit par la main.

- Tu veux que je te raccompagne jusqu’à ta chambre ? me demanda-t-il.
Je lui souris sincèrement.
- Avec grand plaisir ! lui répondis-je.

Soudain, quelqu’un me tapota l’épaule, je me retournai. C’était Roxane.

- Oui ? lui demandai-je.
- Pourriez vous venir me voir dans ma chambre demain matin ? me dit-elle. Il y a des choses que j’aimerai vous montrer.
- Oui, si vous le désirez, lui répondis-je.
- Merci.

Puis, elle partit. Naid s’approcha de nous.

- Bon…je vais pouvoir bien dormir cette nuit ! nous dit-il.
- Nous aussi ! répondit Astiran. Enfin arrivés, des chambres tout confort, on peut dormir sur ses deux oreilles.
- C’est vrai cela…

Je déposai une longue bise sur la joue de mon frère, lui souhaitant la bonne nuit.

- Tu sais quand reviendra Yasalyn ? lui demandai-je.
- Elle m’a promis qu’elle serait là demain matin, ne t’en fais pas, me répondit-il.
- Je ne m’inquiète pas, je ne faisais que poser une simple question !

Il sourit et me caressa la joue.

- Allez, bonne nuit à tous les deux.
- Bonne nuit Naid, lui dit Astiran.

Puis, il partit.

- Bon…allons-y.

______________(fin du chapitre 21)______________


* "eidomancie", "apothnescoracie" et "chremacoucie" sont des termes qu'il m'a fallu forger moi-même à partir du grec. Par exemple : la "chiromancie" vient de o cheir : la main (désolée, il y a pas d'écriture grecque sur le forum...) c'est la divination de la main.
Ainsi, "eidomancie" signifie la divination des images (vient de eidos (se prononce é-i-do-s): l'image).
"apothnescoracie" signifie le fait de voir les morts (vient de apothnesko (se prononce a-po-t-ne-s-ko) : mourir, et de orao : voir)
quant à "chremacoucie" ça signifie entendre les choses, les objets (vient de chrematos (se prononce kré-ma-to-s): les choses et de akouo : entendre)

Voilà voilà ! Comme je vous l'ai dit, le chapitre 22 ne sera pas diffusé, car c'est un chapitre interdit (si vous voyez ce que je veux dire ! XD) Donc nous passerons direct au 23 !
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 14:24

Chapitre 23



Partie 1

- Jamais vu ça ! déclara le roi Théorald.

Nous étions tous à table, en train de déjeuner dans la salle des repas, toujours placés devant cette magnifique vue sur la mer turquoise reflétant le Soleil, bordée du vert et du marron des falaises, et du beige sablé des plages.

- Des framboises par centaines ! continua-t-il. Alors qu’il n’y en avait aucune hier, c’est bien mystérieux tout cela ! De plus, ce n’est pas l’époque ! C’est sûrement un cadeau des dieux !

Il prononçait ses mots avec force, comme d’habitude, mais il trahissait tout de même son grand étonnement face à cet événement énigmatique, mais pas pour tous… J’échangeai un rapide sourire coquin à Astiran à côté de moi. Lui et moi savions très bien ce qu’il s’était produit, mais, mieux valut-il garder ce secret pour nous deux seuls. Yasalyn était revenue au château, mais elle semblait épuisée, ses yeux ornés de grands cernes noirs. A côté d’elle, Roxane ne paraissait pas tonique non plus, de toute façon, ça ne semblait pas dans son habitude de l’être, car elle était de nature calme et réservée. Naid, quant à lui, restait silencieux, il jetait quelques discrets regards de temps à autres, mais préférait se concentrer sur son assiette.

- Savez vous que notre fils revient de voyage ce soir ? demanda le roi. Il a à peu près votre âge.
- Et à présent…j’ai un frère…murmura Yasalyn dans un long soupir. Ca devient à la limite du cauchemardesque si ça continue ainsi, toutes ces découvertes d’un coup. Déjà, hier, j’ai failli atteindre l’infarctus, alors, faut se calmer sur les grosses frayeurs, même si je suis résistante !

Nous sourîmes. C’est vrai que ça ne devait pas être facile pour elle, de redécouvrir une grosse partie de son passé d’un seul coup. Fallait savoir s’y habituer.

- Que projetez-vous de faire aujourd’hui ? nous demanda le roi.
- Nous ne savons pas encore à vrai dire, dis-je.
- Vous pouvez visiter Naralir, les plages sont merveilleuses à cette époque de l’année, les falaises également.
- Oui, c’est ce que nous irons faire, je pense…répondit Astiran.
- Je le crois aussi…répéta Naid sans lever le regard de son assiette presque vide.

A la fin du repas, nous nous levâmes tous de table. Roxane vint à ma rencontre.

- Diphtil…me dit-elle. Pouvez vous me suivre ? J’aurai des choses à vous montrer. Peut-être cela vous intéresserait-il…
- Oui, avec plaisir, lui répondis-je.

Je me retournai vers Astiran.

- Je vais avec Roxane, je reviens tout à l’heure, lui dis-je.
- Pas de problème, me répondit-il en souriant. A tout à l’heure alors…

Puis, il partit. Alors, Roxane se mit également en route.

- C’est dans ma chambre…
- Mais…de quoi s’agit-il ? lui demandai-je.

Mais elle ne me répondit pas et continua à marcher. Je n’avais pas d’autre choix que de continuer à la suivre. Puis, au bout de quelques minutes, nous arrivâmes à la salle dite. C’était une fort belle salle, en effet. Très grande, avec une cheminée, le tout sur les tons ocres. La reine se dirigea alors vers un secrétaire d’où elle tira quelques parchemins. Puis, elle me les tendit.

- Qu’est ce que c’est ? lui demandai-je en prenant tous les parchemins entre mes mains.
- Lisez…me répondit-elle d’une voix basse.

Alors, je m’assit sur une chaise et me mit à lire le premier parchemin qui me venait sous la main.

Retour attendu
Eclair inattendu
Sous ses yeux régiront ordres
Car ira la tentation le mordre
Plusieurs cœurs brisera
A moitié il gagnera
Seule véritable victime je resterai
A cause de lui bonheur s’en irai


Ce n’était pas de la haute poésie, mais c’était le fruit de la divination.

- C’est vous qui avez écrit cela je suppose…lui demandai-je en se tournant vers elle.

Elle hocha la tête pensivement, sans même de regarder, accouder sur la cheminée de pierre blanche. Je me mis à lire les autres parchemins les uns après les autres, certains paraissaient tellement mystérieux que l’on en arrivait à tirer un sens cohérent.

- Mais…pourquoi vouliez vous me les montrer ? demandai-je à Roxane.
- Vous êtes une déesse, peut-être tirerez vous sens à ces mots de mon inconscience…répondit-elle.
- Je ne suis pas sûre de réussir…lui avouai-je. Je contrôle à peine mes récents pouvoirs, et…

Elle m’interrompit en posant la main sur mon épaule, et en regardant profondément avec ses yeux bleus.

- Peu m’importent vos pouvoirs…me dit-elle. Si vous êtes une déesse, c’est dans votre cœur, et rien d’autre. Vous en avez la nature, et cela, sans même vos pouvoirs, comme vous les appelez. C’est ce qui fait le divin, la force intérieure.
- Mais, je ne suis pas forte…répondis-je. Je suis comme toute femme de ce monde, je dirais même que je suis de nature sensible, alors…

Son regard s’accentua davantage.

- Cela n’empêche pas le courage et la détermination…
- Des milliers de personnes en font preuve plus de moi ! dis-je.
- Ils en font plus preuve, mais est ce que cela signifie qu’ils en ont plus que vous ?

Je restai silencieuse un moment.

- De toute façon, continuai-je, je ne serai jamais la plus courageuse des femmes…
- Regardez un peu tout le trajet que vous venez d’effectuer durant ces deux dernières semaines…me dit-elle. Et pourquoi avez-vous fait cela ? Pour juste être guidée par Amalia, afin de continuer votre chemin, encore plus déterminée qu’avant. Et se lancer dans une aventure, rencontrer des obstacles et des dangers, dans le but de la continuer, cela vaut encore plus de courage que n’importe qui…
- Et Naid ? Et Astiran ? demandai-je. Eux aussi ont voyagés avec moi !
- Est-ce eux qui ont décidé de partir au départ ?

Je ne pouvais pas répondre à un argument pareil… mais, je n’étais pas totalement convaincue.

- Il y a des centaines de personnes qui parcourent le monde à la poursuite de leur destin ! soutenai-je.
- Une Neltiade qui traverse tout le royaume d’Edenor, je ne crois pas…

Elle avait toujours le dernier mot ! Je savais que je ne pourrais pas m’en sortir.

- D’accord…dis-je à contrecoeur. Si vous le pensez…
- Ce n’est pas moi qui dois le penser, mais toi…

Je lui tendis les parchemins afin de lui rendre, mais elle me fit un signe de la main.

- Gardez les…je n’en ai pas besoin, me répondit-elle.
- Bon…d’accord.

Elle me sourit pour une première fois, et il me remplit de chaleur.

- Allez…me dit-elle. Je crois qu’il y a un jeune homme qui vous attend !

Je ne pus m’empêcher de rougir par rapport à ce qu’elle venait de dire. Puis, je sortis de la pièce en soupirant.



Après quelques minutes de recherche intensive, je retrouvai enfin Astiran, en pleine discussion avec Naid, tous deux adossés contre le mur du château, et devant eux s’étendaient les grands jardins aux arbres fleuris, particulièrement les splendides cerisiers qui arboraient des petites fleurs aux corolles roses. Je les voyais là, les deux hommes, qui à présent se connaissaient bien, mieux encore, ils s’entendaient bien tous les deux, un bon terrain d’entente s’était installé entre eux deux. Désormais, après les récits détaillés dont je lui avais fait part durant toutes ces longues années, Astiran savait à présent qui était véritablement mon jeune frère. J’avais craint au début qu’ils ne se disputent à cause de moi, mais leur rencontre avait vaincu la possible jalousie qui aurait pu régner. Ils tournèrent tous deux leurs regards vers moi lorsque j’arrivai près d’eux.

- Que voulait-elle donc, la reine ? me demanda Astiran.
- Rien de bien spécial, répondis-je.

Je voyais Naid garder un sourire bien mystérieux sur ses lèvres, ce sourire qui cache quelques secrets.

- Qu’y a-t-il ? lui demandai-je.
- Rien de bien spécial, m’imita-t-il, me faisant rire.

Néanmoins, je sentais son regard malicieux se fixer sur moi, il y avait quand même quelque chose qui se tramait dans mon dos sans que j’en sois au courant.

- Où est Yasalyn ? demandai-je. Je l’ai juste aperçue durant le déjeuner, mais c’est tout.
- Elle est partie se reposer un peu, me répondit mon frère. Elle ne se sentait pas très bien, donc, elle est partie se coucher.

Je hochai la tête. Puis, je me tournai vers Astiran.

- Que fait-on donc cet après midi ? demandai-je.
- Une petite ballade près des falaises ne nous fera aucun mal je pense.
- Bonne idée ! approuvai-je. Naid ? Tu viens avec nous ?
- Oh non, répondit-il. J’ai des choses à faire.
- Des choses à faire alors que nous avons fini notre voyage ? lui demandai-je un peu étonnée. Tu devrais te détendre un peu.
- Non, mais allez-y sans moi, dit-il en me faisait un clin d’œil.
- Mais…

Astiran me prit par la taille.

- Ne vas pas trop insister, me dit-il. Sinon, il aura encore moins envie de nous accompagner !
- Tu es sûr de ne pas vouloir venir avec nous, Naid ?
- Sûr et certain ! Allez-y !
- Bon…d’accord…

A contrecœur, nous le quittâmes. Il resta là, seul, adossé contre le mur, néanmoins, il gardait toujours le même sourire.

« Je t’adore soeurette… »
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 14:37

Partie 2


Durant quelques minutes, nous marchâmes afin de sortir de la ville de Naralir, et de se rendre dans la pleine campagne, jusqu’aux falaises.

- Yasalyn serait donc une chremacoucienne, d’après ses dires…dis-je à Astiran, après lui avoir déballé toute la discussion d’hier soir que j’avais partagée avec Roxane.
- Cela resterait plausible après tout…répondit-il. Mais chremacoucienne ne veut pas dire obligatoirement magicienne…et pourtant, elle a fait usage de sortilèges si je ne m’abuse…
- Je sais, mais je ne vois pas d’autre possibilité !

Je tournai ma tête vers la sienne en continuant de marcher.

- Et toi ? Qu’as-tu donc à me raconter ? lui demandai-je.
- Je crois que…j’ai enfin acquit la totalité de mes pouvoirs divins de la terre.

J’écarquillai des yeux.

- Ah bon ? Comment le sais-tu donc ?
- Je ressens depuis ce matin une aura se dégager de chaque être vivant particulier, même avec les plantes. Et puis, je le sens au plus profond de moi, une force puissante…
- Et…aurais-je le droit à une petite démonstration de ta part ? lui demandai-je.

Ce n’est pas que je n’avais pas confiance en lui, mais je voulais voir afin de confirmer mes dires. Même cent témoignages ne valent pas un regard, d’après un proverbe provenant du Royaume de Shindoë, un royaume plus au Nord.

- Avec plaisir, me répondit-il. Tiens, bah justement…

Nous arrivâmes enfin en haut des falaises. C’était si beau…nous voyions la mer d’en haut. La ligne d’horizon mariait si bien eau et ciel que l’on aurait dit qu’ils ne formaient qu’un. Les vagues, plus ou moins hautes, venaient se briser contre ses murs de pierre, comme si elles voulaient de force y pénétrer. Quelques bateaux, voiliers blancs, s’aventuraient sur cette belle bleue. Et dans le ciel, ce n’étaient pas des bateaux qui s’y promenaient, mais quelques cumulus moutonneux de coton et des mouettes, qui chantaient à la gloire de la mer, leur mère… Je sentais le vent chargé d’un sel délicat m’ébouriffer les cheveux qui partaient en arrière, j’étais libre... Astiran me prit par la taille, et posa sa joue sur ma tête.

- Si ce n’est pas merveilleux…me murmura-t-il.
- Oui…on se croirait dans un rêve…
- Ne sommes-nous pas les rois du monde, perchés ainsi ?
- Je suis déjà la femme la plus heureuse du monde, cela me suffit amplement…

Il me sourit, mais, étrangement, ne m’embrassa pas. Puis, il regarda de l’autre côté.

- Tu vois ce champ de plantes, juste là ? me demanda-t-il.
- Oui…et ?
- C’est du colza, et cela ne fleurit que fin avril, début mai. Cela donne plein de merveilleuses petites fleurs jaunes.

Il se tut alors, je le sentis se concentrer au fond de lui-même, et soudain, cet océan vert de plantes devint jaune ; toutes les fleurs s’ouvrirent d’un coup, déployant leurs pétales rayonnants de soleil. J’en restai bouche bée, devant cette vision de merveille, puis, je me tournai vers Astiran.

- Maintenant, c’est sûr…lui dis-je.
- Attends, ce n’est pas fini.

Alors, il s’accroupit au sol et posa sa main à terre. Petit à petit, je vis la terre se remuer, et soudain, il en sortit une branche épineuse. Puis, tout à coup, une magnifique rose rouge s’épanouit à son extrémité avec toute la grâce d’une fleur. Astiran sortit donc sa dague et sectionna la tige. Puis, il se releva, la rose entre son pouce et son index.

- Tu vois cette rose…me dit-il. Elle peut tantôt paraître provocatrice avec ses épines, tantôt douce et fragile avec ses fins et lisses pétales. Et pourtant, même si ceux-ci sont de la couleur du sang, c’est la plus belle fleur qui puisse pousser dans ce monde. Elle ne te rappelle pas quelqu’un par hasard ?

Je devinai la réponse et souris, flattée. Il fit passer les doux pétales de la rose à la surface de mon cou, avant de m’embrasser tendrement.

- Tout est si merveilleux…lui murmurai-je après avoir détacher nos lèvres.
- Surtout toi, ajouta-t-il.
- Quel séducteur cet Astiran ! plaisantai-je en posant mon index sur son menton.
- C’est ce qui, d’ailleurs, fait mon charme !

Je souris.

- Au fait…je ne comprends pas comment tu as acquis tes pouvoirs.
- Je crois avoir ma petite idée sur le sujet, me répondit-il.

Son sourire se faisait tellement coquin que je devinai immédiatement sa pensée.

- Tu ne crois quand même pas que c’est le fait que l’on ait fait l’amour hier soir qui ait changé cela ?
- Et pourtant si…regarde. Le coup des framboises a signifié le déclanchement de mes pouvoirs, je ne trouve pas d’autre possibilité.
- Oui…c’est vrai…je ne vois rien d’autre non plus de toute façon.

Il étouffa un rire.

- On peut véritablement dire que la soirée d’hier a été fructueuse !

Je me mis à rire.

- Oui, on peut le dire…
- Si on rentrait ?
- Tu ne désires pas rester plus longtemps sur ce paradis terrestre ? lui demandai-je.
- Si ça te fait plaisir…me répondit-il en souriant de toutes ces dents.




Lorsque enfin nous rentrâmes au château de Naralir, nous vîmes le roi et la reine parler avec un jeune homme d’une vingtaine d’années, comme nous, et ils semblaient déjà se connaître, même plutôt bien.

- Tiens ! Justement ! s’exclama le roi Théorald en nous voyant arriver. Diphtil, Astiran, laissez moi vous présenter mon fils, Fylip, revenu tout droit du Royaume de Shindoë.

Le fils en question était un jeune homme assez grand, mais pas autant que Naid et Astiran. Ses cheveux bruns mi-longs poussaient en bataille sur sa tête, avec un bandeau autour du front. Et même si son visage paraissait amical, ses yeux bleus verts semblaient fourbes et traites, malgré le fait qu’ils avaient l’air savant.

- Enfin je vous rencontre, ma très chère déesse, déclara-t-il en portant courtoisement ma main à ses lèvres.
- Enchantée de faire votre connaissance, prince Fylip.
- Je vous remercie d’avance d’avoir escortée ma jeune sœur jusqu’ici, je vous en suis reconnaissant.
- Ce n’est rien…

Puis, il lâcha ma main, et lança un étrange regard à Astiran à qui il serra la main.

- Ainsi, vous revenez donc du Royaume de Shindoë, dis-je. Ca a dû un long trajet !
- Trois semaines exactement afin d’en revenir, répondit-il. Nous avons dû longer les côtes maritimes afin d’éviter le chemin à travers les maritimes, nous épargnions ainsi un voyage encore plus long…
- Je comprends…
- Mais, je vous en conterai davantage ce soir, durant le repas, me dit-il.
- Ca sera avec grand plaisir, répondis-je.

Puis, nous le laissâmes en compagnie de ses parents.

- Il ne me plait pas cet énergumène, me dit Astiran.
- Pas trop non plus…il semble cacher son jeu, un peu comme sa sœur. On se rend compte que c’est de famille !
- Il ose te draguer devant moi en plus ! s’exclama-t-il sur un air volontairement indigné. C’est un véritable scandale ! S’il refait cela ce soir, je te jure que j’ordonne à la fleur du vase de l’étrangler sans pitié !
Je rie alors.

- Tant que ce n’est pas trop violent et que ses parents ne voient rien ! ajoutai-je. Espèce de criminel !
- Et fier de l’être ! me répondit-il avec entrain.




Seule dans sa chambre, allongée sur son lit, Yasalyn pensait, mais…pas vraiment seule pour tout dire !

« Sarïn le savait bien… »
« De quoi ? »
« Il savait que le roi et la reine de Naralir étaient mes parents, il savait parfaitement que j’étais une princesse… »
« Qu’en sais-tu ? Sarïn a toujours été notre ami et notre allié… »
« Il avait bien remarqué le pendentif…il ne m’a dévoilé que la moitié de la vérité. »
« La moitié, c’est déjà ça ! »
« Mais pas la bonne ! L’autre, nous aurions pu la découvrir seules. »
« D’un côté, c’est moi la deuxième vérité ! »
« Je ne suis pas fière de t’avoir découvert ! »
« C’est réciproque figure-toi ! »
« Ce qui est sûr, c’est qu’à partir de maintenant, je ne serais plus du côté de Sarïn. Il m’a une fois de trop manipulée pour son compte, c’est un traître… »
« Tu comptes rester avec les trois imbéciles ? »
« Pourquoi pas…Premièrement, ils ne sont pas plus imbéciles que toi et moi… »
« Scientifiquement impossible, c’est certifié ! »
« Deuxièmement, cela ne me fera aucun mal, au contraire… »
« Tu dis cela pour rester avec le Neltiad, c’est cela… ? »
« Il s’appelle Naid, et je me fiche que ce soit un Neltiad ! »
« Quand je pense qu’il y a quelques semaines, à peine, tu détestais les Neltiads ! »
« C’est Sarïn qui m’a appris à les détester, mais désormais après l’avoir connu, je me dis même que les Neltiads sont meilleurs d’âme que les Humains… »
« Ton cas est grave ma fille…faudrait aller te faire soigner d’urgence avant que tu ne deviennes complètement folle… »
« C’est toi qui me rends folle ! »
« Moi ? Tu y es pour quelque chose…Mais avoue le moi, tu es amoureuse… »
« … »
« …Je savais bien que l’Amour finirait par habiter ce qui te sert de cœur. Répugnant…une raison de plus pour aller te faire soigner ! »
« Toi, tu ne vas pas partir te soigner, tu vas me quitter, tout simplement… »
« Tu crois cela si simple ? Je suis plus forte que toi, et même largement plus ! »
« Depuis déjà quelques jours, j’arrive à imposer mes propres idées/ Alors, d’ici d’autres jours prochains, je saurai me débrouiller seule… »
« Ca, c’est ce que tu penses…Pas moi… De toute façon, tu ne pourras te débarrasser de moi, c’est impossible. »
« Je le sais bien, mais je serai capable de ne plus t’écouter, déjà, tu n’arrives plus à commander aucun de mes mouvements. »
« Qu’en sais-tu ? »
« Tout… »
« N’importe quoi…n’empêche, tu ne veux pas m’avouer que tu es amoureuse…pourquoi ? »
« Parce que je ne dis jamais les choses dont je ne suis pas certaine… »
« Tu hésites donc. »
« On n’hésite pas sur les sentiments. »
« Ce n’est pas logique ce que tu penses là… »
« Rien n’est logique en ce monde…c’est tout ce que je retiendrai de toi. »
« Tu délires complètement ma pauvre ! »
« Sûrement…mais je m’en moque totalement ! »
« Pas autant que ça…Sur ce, je te laisse à ton « hésitation » »
« Ouais, c’est ça, barre-toi ! »

Libérée de ses pensées noires, Yasalyn soupira.

« Peut-être, qu’en fait, l’amour me libérera plus rapidement de son emprise…mais je ne suis pas sûre…que je puisse le faire. »

Elle se mit les mains sur la tête.

« Je ne sais pas…je ne sais pas…je ne sais pas… »
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 14:47

Partie 3


Elle resta silencieuse, sans bouger…jusqu’à ce qu’elle entendit que l’on frappait à la porte. Soupirant une seconde fois, elle se leva de son lit à contrecœur et alla jusqu’à la porte qu’elle ouvrit. Son cœur fit un grand bond dans sa poitrine lorsqu’elle vit qu’il s’agissait de…

- Naid ?! s’exclama-t-elle, surprise. Que viens-tu donc faire ici ?
- Juste discuter un peu avant l’heure du repas…répondit-il, un peu gêné. Mais je semble te déranger…
- Non, non ! s’empressa-t-elle de répondre. Pas le moins du monde ! Entre donc !

Alors, il pénétra dans la chambre, et elle ferma la porte derrière son passage. Il siffla, impressionné par la grandeur et la luxure de la pièce.

- Hé bah dis donc ! s’exclama-t-il, époustouflé. Ca, c’est du luxe !
- Etant donné que je suis une princesse, c’est en fait normal, répondit-elle sans bouger de l’endroit où elle était placée.

Durant les quelques secondes de silence qui s’installèrent, Naid examina chaque recoin de la chambre du regard, celui-ci s’arrêtant soudain sur l’armoire. Puis, il observa Yasalyn de la tête aux pieds.

- Pourquoi t’habilles-tu toujours pareil ? lui demanda-t-il, constatant effectivement que la jeune femme ne portait que ses légers habits : un cache cœur et deux bras, un à l’avant, l’autre à l’arrière, accrochés à une ceinture.

- Parce que j’ai sainte horreur de ses saletés de robes ! susurra-t-elle. J’ai trop chaud avec, puis…j’ai la flemmardise de changer mes habitudes !

Naid cacha un sourire amusé sur ses lèvres.

- Je peux m’asseoir ? demanda-t-il en désignant le lit.
- Oui, oui, bien sûr !

Alors, il s’assit sur le confortable matelas, dont il caressa la surface molle et douce avec sa main.

- Je ne suis pas habitué à autant de luxure ! dit-il.
- Moi non plus à vrai dire, ajouta-t-elle en s’asseyant à côté de lui. Encore moins à me retrouver princesse au bout de plusieurs années vécues en solitaire.
- C’est vrai que ça a dû te faire un grand choc. C’était la chose à laquelle tu t’attendais le moins : retrouver ta famille dont tu ne te souvenais plus.
- C’est sûr…des parents…et même un grand frère ! Au fait, l’as-tu vu ?
- Je l’ai aperçu, en effet…

Yasalyn le regardait au plus profond de ses yeux.

- Je t’en prie…murmura-t-elle. Méfie-toi de lui…

Naid écarquilla les yeux, ne comprenant rien.

- Pourquoi me dis-tu cela ? demanda-t-il.
- Parce qu’il émane de lui une puissante magie aux mauvaises intentions… je le sens… Je ne sais pas en direction de qui, c’est pourquoi je te demande de faire attention…très attention à toi…

Naid demeurait toujours un peu surpris parce qu’elle venait de lui dire, mais touché, il posa sa main sur le cou de Yasalyn, juste en dessous de son oreille.

- Tu as tellement changé depuis notre rencontre…murmura-t-il.
- Laquelle de rencontre ? lui demanda-t-elle, un sourire malicieux aux lèvres.
- Celle de Neruda, répondit-il en souriant également, ayant compris ce qu’avait sous-entendu Yasalyn. Au début, tu étais tellement distante, si froide envers moi, à croire que tu me haïssais…
- J’ai toujours été ainsi avec tout le monde…répondit-elle d’un air indifférent.
- Mais, depuis le jour où tu m’as sauvé, dans la forêt de Lharm, je me suis réellement rendu compte de qui tu étais véritablement.
- Je ne suis jamais véritablement quelqu’un, mais je compte le devenir un jour.

Naid sourit à cette réponse.

- En fait, continua-t-il, sous ce masque de froideur et d’agressivité, tu caches au fond de toi un grand cœur aussi pur que la lumière dégagée d’une des plus belles étoiles du ciel.
- M’aideras-tu à enlever ce masque ? lui demanda-t-elle.
- Avec plaisir…je ferais de mon maximum, je te le promets…

Un court silence s’installa, durant lequel ils ne cessèrent de se fixer, les yeux dans les yeux.

- En échange…m’apprendras-tu la magie ? demanda-t-il lentement, accentuant chaque mot.
- Je ne sais pas si tu as des compétences magiques naturelles, mais peu importe, ça peut se faire.
- Merci, répondit-il sincèrement.

Le silence revint dans la salle. Chacun était un peu gêné par la présence de l’autre, tout en l’appréciant.

- Tu…tu veux que je te parle de magie ? demanda-t-elle.
- Avec grand plaisir ! Je t’écoute attentivement.

Elle prit sa respiration.

- Déjà, la magie, ça ne consiste pas tout dans une simple incantation. La pensée, avant tout, y est grandement impliquée. C’est un peu compliqué à expliquer comme cela, à vrai dire… A chaque mot prononcé dans ta formule, il faut se forger l’image de ce mot en lui-même dans sa tête.
- D’abord, dis-moi en quel langage prononces-tu tes incantations.
- C’est le langage des sylves, très rare et très peu utilisé aujourd’hui, mais puissant en matière de sortilège.
- Reprends ta théorie des images, à présent, avec la formule pour tes lames, par exemple…
- Celle que j’ai utilisé dans la forêt l’autre jour ?

Il hocha la tête.

- E sèt enèlès simanud, mot à mot, puissance de la lune. C’est le sort principal afin d’augmenter la force de tes armes, quelles qu’elles soient. Pour qu’il marche à cent pour cent, tu dois visionner en toi ce que représente la puissance de la lune pour toi.
- Une pensée personnelle quoi, pas forcement universelle.
- Exactement. Mais, cela ne marche pas du premier coup, ni au deuxième ! Il faut vouloir apprendre pour réussir. Après, les différentes incantations ont plus ou moins de difficulté à invoquer ou maîtriser…
- Et quel est le sort le plus puissant qu’il puisse exister ? demanda Naid.
- Sans aucun doute, l’invocation de la Grande Prêtresse, répondit-elle d’un air grave.
- En quoi consiste-t-il ?
- Bah…à invoquer la Grande Prêtresse !
- D’accord, mais que fait-elle cette Grande Prêtresse ?
- Elle consiste à être la plus puissante des invocations possibles, comme tu me le demandais… Créature magique à trais humains, invocation du dixième niveau, le maximum, elle est invulnérable et invincible. Elle se charge du reste du combat en quelques minutes, que dis-je…en quelques seconde tellement elle est puissante ! Mais…son invocation présente quand même d’énormes risques. Première possibilité, tu réussis à l’invoquer tellement ta pensée est forte, mais si tu n’es pas habitué à la magie, ou si tu l’appelles dans de mauvaises intentions, elle se retourne contre toi, et tu n’as aucun moyen de t’en sortir vivant. Deuxième risque, tu as les bonnes intentions, et tu sais maîtriser la magie, mais tu n’as pas la bonne pensée, alors, tu n’arrives pas à la faire apparaître, mais toi-même n’en sortiras pas indemne. Certains s’en sont sortis, d’autres ont perdu l’usage de leurs membres, ou encore sont tombés dans le coma, ou pire, sont morts dans d’atroces souffrances.
- Et quelle est la bonne pensée pour avoir une chance de l’invoquer ? demanda Naid.
- Je te l’ai dit, les pensées pour les incantations ne sont pas universelles, elles diffèrent selon la nature des personnes. De plus, on ne peut se visionner la grande Prêtresse, étant donné qu’on ne connaît pas sa forme, mis à part qu’elle est toujours la même, au fil des invocations, dotée d’une extrême beauté. D’après les gens qui ont réussi cette invocation – c'est-à-dire deux ou trois personnes encore vivantes dans le monde, et encore… - il faut voir en soi l’image la plus belle que peut nous offrir notre cœur, un des vœux le plus cher, une pensée des plus heureuses.

Naid siffla.

- Et bah ! s’exclama-t-il. Ca n’a pas l’air d’être du gâteau la magie !
- Et ça ne l’est pas, ça c’est sûr et certain ! Scientifiquement prouvé !

Alors, ils se mirent à rire, mais s’arrêtèrent peu à peu, se regardant dans les yeux. Un long silence s’installa, ils se rapprochèrent l’un l’autre. Tout se passait pour le mieux…

« Avoue le que tu es amoureuse ! Avoue ! »
« …je … »
« T’en restes muette ? »
« Je…je ne sais…pas… »
« N’importe quoi toi ! Dis le moi sans mentir… ! »
« Je…ne…peux pas… »
« Et tu espères me battre ainsi ! Avec un amour qui n’existe même pas ! Lamentable ! Tu comptes t’en tirer ainsi !? »
« Laisse…LAISSE-MOI ! »
« Lamentable… »
« DEGAGE DE MON ESPRIT !! »
- Yasalyn ? Ca va ?

Naid se demandait bien ce qu’il se passait. Yasalyn avait le regard vide, mais rempli d’une infinie tristesse, et d’un semblant de remord, il voyait cela…Elle ouvrit la bouche et parvint avec difficulté à prononcer deux mots.

- Excuse-moi…

Naid ne comprenait pas, mais le ton sur lequel elle avait dit faisait chavirer son cœur. Alors, il la prit dans ses bras, tendrement, et commença à la bercer.

« Je ne peux pas…je n’en peux plus… »






C’est vers huit heures de la soirée que nous fûmes appelés au dîner. Je fus assise entre Yasalyn et son frère, Fylip, dont j’avais rapidement fait connaissance. Son regard perçant, tel celui d’un rapace me gênait. Mais, au fil de la discussion que j’entretins avec lui au fil du repas, il se découvrait être doté d’une grande intelligence et connaissait beaucoup de choses sur notre monde. Il me contait justement son voyage au Royaume de Shindoë.

- Les ports de Mana-ko’a sont d’une splendeur, dit-il. De voir tous ces bateaux à la voile rectangulaire partir vers l’horizon d’où se lève le soleil matinal…c’est si beau…
- Mana-ko’a ? demandai-je.
- La ville principale du Royaume de Shindoë ! me répondit-il. Après, suivent les cités de Mana-ichiko et de Mana-teruko, celle-ci est justement célèbre grâce à ses précieuses mines de diamants.
- Elles doivent être sublimes vues de l’intérieur…dis-je sur un ton rêveur, m’imaginant au milieu d’une mine de diamants.
- Ils ne nous autorisent pas à y entrer. Ils sont très prudents, limite paranoïaques ! Ils préfèrent donc garder l’accès à leur paradis.

En entendant ces mots, une pensée traversa mon esprit, et je tournai ma tête vers Astiran. Son regard trahissait sa jalousie, malgré le fait qu’il me faisait parfaitement confiance. Pour le rassurer, je lui souris sincèrement, il m’en répondit de la même manière.

- Et vous Diphtil…d’où venez-vous ? me demanda-t-il.
- De Désegipsien, lui répondis-je d’un ton indifférent mais courtois.
- C’est loin également…Mais votre voyage semble bien s’être dérouler.
- Plutôt bien oui, nous n’avons pas eu de problèmes majeurs.
- Vous avez rencontrer des brigands ? me demanda-t-il, le regard sur son assiette.
- Oui, deux fois, mais nous nous en sommes sortis.
- Faites attention, vous risquez d’en re rencontrer si vous partez de Naralir, et peut-être vous ne vous en sortirai pas…Vous avez eu beaucoup de chance les deux premières fois.

Pour moi, cette phrase signifiait « Restez à Naralir », mais je ne répondis pas.

- Quel âge avez-vous ? lui demandai-je.
- Exactement vingt deux ans, me répondit-il. Cinq de plus que ma sœur. Mais je n’ai pas vécu avec elle lors de son enfance.
- Ah bon ? Pourquoi donc ?
- C’est mon oncle qui m’a élevé à partir de l’âge de trois ans…jusqu’à la disparition de ma sœur.
- Mais…pourquoi avez-vous vécu chez votre oncle ?
- J’avais quelques… « difficultés » avec mes parents…

Malgré le fait qu’il me disait cela avec une grand sourire, j’avais peur. Il cachait trop de choses…en sous-entendait… Puis, je me retournai vers Yasalyn qui murmurait des choses incompréhensibles.

- A quoi penses-tu donc ainsi ? lui demandai-je.
- Je n’en sais trop rien à vrai dire…soupira-t-elle.

Son regard était vide, mais fixe. Je souris lorsque je vis la cible de ses yeux.

- Naid… ?

Elle hocha à peine de la tête.

- Que se passe-t-il avec lui ? demandai-je, un peu curieuse de la situation.
- Je ne sais pas…
- Malin ça…

Malgré cette réponse peu complète, je devinai une part de la réalité. J’en souris. Je décidai donc de dévoiler une petite vérité.

- Tu sais, Yasalyn… Il y a des choses que Naid ne vous a jamais dévoilé…
- Sûrement…je ne peux pas lui en vouloir.
- Ce n’est pas ce que j’ai dit… Mais te souviens-tu, dans la forêt de Lharm, tu avais été assommée. Que t’avait dit Naid sur la cause de cette perte de conscience ?

Elle réfléchit quelques secondes.

- Je me suis prise une grosse branche sur la tête sur la tête, si je me souviens bien… D’ailleurs, je m’étais récupéré une super grosse bosse…

Mon sourire mystérieux la gênait, comme si je cachais quelque chose, mais c’était vrai…

- Naid t’a menti…murmurai-je.

Etonnée, elle leva un de ses sourcils blonds.

- Ah bon ? demanda-t-elle.

Je hochai la tête.

- En réalité, tu t’es fait enlever par des bandits…
- Enlevée ? Bandits ? demanda-t-elle en écarquillant des yeux.
- Oui…tu t’es fait assommer par derrière, tout comme moi, et tu as été emmenée au camp. Pendant qu’Astiran et moi nous nous éloignâmes du campement, Naid est allé te chercher, tu étais toujours évanouie.

Yasalyn essayait de comprendre. Je lui avais tout sorti en quelques mots.

- Attends…Naid est parti me sauver… ?
-…au péril de sa vie…finis-je. Oui, c’est cela. Il a eu énormément eu de chance de s’en être sorti.

Bouche bée, Yasalyn me regardait comme si j’étais un animal pas encore répertorié dans les grandes bibliothèques de Kiato.

- Il m’a sauvé la vie…prononça-t-elle. Mais…on se connaissait à peine… il a risqué sa peau…pour moi ?
- Oui…
- Je n’y crois pas…ce n’est pas possible…
- Et pourtant…

Elle regarda Naid un instant, avec un regard perçant, comme si elle essayait de voir ses souvenirs. Puis, elle sourit. Sans rien dire, elle se leva de table, sous l’étonnement de tout le monde, et s’en alla.

- Que s’est-il passé ? me demanda Astiran.

Je haussai les épaules. La réaction de Yasalyn m’avait étonnée, je ne savais pas pourquoi elle était sortie. En espérant que je n’allais pas regretter ce que je lui avais dit…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 14:56

Partie 4





Naid soupira longuement en marchant à pas nonchalants dans le long couloir, faisant tourner la clef autour de son index. Après le repas, il commençait à se faire tard, et puis…il avait envie d’être seul dans sa chambre, tranquille, sans que personne ne vienne le déranger, même moi. Alors, il pourrait se reposer en paix, pour une fois depuis tant de temps. Enfin, il parvint jusqu’à la porte de sa chambre. Il rentra la clef dans la serrure, mais bizarrement, la porte était déjà déverrouillée. Intrigué, il l’ouvrit et pénétra dans la pièce noire. Il prit soin de refermer la porte, mais encore plus étrange, la bougie sur sa table de chevet était déjà allumée, la flamme paraissait immobile. Soudain, il aperçut une silhouette de dos devant la fenêtre, se découpant dans la nuit. Il la reconnut.

- Yasalyn ?!

Alors, elle se retourna, faisant bouger ses beaux cheveux blonds dans lesquels se reflétaient la lumière de la lune qui commençait à décroître. Un sourire apparut sur ses lèvres, qui laissa Naid tellement surpris qu’il n’arrivait ni à parler ni à bouger. Alors, elle se dirigea vers lui, se saisit des clefs qu’il tenait dans sa main, passa à côté de lui pour aller vers la porte, qu’elle ferma dans un cliquetis. Naid restait toujours abasourdi, ne comprenant pas trop. Puis, toujours avec ce sourire, Yasalyn se retourna vers lui. Elle fit plusieurs fois tournoyer la clef autour de son doigt puis l’envoya se perdre sous un meuble. Alors, elle s’approcha de plus en plus de Naid, dont le cœur commençait à s’emballer. Elle posa sa main sur son torse, se serra contre lui, en se hissant sur ses pieds, afin que sa bouche atteigne son oreille.

- Merci…lui dit-elle dans un faible murmure à peine perceptible.
- Mais…

Posant son index sur ses lèvres, elle l’interrompit, le regardant avec une infinie tendresse qui paraissait si rare.

- Chut…

Puis, elle approcha son visage du sien, ses lèvres se rapprochèrent dangereusement de son doigt, qui s’enleva au dernier moment. Toujours un peu surpris, Naid se laissa faire. Puis, leur baiser se fit plus appuyé. Naid, désormais mis en confiance, ferma les yeux, tandis que la main de Yasalyn lui caressai tendrement sa joue. Alors, il encercla sa taille nue de ses bras et la serra de plus en plus fort contre lui. Aveugle de vue, il se focalisait sur le toucher…Plus le temps passait, plus le baiser se faisait fort. Lorsqu’il entrouvrit ses lèvres, il sentit une langue pénétrer dans sa bouche et qui commençait à caresser la sienne. Même si ce premier contact l’étonna, il fut rapidement pris par ce jeu, ils continuèrent ainsi, se transmettant chaque sentiment qu’ils désiraient exprimer à l’autre. Peu à peu, il sentit une douce main pénétrer sous son haut et commencer à lui caresser le ventre, il en frémit. A partir de là, il arrivait à peine à se contrôler, mais le pire est qu’elle semblait encore moins maîtrisable que lui. Alors, elle commença à lui enlever son haut, le laissant torse nu, tout en continuant de l’embrasser. Ses fines mains aux longs doigts grimpèrent son buste jusqu’à ses épaules musclées qu’elle caressa lentement. Puis, elle caressa également ses bras, marqués par ses mystérieux signes noirs qui la fascinait. Il sentait contre lui ses formes généreuses, il sentait sa cuisse frotter la sienne. Puis, sans détacher leurs lèvres, elle le poussa lentement jusqu’au lit, sur lequel il s’allongea, elle toujours sur lui. Sans le prévenir, elle posa sa main sur son entrejambe, puis elle détacha ses lèvres des siennes, lui faisant découvrir un sourire carnassier. Il ne put s’empêcher de rougir.

- Première fois ? lui demanda-t-elle.

Un peu gêné, il hocha la tête. Alors, elle l’embrassa délicatement.

- T’inquiète pas pour ça…je vais te guider.
Alors, elle s’installa tranquillement à califourchon sur ses cuisses, un regard de braise, de désir pour yeux. Elle le regarda malicieusement.

- Tu m’aides à enlever cela ? demanda-t-elle d’une voix mielleuse en désignant son cache cœur.

Il hocha la tête, un sourire qu’il ne pouvait dissimuler sur les lèvres, et se pencha afin de retirer le vêtement de Yasalyn. Lorsqu’il eut fini, la généreuse poitrine de la jeune femme s’offrit à ses yeux, émerveillés, le regard sensuel. Alors, un sourire coquin affiché sur son visage, elle se saisit de sa main un peu tremblante.

- N’aie pas peur…

Elle approcha sa main d’elle et la posa sur son beau sein, faisant descendre la paume dans une longue caresse. Naid retint sa respiration en regardant sa main. Celle-ci, comme mue par sa propre volonté, dessina une courbe de long de ses seins, tandis que de l’autre, il remontait le long de sa taille impeccable, avant de la plaquer contre sa poitrine. Il n’arrivait plus à résister… Alors, il se jeta sur elle, qui éclata de rire sous le coup de la surprise. Il la balança sur le côté, se retrouvant à présent sur elle. Ils s’embrassèrent encore plus passionnément qu’avant, lui caressant ses seins, elle, les mains liées dans ses cheveux noirs. Collés l’un contre l’autre, ils n’arriveraient plus à s’arrêter. Après un long baiser, Naid, ayant pincé la lèvre inférieure de Yasalyn avec les siennes, commença à faire descendre son visage sur son corps, traçant un chemin avec son nez. Il commença par l’embrasser dans le cou. Il sentit l'odeur de son parfum mélangée à celle de son corps, il se sentit partir ailleurs, dans un monde de rêve... Descendant encore un peu plus, il s’attarda quelques instants sur sa poitrine. Alors, il continua à descendre sur la peau, jusqu’à son nombril, dans lequel il fit rentrer la pointe de sa langue, elle rit, étant de nature un peu chatouilleuse. Mais sa ceinture le bloqua. Tout en la regardant droit dans ses yeux bleus, il commença lentement à défaire la boucle de sa ceinture, alors qu’elle le regardait avec infiniment de tendresse. Puis, il lui enleva tout, jusqu’à ce qu’elle apparaisse totalement nue à ses yeux. Plusieurs fois, il passa ses mains sur ses cuisses, sur ses seins, son ventre doux. Puis, ils continuèrent à s’embrasser avec furie. Soudain, ils se calmèrent un peu, laissant le temps à Yasalyn de prononcer quelques mots.

- Laisse moi faire...




- Viens par ici toi !

Je mis à éclater de rire, lorsqu’Astiran m’attrappa par la taille et m’attira vers lui.

- Grand dadet ! m’exclamai-je.
- Je crois le mériter amplement, non ? me demanda-t-il avec une petite voix.

Après un sourire, je l’embrassai. Nos lèvres enfin décollées, je pris de temps d’examiner chaque partie de son visage, m’attardant davantage sur ses yeux marrons, si tendres. Il entrouvrit les lèvres, afin de me murmurer quelques mots.

- Profitons de ce moment calme pour aller se ballader au clair de lune, de plus, le ciel est parfaitement dégagé ce soir. Qu’en penses-tu donc, ma déesse ?
- Excellente idée, approuvai-je en souriant. Juste le temps d’aller me revêtir d’un habit plus adapté pour les nuits de début de printemps.
- Je t’accompagne jusqu’à ta chambre, intervint Astiran.

Alors, je le regardai, amusée.

- Tu as peur que je me perde dans ce couloir droit ? lui demandai-je sur un ton un peu ironique.
- Non, non, pas du tout ! répondit Astiran. Mais...tu sais que j’aime que tu sois à mes côtés. Et puis...on ne sait jamais, il peut y avoir des pervers qui rôdent dans les environs, du genre, le frère de notre blonde...

Je lui donnai une gentille pichnette sur le bout du nez.

- Espèce de jaloux ! m’exclamai-je à voix basse.

Mon Astiran resterait inchangeable, décidemment. Un beau caractère bien forgé, une sagesse exceptionnelle, un soupçon de timidité et une touche de possessivité.

- D’abord, je ne vois pas pourquoi je refuserais que tu m’accompagne, au contraire, ça sera avec grand plaisir.

Je me rendis donc à ma chambre, Astiran marchant à côté de moi. Puis, j’y entrai et commençai à chercher dans le placard dans la garde robe que m’avais mis à disposition le roi Théorald. Je trouvai donc une robe blanche aux bordures de fourrure toute douce, qui paraissait chaude et confortable.

- Attends moi devant la porte, dis-je à Astiran dans un sourire, le temps que je puisse me changer.
- Pourquoi ne puis-je pas entrer ? demanda-t-il avec un sourire aux traits coquins. Je suis quand même ton amant à présent.

Alors, je m’appuyai contre l’embrasure de la porte, le regard perçant, toujours mes lèvres tracées en un sourire.

- Oui, c’est vrai...lui répondis-je. Les hommes savent déshabiller les femmes avec beaucoup d’habilité, je te l’accorde. Mais l’habillage, c’est l’affaire des femmes elles-mêmes...!

Sur ces mots, je lui fermai la porte au nez, je savais qu’il ne se vexerait pas le moins du monde. Alors, je commençai à défaire les lacets de mon corsage en chantonnant une vieille chanson que me chantait ma mère lorsqu’elle était encore en vie. Puis, ma robe tomba à mes pieds, j’avais beaucoup maigrie durant le voyage. Je me revêtis de la belle robe blanche. Certes, elle était agréable et chaude, mais elle était un peu lourde. Alors, je sortis de la chambre. Astiran me regarda deux fois de la tête aux pieds avant de déclarer :

- Cela te va à merveille ! Comme toutes les autres robes, de toute façon.
- Alors ? On va le faire ce petit tour norcturne ?

Délicatement, il m’attrapa les mains.

- Je ne demande que ça...me murmura-t-il.

Alors, nous descendîmes l’escalier, en passant devant le grand tableau représentant Yasalyn étant petite. Ses yeux semblaient nous suivre pas à pas, et son sourire se faisait comme coquin, comme si la toile était vivante. Puis, nous sortîmes dans les jardins, dans le léger frois nocturne. Nous traversâmes l’allée des framboisiers, déjà recouverts de leurs fruits. Ce n’était pas par pur hasard, puis, je souris, repensant à la nuit dernière. Le ciel, noir de jais, était parsemé de diamants fins et brillants. L’astre nocturne commençait légèrement à décroître dans son lit de velours noir.

- Attends, me dit Astiran, ne bouge pas...

J’obéis, m’immobilisant. Alors, il lâcha ma main et recula de quelques pas, en me regardant, derrière moi, la déesse de la nuit accrochée à sa toile d’obscurité.

- Incroyable...me déclara-t-il. La lune devrait être jalouse, tu es aussi belle qu’elle dans cette robe de neige.
- Arrête Astiran ! dis-je intimidée. Si je rougis, je ne serais plus aussi pâle qu’elle.
- Non, tu seras davantage belle, car une lune colorée détient un plus sublime beauté que celle sans couleur.

Là, je me mis véritablement à rougir. Peu importe, cela s’assortissait à mes cheveux écarlates.

- Et si l’on regardait les étoiles, allongés tranquillement dans l’herbe ? me proposa-t-il.
- Bien sûr.

Alors, nous nous allongeâmes dans un endroit un peu plus loin, en haut d’une petite butte. L’herbe était sèche, quoiqu’un peu sèche. Puis, il me prit dans ses bras, tous deux le regard dirigé vers la voûte céleste. On entendait rien, seulement les bruits de quelques animaux nocturnes.

- Diphtil ?
- Hum...?
- Dis moi un peu... combien penses tu voir d’étoiles ?

Je soupirai.

- Boarf...une bonne centaine, approximativement.
- Et crois-tu qu’il y en ai une bien brillante que je puisse aller te chercher ?

Cette question charmeuse me fit rire.

- Ce n’est pas la brillante des étoiles qui est obligatoirement la plus proche, tu sais...répondis-je.
- C’est faux, me dit-il. J’en ai une à côté de moi, en plus d’être proche, elle est resplendissante.
- Espèce de charmeur ! lui dis-je en renfrognant mon nez, mais le sourire aux lèvres.

Puis, je lui bousculai, mais nous avions oubliés que nous étions en haut d’une butte. Il m’entraîna alors dans sa dégringolade, où nous rîmes tous les deux, heureux. Nous finîmes notre course descendante dans un parterre de fleurs sauvages. Puis, nos rires s’estompèrent peu à peu et laissèrent place au silence. Allongée sur lui, je voyais dans ses beaux yeux marrons se refléter les centaines d’étoiles suspendues au plafond céleste. Après avoir fait passé mon fin doigt sur les courbes et reliefs de son visage, je l’embrassai, vivant comme dans un rêve réel. Nous étions seuls, au milieu de la belle nature, sous l’hospice de la lune. Lentement, je relevai mon visage du sien, mes cheveux faisaient office de rideaux autour de nos têtes, il me fit un long baiser dans le coup, puis je voyais son sourire s’étirer sur ses lèvres.

- Je te propose d’aller terminer cette... “discussion” dans ma chambre...me murmura-t-il à l’oreille.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 15:03

Chapitre 24



Partie 1

C’est le chant mélodieux d’un oiseau qui m’éveilla, cette douce matinée de fin de mars. Peu m’importait le fait que l’aube s’était levée depuis longtemps, je voulais profiter du fait que je pouvais me reposer tranquille. Alors, me retournant dans mes couvertures, je soupirai, serrant fort ma tête contre mon oreiller. Soudain, je sentis quelque chose me frôler. Cela ne m’étonna pas le moins du monde, étant donné que je savais ce que c’était. Alors, je me retournai une seconde fois en souriant.

- Coucou toi, me dit Astiran, qui me regardait.

Puis, il replaça une de mes mèches rebelles de cheveux derrière mon oreille.

- Tu as bien dormi ? lui demandai-je.
- Ouais, surtout avec la nuit que tu m’as fait passer, ma déesse.

Je souris en rougissant. Puis, je passai ma main sur son visage serein.

- Tu penses que l’on devrait se lever ? lui demandai-je. Les autres doivent nous attendre.
- Les autres attendront bien ! me répondit-il en faisant un geste de la main. Je préfère profiter du fait que je suis avec toi, tu ne trouves pas ?
- Tu as sûrement raison…dis-je en l’embrassant.

Puis, il me prit dans ses bras et je me serrai contre lui, lorsque quelqu’un frappa à la porte.

- Hey ! Astiran ! T’es réveillé ?

Nous reconnûmes tout de suite la voix de la personne perturbatrice, alors, nous sourîmes. Astiran se leva à contre cœur, s’habilla vite fait, et alla ouvrir la porte. Devant l’embrasure se tenait Naid.

- Excuse-moi, tu dormais ? lui demanda mon frère, qui n’avait pas remarqué ma présence.
- Non, ne t’inquiète pas, j’allais justement me lever. Qu’y a-t-il donc ?
- Je pourrais te parler ?

Astiran me jeta un coup d’œil, d’ailleurs, mon frère n’avait toujours pas vu que j’étais là, dans le lit.

- Euh…dit Astiran. Laisse-moi juste le temps de finir de me préparer, et j’arrive. Attends-moi devant la porte s’il te plait.
- Merci beaucoup, répondit Naid. Je t’attends.

Puis, Astiran referma la porte en soupirant.

- Ce n’est pas grave j’espère…lui dis-je.
- Je n’en ai pas trop l’impression, me répondit-il en se grattant l’arrière de la tête. Bon, je suis désolé, va donc falloir que je te quitte.
- Pas grave, lui dis-je en lui lançant un clin d’œil.

Puis, il finit de s’habiller, se passa la main dans ses cheveux. Après cela, il s’approcha de moi.

- Tu peux rester ici quelques temps si tu le désires, me dit-il.
- Et toi ? Quand penses-tu revenir ?
- Je ne sais pas, cela dépendra de ton frère.

Puis, il m’embrassa tendrement en me caressant la joue.

- Aller…j’y vais. Je t’aime.

Alors, il sortit de la chambre après m’avoir jeté un dernier regard amoureux. Je souris, à présent laissée seule dans la pièce. Je savais bien que je n’arriverai pas à me rendormir. Je soupirai, puis, je décidai d’aller voir le dehors par la fenêtre. Lentement, je me levais, avec un drap, que j’enroulai autour de moi. Alors, je m’avançais vers la vitre. Aussitôt je regardai au dehors, que je vis le frère de Yasalyn, qui fixait ma fenêtre, qui me fixait. Sous le coup de la surprise, je reculai. Il m’avait sûrement vu. Ce type me faisait peur parfois. Il semblait fourbe, et je n’arrivais à deviner ses intentions. Désormais, je n’osai plus regarder à la fenêtre, car j’avais peur qu’il y soit encore. Alors, je me dirigeai vers la petite table de chevet. J’y avais déposé ma bague d’opale la veille, et également mon collier d’ivoire, je mis tout de suite précieusement autour de mon cou. Je prenais soin de ses bijoux, c’étaient de beaux présents, mais surtout, ils étaient magiques, d’où leur plus grande valeur. Les faisant tourner entre mes doigts, je restai fascinée. Puis, je revins peu à peu à la réalité. Je m’étirai alors, et laissai tomber le drap sur le sol. Je pris mes habits et commença à m’en revêtir. Après cela, prête, je sortis de la chambre. Je marchai dans le couloir, lorsque j’entendis quelqu’un m’interpeller. Alors, je me retournai.

- Yasalyn ?
- Excuse-moi pour mon départ de la table hier soir…mais…comment dire…

Elle réfléchit.

- C’était pour une bonne cause… ! finit-elle.

Je souris. C’était la première fois que je l’entendais s’excuser auprès de moi et cela me faisait tellement plaisir.

- Merci…lui dis-je.

Elle écarquilla les yeux, étonnée.

- Pourquoi t’excuses-tu auprès de moi ? lui dis-je. Je ne vais pas en avoir contre toi simplement parce que tu t’es levée de table.

Elle sourit.

- Tant mieux alors.
- Tu as bien dormi ? lui demandai-je.
- Ca peut aller, me répondit-elle en regardant le vide. Tu n’aurais pas vu Naid par hasard ?

Je fis un signe de la main.

- Il est parti discuter avec Astiran. Pourquoi ?
- Faudrait que je lui dise quelque chose…dit-elle en baissant la voix, comme une pensée prononcée tout haut.
- Tu veux que je lui fasse passer un message ?
- Inutile, s’empressa-t-elle de répondre, j’ai des pieds et des yeux, je vais le chercher de moi-même.

Alors, je haussai les épaules.

- Comme tu veux.

Puis, sans rien ajouter d’autre, elle partit. Je la regardai en souriant. C’est vrai qu’elle avait énormément changé, et même, à présent, elle demandait à voir Naid. On n’y aurait pas cru quelques jours auparavant, et pourtant, les miracles existent toujours en ce monde…



« Mais bordel ! Ou peut-il bien être ?! »

Yasalyn regardait à droite à gauche, limite en haut, mais aucune trace de Naid. Ce n’est pas possible, il ne pouvait pas avoir disparu comme ça !

« Calme-toi, tu vas le trouver rapidement…Si ça se trouve… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa pensée, lorsqu’elle aperçut les deux hommes qui marchaient un peu plus loin. Alors, elle allongea le pas et accéléra sa marche pour arriver jusqu’à lui.

- Je te cherchai partout ! commença-t-elle à s’énerver. Tu aurais pû me prévenir d’où tu étais allé !
- Du calme ! dit Naid en gardant son sang froid, et même un sourire. Je parlais juste avec Astiran.
- Salut Yasalyn ! s’exclama Astiran.
- Salut…bon, Naid. Il me semble que tu tenais « absolument » à me montrer quelque chose, je me trompe ?

Naid regarda Astiran.

- Euh…non. C’est vrai, je n’ai pas oublié, mais tu étais à moitié endormie quand je t’ai dit ça. Alors bon…
- Ok, ça va, j’ai compris, dit-elle. Je vais poiroter encore un peu…
- Mais non ! intervint Astiran. Je te le rends, ton Naid.
- Mais…commença Naid.

Astiran lui donna une tape amicale sur l’épaule.

- Bon d’accord, dit-il. Suis-moi Yasalyn.

Alors, il l’attrapa par la main et l’entraîna derrière elle. Ils parcoururent les jardins, entrèrent dans le château. Toujours la main dans la sienne, ils gravirent les escaliers.

- Où m’emmènes-tu Naid ? demanda-t-elle.
- Dans ma chambre, il faut que je te montre quelque chose, répondit-il.

Elle ne dit rien d’autre, et se contenta de continuer de le suivre jusqu’à la chambre. Il ouvrit la porte et rentra à l’intérieur.

- Tu vas me dire maintenant ce qui se passe ?

Il prit soin de fermer la porte puis se retourna vers elle.

- Serais-tu prête à me faire plaisir, juste une chose, très simple…dit-il.
- Oui, à priori, enfin…ça dépend quoi !

Alors, il s’avança vers la chaise où était posée un vêtement blanc plié, puis il s’approcha de Yasalyn.

- J’aimerai que…tu portes cette robe…pour moi.

Yasalyn sembla terrifiée.

- Moi ?! Porter une robe ?! s’exclama-t-elle en reculant de deux pas. C’est soulever des montagnes que tu me demandes ! Franchement, tu me vois avec une robe ?
- J’aimerai te voir avec, effectivement, dit-il calmement, amusé par sa réaction.

Elle regardait l’habit comme si celui-ci était une bête terrifiante, ce qui était rare, comme si l’on pensait que Yasalyn n’avait peur de rien.

- Hors de question ! Je ne peux pas !
- S’il te plait…supplia-t-il.
- Je n’ai presque jamais porté de robe, je…
- …pour moi…pria-t-il.

Ses yeux semblaient presque étoilés afin qu’il voie son vœu réalisé. Yasalyn hésitait, un nœud dans la gorge. Néanmoins, elle approcha sa main de la robe sous le regard insistant de Naid. Puis, rageusement, elle s’en saisit. Vainqueur, Naid sourit.

- C’est bon, t’as gagné ! dit-elle, mécontente d’avoir cédé. T’es content ?
- Très ! répondit-il sincèrement, toujours avec son sourire.

Yasalyn grogna et alla se changer. Elle était furieuse, mais tout de même, on pouvait sentir le désir de vouloir faire plaisir à Naid par un geste assez simple, enfin…ça dépendait de qui ! Naid restait assis sur le lit, tournant le dos à la jeune femme pour préserver un peu de son intimité tout de même. Il passa sa main sur la surface du lit. Quelle nuit il avait passé…quelle nuit…En pensant à cela, il se souvenait encore de sa peau contre la sienne, de son odeur… C’est la voix de Yasalyn qui le ramena à la réalité.

- Bordel ! Comment ça s’enfile ce truc ?!
- A l’endroit, normalement…répondit Naid ironiquement.
- Très drôle ! Viens m’aider au lieu de te foutre de moi !

Naid déglutit. Néanmoins, il se leva et se tourna vers Yasalyn, à moitié nue.

- Déjà tu étais bien partie, constata-t-il, tu n’as pas enfilé ta jambe dans la manche !
- Bon, t’arrête un peu les remarques débiles, et aide-moi un peu !

Naid hocha la tête et se mit derrière elle. Il réussit à lui mettre sa robe, puis il lui serra les lacets de son corsage.

- Punaise ! Ca étouffe ce truc !
- C’est fait exprès normalement.
- Comment faire crever sa femme en deux minutes…achetez-lui une robe !

Avec ses doigts, il lui attrapa le menton et le tourna vers lui. Son regard était tellement profond que Yasalyn en tremblait presque.

- Tu me crois capable de penser à l’idée de te tuer ? lui lança-t-il dans un murmure.

Elle resta silencieuse, et essaya de transmettre sa réponse par le lien invisible entre leurs deux regards. Mais, elle décida de la lui dire également.

- Non…

Alors, ils s’embrassèrent tendrement. Puis, Naid recule de quelques pas et examina Yasalyn de la tête aux pieds.

- Elle te va à merveille cette robe ! s’exclama-t-il.
- Bon... bah…tant mieux, s’efforce-t-elle de répondre, pas convaincue.
- Mais si, je te promets ! Viens te regarder dans la glace si tu ne me crois pas.

En lui tenant la main, il la mena jusqu’au grand miroir, et il la laissa regarder son reflet. C’est vrai que Naid ne mentait pas, même elle le disait. N’y croyant presque pas, elle tourna sur elle en continuant de fixer le miroir.

- Bon…d’accord, j’avoue, cette robe me va bien…

Naid sourit.

- Tu vois, dit-il. Si je te le dis, c’est que c’est vrai. Je ne mens que très rarement.

Puis, il lui proposa sa main.

- Me feriez vous l’honneur d’aller vous promener en ma compagnie, gente demoiselle ? demanda-t-il avec un ton courtois.
- Avec plaisir, dès que t’auras arrêté de parler ce ton débile ! dit-elle en souriant et en lui donnant la main.

Alors, il se mit à rire et commença à l’emmener avec lui. Ils marchèrent quelques temps, et même sortirent de la ville. Sans le savoir, ils foulaient le même chemin tracé par deux autres personnes la veille. Ils arrivèrent enfin en haut de la falaise et observèrent la magnifique vue de la mer qui s’offrait à leurs yeux.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 15:15

Partie 2

- C’est beau…dit Naid.
- T’as déjà vu la mer auparavant ? demanda Yasalyn.
- Oui, il y a très longtemps, répondit-il d’une voix qui semblait être ailleurs. J’avais cru rêver. Mais désormais, je sais que ce n’est plus un rêve, je suis avec toi.
- Ca, c’est bien vrai…dit-elle en se serrant contre lui.

Le silence entre eux deux se fit, mais la mer chantait toujours.

- Ca fait déjà combien de temps que l’on s’est vu pour la première fois… ? demanda Naid.
- Si je m’en rappelle bien, cela fait déjà sept années…
- Sept ?! Autant que ça ? s’étonna-t-il. Hé bah dis donc…
- Et ouais…moi non plus je n’arrive pas à y croire, et pourtant…

Naid soupira. L’air de l’océan s’engouffra dans ses cheveux noirs et ténébreux, ainsi que dans ceux de Yasalyn, blonds comme du blé.

- C’est tout de même étonnant qu’on le souvienne tous les deux de nos rêves en commun, dit-il. Normalement, on ne se souvient pas longtemps de ses rêves. Et puis, il n’y a jamais personne qui fait le même rêve que nous. Et là, pourtant, cela nous est arrivé.
- Je pense exactement la même chose…

Puis, après avoir longtemps observer la mer, ils se retournèrent vers le champ de colza fleuri.

- Tiens ! Je n’avais pas ça depuis le château…remarqua Naid.

Petit à petit, un sourire mystérieux éclaira son visage.

- Mais…je crois savoir…
- Ah bon ?

Il se tourna vers elle.

- Un miracle…répondit-il dans un murmure.

Alors, il approcha son visage du sien, afin de l’embrasser, mais étrangement, Yasalyn recula. Il la regarda, surpris de cette réaction, mais comme réponse, elle lui sourit.

- Si tu le veux, viens me chercher ! s’exclama-t-elle.

Puis, lâchant la main de Naid, elle se mit à courir à travers le champ. Le jeune homme sourit alors également.

- Coquine ! Tu vas voir !

Il s’élança alors derrière elle, à sa poursuite. Ils avançaient dans le champ, sautant par-dessus les plantes parfois trop hautes. Parfois, Yasalyn se retournait, pour voir où était son assaillant. Il n’était, certes, pas bien loin derrière.

- Je vais t’avoir ! dit Naid.

Alors, elle se mit à rire, heureuse. Mais c’était qu’elle courrait vite la bougresse ! Mais finalement, il réussit à arriver à sa hauteur, et il l’attrapa par la taille, la faisant tournoyer autour de lui. Dans ses bras, elle ri encore davantage. Puis, il la reposa au sol, doucement, et elle s’arrêta de rire. Alors, il reçut la digne récompense de cette épreuve. Puis, après un long regard tendre, Naid s’assit à terre, au milieu du champ de colza et il tira la main de Yasalyn afin qu’elle la rejoigne au sol, ce qu’elle fit. Lentement, il passa son bras autour de ses fines épaules, et elle attrapa la main qui pendait à son extrémité. Ils regardèrent tous les deux en direction de l’infini bleu qui s’étendait devant eux.

- Quand je pense que là-dessous, commença Naid en soupirant, au fond de cette eau, il existe une autre civilisation qui nous est presque inconnue. Des merveilles architecturales, des personnes totalement différentes de nous…Ca donne des frissons dans le dos tout de même !
- Bof…soupira Yasalyn en haussant les épaules. Si tu savais combien de peuples différents il existe en fait. On en compte que quatre principaux, mais, la surface de la terre en est peuplée par des dizaines d’autres. Certains sont plutôt hybrides, d’autres, des animaux fantastiques, et puis, d’autres anthropoïdes qui n’ont pas tant de différences avec nous. Mais…très peu ce montrent à nos yeux, ou tout simplement, sont invisibles pour nous.
- Et…tu en connais quelqu’un de ses peuples ? demanda Naid.
- Bien sûr. Les hippanthropos, les kakégunés, les ophiandros également… C’est ce que l’on m’a appris, mais je n’en ai jamais vu de ma vie, car chaque race est totalement dispersée dans ce monde. Si cela se trouve, ils peuplent des régions encore inexplorées du monde.

Naid fronça les sourcils et se gratta la joue.

- Tu m’embrouilles un peu avec ses noms compliqués de peuples ! remarqua-t-il.
- Pas ma faute ! s’exclama Yasalyn. Ce sont les noms des peuples, c’est tout ! Et je ne peux rien y faire !
- Mais…tu ne pourrais pas développer ces termes afin que je puisse mieux comprendre… ?

La jeune femme soupira.

- Les hippanthropos sont des hommes chevaux, expliqua-t-elle. Enfin…plus précisément, un corps de cheval, un torse et une tête d’homme. C’est un peuple uniquement sylvestre, ils incarnent toute la sagesse de la forêt. Ils sont les seuls détenteurs de la magie occulte des feuilles.
- La magie des feuilles ? demanda Naid qui commençait à se perdre.
- Pour eux, chaque arbre possède son propre pouvoir, donc chaque feuille est capable de le délivrer. Par exemple, il paraîtrait que, pour eux, le chêne est l’arbre du temps, et que détenir une feuille de chêne leur donnerait le pouvoir du temps jusqu’à ce que la feuille se déchire ou se dessèche totalement.
- Mais…ça leur donnerait un pouvoir absolu ! Il y a des milliers de feuilles !
- Mais les hippanthropos sont très respectueux envers la nature et modèrent leur cueillette de feuille et n’y ont recours qu’en grande nécessité.
- D’accord…

Un court silence s’installa, juste le temps qu’ils observent la mer encore une fois.

- Et…les autres peuples dont tu m’as parlé ? demanda Naid, qui désirait absolument avoir d’autres informations sur les merveilles du monde.
- Les kakégunés forment un peuple…que je n’apprécie pas trop, d’après tout ce que l’on m’a raconté sur elles ! continua-t-elle. Ce sont des jeunes femmes immortelles et dotées de jeunesse éternelle. Elle n’apparaîtrait qu’en hiver, sous forme de silhouettes de glace et fonderait au printemps dans les rivières, attendant l’année prochaine. Mais, c’est un peuple dont les hommes doivent grandement se méfier. Les kakégunés sont de grandes séductrices. Les hommes tombant dans leurs pièges ne sont jamais revenus, mais les femmes elles, ne sont aucunement affectées par leur pitoyable magie ! Heureusement que ces bonhommes de neige n’apparaissent que trois mois par année !

Naid se retint de rire en voyant ainsi parler Yasalyn, comme si elle était jalouse que ces créatures utilisent la magie pour berner les hommes.

- Quant aux ophiandros, termina-t-elle, ce sont des hybrides, mi-homme, mi-serpent, errant aux confins des montagnes de l’ouest. Mais, ils sont également très dangereux, car ce sont des hypnotiseurs, poussant les personnes les ayant vues à se tuer. Mais, ils n’hypnotiseraient que lorsqu’on les embête, néanmoins, mieux vaut de pas les rencontrer, c’est plus prudent ! Une autre légende raconterait même que les ophiandros n’hypnotiseraient pas les hommes, mais les pétrifieraient en pierre, carrément, même sans les regarder dans les yeux. Il suffirait qu’ils te voient, et après, tu es foutu…
- Méchantes ces bébêtes…murmura Naid.
- Ce ne sont pas des bébêtes ! s’exclama Yasalyn. Ils forment tout de même un peuple à part entière, ce n’est pas rien !
- C’était une façon de parler, répondit Naid en souriant.
- Bon…tant mieux !

Le silence s’installa encore une fois, jusqu’à ce que Yasalyn parle d’une petite voix.

- Naid… ?
- Oui ?
- Tu ne peux pas me défaire les lacets de mon corsage !? Je vais mourir !



De retour au château, Naid et Yasalyn furent étonnés de retrouver le bâtiment désert. Ils nous cherchèrent, dans les chambres, dans les jardins, et un peu partout, jusqu’au moment où ils croisèrent Astiran.

- Bah où étiez vous ?! s’exclama Naid.
- Ca fait déjà pas mal de temps que l’on vous cherche ! continua Yasalyn.
- Ah, en fait, dit Astiran, nous sommes tous dans la salle rouge, c’est pour cela.
- Ils donnent de ses noms à leurs salles, eux…murmura Yasalyn.
- Bah, c’est pour nous repérer un minimum dans ce château immense ! La salle rouge est une sorte de salon. Vous nous rejoignez ?
- Avec plaisir ! répondit Naid.
- Je peux d’abord enlever cette robe d’abord ? demanda Yasalyn.

Naid la regarda avec un semblant de regard apitoyé, alors la jeune femme soupira.

- Ouais, c’est bon, j’ai compris…Je vais la garder encore un peu…

Naid sourit.

- Merci, dit-il.
- Venez, suivez moi, dit Astiran.

C’est ce qu’ils firent, et il les mena jusqu’à une grande salle, discrète dans le château, les murs tapissés de rouge, avec de grandes fenêtres, elles également voilées dans des rideaux rouges, et des coussins pourpres étaient disposés dans toute la salle. Tout le monde était là, dont moi, puis le roi, assis sur son trône, la reine, sur un coussin, et le prince, accoudé contre le rebord de la fenêtre. Nous étions en train d’écouter la reine qui jouait harmonieusement de la harpe, c’était une si belle musique. Mais, elle s’arrêta en voyant les autres arriver.

- Ah ! Vous voilà enfin ! s’exclama le roi de sa voix toujours joyeuse. Vous avez fait bonne ballade ?
- Oui, répondit Naid, nous sommes allés aux falaises.
- C’est merveilleux cet endroit, c’est sûr…répondit Fylip sans détacher son regard du dehors.
- Le futur appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves…murmura Roxane, les yeux fermés, les doigts toujours sur sa harpe.

Le silence se fit et tout le monde la regarda fixement, étonnés par cette phrase un peu hors sujet. Malgré cela, la reine, les paupières closes, restait sereine, on aurait dit une statue, au visage calme et sage. Puis, lentement, elle ouvrit ses yeux bleus vers Yasalyn.

- Tu ne dois pas t’en souvenir, dit-elle calmement, mais, étant petite, tu jouais de la harpe, et même plutôt bien…
- Moi ?! s’étonna Yasalyn. Jouer de la harpe ? Mais…je ne sais plus !
- Ca te dirait d’essayer ? demanda Roxane.

Yasalyn semblait hésiter.

- Mais, je ne sais plus comment en jouer !
- Je n’en suis pas sûre, continua la reine en détournant un peu la tête. Tente toujours.

Alors, elle se leva et s’éloigna de la harpe, laissant Yasalyn au dépourvu. Elle s’approcha prudemment, mais elle avait tout de même peur.

- Mais je vais me planter ! s’exclama-t-elle.
- Ce n’est pas grave, dit Théorald. Personne ici n’osera se moquer de toi.
- Peut être, mais j’aurai quand même honte !
- Essaie quand même…

Pas rassurée, Yasalyn s’approcha encore davantage de la harpe, jusqu’à s’asseoir à côté. Puis, elle frôla les cordes avec ses doigts, et en pinça une, faisant retentir une note pure dans la salle. Soudain, les yeux de Yasalyn semblèrent s’éclairer, comme si cette note avait fait retentir en elle de vieux souvenirs. Une seconde fois, elle repinça la corde, et la note se fit à nouveau entendre.

- A présent…je me souviens…murmura-t-elle.

Puis, elle passa ses doigts sur les cordes un peu plus vite, une mélodie en sortit. Elle ferma les yeux, et commença à jouer, entamant un morceau, et pas comme une débutante, mais plutôt comme quelqu’un qui en avait déjà pratiqué durant des années. Nous demeurâmes tous un peu étonnés, sauf Roxane, qui, comme sa fille, avait les yeux clos, comme si elle se doutait que cela allait se produire. Durant plusieurs minutes, nous écoutâmes jouer harmonieusement Yasalyn, qui semblait être dans un autre monde, en tout cas, elle n’était plus avec nous, sur terre. Naid et Astiran s’assirent à côté de moi sur des coussins, toujours en fixant Yasalyn, ébahis.

- Tu savais qu’elle jouait de la harpe ainsi ? demandai-je à Naid.

Mais, il ne me répondit pas, totalement absorbé par l’interprétation musicale de la jeune fille. Il vint même à s’allonger de tout son long sur les cousins, et ferma les yeux, afin de mieux apprécier la musique. Puis, je me tournai vers Astiran, qui tripotait nerveusement le coin d’un des oreillers, le regard vide. Quant au prince Fylip, il regardait toujours par la fenêtre, le coude contre le rebord, la tête posée sur la main. Sur son trône, à moitié somnolent, le roi Théorald, bercé par la mélodie, regardait son doigt qui tournait en rond sur son accoudoir. Et la reine Roxane, elle, était toujours assise, totalement immobile, les paupières toujours closes. Au milieu de ce monde de morts vivants, je me sentais un peu intruse, temps qu’à faire, autant faire comme eux, mais, la musique était tellement belle que je n’arrivai pas à penser à autre chose. Néanmoins, je n’arrivai pas à résister à l’appel des oreillers, et je m’allongeai près de mon frère, puis, tout comme lui, je fermai mes yeux.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 17:21

Partie 3

Lorsque je rendis compte qu’en fait je dormais et que la harpe ne se faisait plus entendre, je me réveillai en sursaut. Mais, je n’étais plus dans la salle rouge, installée dans mon lit, dans ma chambre. D’ailleurs, il n’y avait personne, ni Astiran, ni Naid, ni personne d’autre. Assise sur mon lit, le front en sueur, je soupirai. Alors, je passai ma main sur mon front afin d’enlever toutes les gouttelettes de sueur qui y perlaient. Je ne savais pas quelle heure il pouvait être, en tout cas, il faisait nuit au dehors. Mince ! J’avais dû rater le dîner ! D’ailleurs, ils devaient sûrement y être ! Rapidement, je me levai du lit, allai me passer un peu d’eau sur la figure pour me rafraîchir. Puis, je pris la brosse et essayai de remettre mes cheveux correctement, car ils étaient tout emmêlés, étant donné que je venais de dormir. Après avoir rangé la brosse dans un des tiroirs de ma table de chevet, je me dirigeai à toute allure vers la porte. Mais à ce même moment, celle-ci s’ouvrit, et je tombais nez à nez avec Naid, une assiette dans les mains.

- Hey ! Tu es enfin réveillée ! me dit-il.
- Je suis sincèrement désolée ! Je me suis endormie pendant que Yasalyn jouait, elle a dû m’en vouloir ! Et puis, j’ai dû rater l’heure du repas !
- Effectivement…répondit-il. C’est pour cette raison que je t’apporte ceci.

Il me montra l’assiette remplie de nourriture et un verre d’eau.

- C’est gentil ça…dis-je. Viens, entre.

Je lui laissai le passage et fermai la porte derrière lui. Alors, il déposa mon repas et le verre sur la table et s’assit sur le lit.

- Qu’est ce que c’est ? lui demandai-je en désignant l’assiette.
- Du rôti de veau avec quelques légumes, rien de plus…me répondit-il en haussant les épaules. Je ne savais pas si tu allais avoir faim.
- Merci beaucoup ! Mais c’est vrai que je ne suis pas si affamée que ça. Ce que tu m’as apporté me suffira amplement.

Il me sourit alors.

- Alors…comme ça, tu as réussi à t’endormir avec un si beau morceau…me dit-il.
- Je suis vraiment désolée !! Il faudra que j’aille m’excuser auprès de Yasalyn et…commençai-je à m’exciter.
- Ne t’inquiète pas pour ça…m’interrompit-il calmement. Elle n’a rien remarqué, je crois. Elle était tellement sous le choc du fait qu’au bout de plusieurs années elle savait encore jouer de la harpe. Moi et Astiran t’avons donc porté jusqu’à ta chambre et t’avons déposé sur le lit. Mais, tu n’avais pas l’air bien…
- Ah bon ? demandai-je. Comment ça ?

Il fit une petite pause, le temps de soupirer.

- Tu transpirais énormément, tu respirais bruyamment et tu bougeais beaucoup. Nous étions inquiets. Je suis resté un instant dans la chambre avec toi, pour te rafraîchir un peu le front, tellement tu étais brûlante. Alors, à ce moment là, tu as commencé à me parler, sans endormie.
- Hein ? dis-je de plus en plus étonnée, entre deux fourchettes.
- Tu m’as dit que tu t’inquiétais pour moi…

En entendant ces mots, je faillis m’étouffer avec un morceau de viande que j’avais avalé de travers.

- D’accord…murmurai-je, un peu honteuse.
- Mais, ne t’inquiète pas pour ça…tu n’as pas à t’en faire. De toute façon, tu n’as pas trop de soucis à te faire me concernant.
- Je n’en sais rien, tu ne me racontes jamais rien…

Il resta silencieux, car je ne n’avais pas tort.

- Tu as raison, dit-il, je devrai plus me confier à toi.
Prenant mon temps, je finis mon assiette, puis, je le regardai.
- Ca te dirai d’aller faire un tour dehors ? lui proposai-je. Histoire de passer un peu de temps tous les deux, entre frère et sœur.
- J’allais te proposer la même chose…Tu lis dans mes pensées…grande sœur !

Je souris et finis mon verre d’eau d’une rapide gorgée, avant de me lever de ma chaise. Lui également se dégagea du lit et me prit par l’épaule, me menant vers la porte, que l’on ferma à clef.

- Ca fait longtemps que nous n’avons pas été seuls tous les deux…dit-il sur le chemin.
- C’est vrai ça…mais, où m’emmènes-tu donc ?

Alors, il se tourna vers moi.

- La plage est un lieu idéal pour les confessions fraternelles, non ?

Mes yeux brillèrent, émerveillés. La plage…je n’y étais pas encore allé, mais j’aurai voulu. De plus, lors d’une nuit étoilée, la lune gibbeuse se levant à l’est, horizon de la mer, cela devait sûrement peindre une scène de rêve. Nous continuâmes donc à avancer jusqu’aux abords de la ville, où nous passâmes près du port, les marins quittant leurs navires sur lesquels ils avaient navigués toute la journée. Néanmoins, les endroits n’étaient tout de même très fréquentables. Pour cette raison, Naid avait entouré son bras autour de mes épaules, me serrant contre lui. Naralir la nuit n’était pas la même cité que le jour. Lors de la présence du Soleil s’entreposent commerçants et troubadours, alors que la Lune veillait de jeunes femmes attendant contre le mur qu’un homme vienne les pêcher, ou alors, des hommes mal rasés, louches, souvent ivres. J’avais peur, c’était sûr, mais j’avais confiance en Naid. Heureusement, nous sortîmes de cette partie de la ville et arrivâmes à la plage, totalement déserte. Mon cœur s’emplit d’une soudaine liberté. L’étendue de la mer vers l’infini. Le reflet clair de la lune blanche dans les vagues de cristal. Le sable si fin. Le bruit de l’eau. Rien que moi, Naid et l’imprenable. J’étais si heureuse, quant à mon frère, il ne soufflait mot. Alors, je retirai mes souliers, contente de sentir ce contact entre ma peau et les grains de sable. Longuement, je respirai l’air salé que m’offrait l’eau. Mes cheveux frappant l’air, j’aurai cru voler.

- C’est tellement beau…
- Difficile de dire le contraire ! s’exclama Naid en s’avançant dans le sable.
- Tu viens ? lui demandai-je d’un air un peu enfantin, comme lorsqu’on jouait étant petit.

Mes souliers dans une main, tenant celle de mon frère dans l’autre, je m’élançais vers la mer, assez retirée tout de même. Je prenais plaisir à voir la trace de mes pieds s’inscrire dans le sable.

- Hé ! riait Naid. Ne va pas trop vite !

Mais comme réponse, je me mis à rire aussi. Alors, peu à peu, je ralentis mes pas jusqu’à m’arrêter complètement.

- On peut s’asseoir, me proposa Naid. Le sable n’est pas mouillé.
- Oui, heureusement.

Alors, nous nous assîmes sur le sable, dont je m’amusais à faire glisser quelques poignées entre mes doigts. Il était si fin, si doux… Naid se laissa tomber, mais posa ses bras derrière lui.

- Quand je pense que l’on a perdu notre virginité à une journée d’écart…soupira-t-il.

Très surprise, je lâchai le sable et me retournai vers lui brusquement.

- Hein ?! m’exclamai-je, abasourdie. Comment… ?

Il m’adressa alors un sourire malicieux et complice.

- Je me doutais bien que tu allais avoir cette réaction, dit-il, amusé. J’ai mes sources d’informations…
- Attend, attend… Astiran te l’a dit ? Et puis… avec qui tu as… ? Je ne comprends plus rien !!!!

Alors, en voyant mon gêne et mon interrogation, il se mit à rire de bon cœur.

- Oui, tu as raison, me répondit-il après s’être arrêtée de rire. Astiran m’a tout raconté. Il est devenu mon confident, je suis devenu le sien. A présent, nous nous connaissons bien tous les deux, et nous partageons tout, car nous avons presque le même mode de pensée. Je sais même qui il est véritablement, si tu vois ce que je veux dire...
- Ah…d’accord…dis-je, un peu gênée qu’il sache la vie privée que j'entretenais avec Astiran. Mais…toi ?
- Moi ?
- Bah…tu viens de me dire que tu n’étais plus puceau…alors bon…
- Tu veux savoir quand et avec qui, je suppose…

Je hochai la tête, mais je n’osai pas le regarder dans les yeux.

- Tu es bien ma sœur, dit-il. Toujours aussi timide.

Sans qu’il le voie, faisant nuit, je me mis à rougir fortement.

- Cela s’est fait hier soir, soupira-t-elle. Mais tu dois bien deviner avec qui, voyons…
- Yasalyn ?! demandai-je, un peu étonnée.
- D’un côté…je ne vois pas qui d’autre…

Je restai bouche bée à ce qu’il venait de me dire.

- Pourtant…hier soir, commençai-je. Yasalyn s’est levée de table et est partie. Elle ne devait pas aller bien.
- Non, en fait…elle est allée m’attendre dans ma chambre.
- Hein ?!
- Oui. Et je ne sais pas pourquoi, elle m’a remercié. Tu saurais ?

Le regard dans le vide, je me mis à réfléchir silencieusement. Que s’était-il déjà passé durant le repas avant qu’elle ne parte. Puis, un déclic se produit dans ma tête.

- Je sais pourquoi…murmurai-je.
- Ah bon ?
- Ne m’en veux pas, Naid, mais, hier, lors du repas, je lui ai raconté l’épisode des bandits, où tu es parti aller la chercher dans l’une des tentes, au péril de ta vie.

Naid, qui ne semblait pas vexé, même plutôt amusé, fit une geste du bras.

- Mince alors ! dit-il d’une voix pas crédible. Moi qui voulais garder le secret !

Je souris alors. A cet instant, il me parut plus ouvert, laissant de côté son attitude mystérieuse.

- Je te remercie alors, grande sœur. Tu as contribué à mon bonheur, d’un côté…
- Non non ! Ce n’est pas vrai ! m’exclamai-je. Je n’ai rien fait !
- Toujours modeste…dit-il dans un murmure.

Il leva sa tête vers le ciel de la nuit et les centaines d’étoiles se reflétèrent dans ses yeux violets au regard rêveur.

- De toute façon, tu es mon vrai bonheur depuis toujours…me dit-il.

Un peu gênée par ce compliment, je cachai ma tête dans mes bras croisés.

- Tu as été ma seule raison de vivre. Depuis que j’ai été séparé de toi, ce jour de printemps, je n’ai pensé qu’à une seule chose, une pensée qui m’a grignoté l’esprit peu à peu : te retrouver et t’avoir pour toujours à mes côtés. Peut-être étais-je trop possessif… ? Mais…est ce véritablement un défaut lorsqu’on connaît ton regard, ta gentillesse et ton rire ? Même si j’ai été séparé de toi durant des années trop longues pour moi et pour mon cœur, ton image, ton visage est resté gravé à jamais dans mon esprit, comme le soleil que l’on aurait trop longtemps fixé du regard et dont la silhouette reste imprimée dans la paupière lorsque l’on ferme les yeux. Qu’aurais-je été sans toi, même si tu n’étais pas près de moi… ? Rien sûrement…
- Mais…je ne comprends pas. Ta seule raison de vivre ?

Il resta un instant silencieux, comme s’il hésitait à m’avouer quelque chose.

- Diphtil…commença-t-il, mentalement…je suis déjà mort depuis longtemps…

Je le regardai un peu apeurée.

- Je ne comprends pas… parvins-je à dire.
- Tu as de la chance de ne pas avoir connu la vie neltiade dans un royaume exclusivement humain… Je dirai qu’il n’y a presque aucun avantage, car personne ne nous aime. Je n’arriverai jamais à comprendre pourquoi les humains peuvent ainsi détester leurs semblables, jusqu’à les tuer… Ont-ils peur juste de nous, ou ont-ils simplement peur d’eux-mêmes… ? Alors, ce sont des lâches. J’ai vécu des moments si difficiles que je me demandais pourquoi je vivais. Mais, tu revenais à moi. Je ne suis pas comme ces humains, je ne suis pas lâche et refuse tout abandon. Partir vainqueur accumule les chances de le devenir. J’ai alors essayé de positiver le plus possible, j’ai rencontré quelques neltiads de confiance à Ephyr, mais j’ai été confronté à des ennemis également. Je m’en suis toujours sorti, sinon, à cet instant, je ne serais pas en train de te parler de tout cela… Chance, destin… ? Je ne sais pas, et ne tiens pas à le savoir.

Le silence se fit, car la tristesse envahit un instant mon cœur.

- Mais Naid…dis-je, ne vaut-il pas mieux vivre libre ? Tu ne peux pas savoir combien j’en ai rêvé, de liberté, de pouvoir rêver en me disant que cela pourrait être possible. Durant des années, j’ai été enfermée dans cette grande église, ce monastère. Mis à part les très rares sorties dans l’enceinte de la ville, je n’ai pas bougé, n’ai jamais voyagé nulle part. Vivre en souffrant, ou ne pas vivre sans souffrir…question bête, mais je me suis véritablement demandée si c’était cela la vie, si l’on ne pouvait pas marcher vers sa vie et son destin. Je n’ai presque pas vu de nouveaux visages, possédait mes connaissances qu’à partir de livres, et non de paroles…
- Je suis égoïste…murmura-t-il.

Je me tournai lentement vers lui.

- Pourquoi dis-tu donc cela ? demandai-je un peu surprise.
- Je n’ai pensé qu’à mon malheur, mais je n’ai nullement réfléchi au tien. Pardonne-moi.

Je souris.

- Je te pardonne, lui répondis-je.
- En tout cas, durant ces années, il y en a au moins que tu auras rendu plus qu’heureux.

En pensant à Astiran, son image m’apparu dans mon esprit. Je discernai son sourire qui ne l’avait jamais quitter, son rire, omniprésent.

- Oui, ça c’est sûr…

Mon regard s’étala à la surface de la mer jusqu’à l’horizon que l’on ne pouvait apercevoir.

- Quand je pense que demain, je plongerai là, et que dessous, il existe une autre civilisation encore…soupirai-je.
- Oui, répondit-il rêveur. Encore d’autres personnes, une ville entière, des merveilles quoi…

Puis, lentement, je m’agrippai à son bras.

- J’ai tout de même peur…lui avouai-je. Je ne sais pas si je vais réussir…
- Tu as peur de te noyer ? me demandai-je.
- Non, j’ai confiance à la magie du pendentif d’Elaeis, mais…découvrir une autre civilisation. Je me demande quelle sera leur réaction quand ils me verront débarquer, moi, une Neltiade.
- Ne t’inquiète pas, ils se douteront bien que tu n’es pas n’importe qui. Une déesse, tout de même, ça ne passe pas si inaperçu que ça ! Surtout, une aussi belle et charmante que toi !
- Tu ne vas pas t’y mettre aussi ! lançai-je sur un ton à la rigolade. Astiran y est déjà, mais ne va pas le rejoindre !
- Pourquoi pas ? me demanda-t-il, amusé.

Alors, je me mis à rire de tout cœur.

- Aller…il ne faudrait pas trop que l’on tarde à rentrer au château, dit-il. Les autres risquent de s’inquiéter pour nous.
- Tu as raison…répondis-je, un peu déçue, car j’aurai volontiers voulu rester un peu plus en compagnie de mon frère.

Il se leva et me tendit sa main afin de m’aider. Puis, remise sur pied, je prononçai un simple mot.

- Merci…

Un de ses sourcils noirs se leva, étonné.

- Pourquoi me remercies-tu ? me demanda-t-il.

Mais, pour toute réponse, je me jetai dans ses bras et l’enlaçai fort.

- Je n’ai besoin d’aucune raison pour le faire…chuchotai-je dans un murmure à peine perceptible.

Alors, il m’entoura de ses bras et me serra également contre lui. Nous ne bougeâmes pas, et si les vagues restaient elles aussi immobiles, un spectateur aurait pu croire que cette scène n’était qu’une vulgaire peinture. Mais, je m’y sentais plus qu’à l’aise, dans ce tableau réel.

- Tu m’as tellement manqué…parvins-je à dire difficilement tellement je trouvais le silence appréciable à cet instant. Je t’aime, frèro…
- C’est réciproque, soeurette… me répondit-il lentement.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Mer 27 Juin - 17:35

Partie 4


Puis, nous nous relâchâmes de notre étreinte et commençâmes à partir de la plage, à laquelle je jetai un dernier regard en me disant que, la prochaine que j’y viendrai, ça serait pour me rendre à Soul’Aucéan. Le sable commençait à devenir humide et la lune se levait davantage plus haut dans le ciel de jais aux milles diamants. Nous rejoignîmes alors le port, noir et désert. Enfin…pas totalement… Trois silhouettes se distinguèrent dans un coin sombre d’une ruelle misérable. Ils s’agissaient de trois hommes, apparemment saouls, cela se remarquait rien qu’en voyant les bouteilles de verre vides qu’ils tenaient chacun en main.

- Hey ! Vous ! cria-t-il d’une voix grave et caverneuse. Venez voir un peu !

Apeurée et effrayée, je me saisis du bras de Naid et me serra contre lui. Ils s’approchèrent de nous, d’un pas peu assuré, mais, cela se pressentait qu’ils n’étaient pas totalement bourrés, en tout cas pas assez, ce qui me faisait davantage peur.

- Vous auriez quelques sous pour des pauvres hommes ? demanda l’un d’entre eux.
- Non, nous n’avons rien, répondit Naid d’un ton assuré, limite à la moquerie. Navré mes chers amis.
- Tant pis, dit un autre en haussant les épaules.
- Mais…continua celui d’à côté, on peut bien se consoler avec ta copine. Elle a l’air mignonne…

Alors, il essaya de m’attraper par le bras, mais il n’eut pas le temps de finir son action, car Naid lui décocha un puissant et violent coup de poing dans sa mâchoire, et il en tomba à terre en cassant sa bouteille.

- Sache, espèce d’ivrogne, susurra mon frère dans un ton plus agressif, que personne ne puisse faire ça à ma sœur s’il ne désire pas mourir de mes mains.
- D’où qu’il cause le morveux ! lança un autre homme, qui commençait à s’énerver. Il nous cherche ?

Alors, il essaya de refiler un poing vers la face de Naid, mais qui esquiva et attrapa la main en la retournant fermement. L’homme hurla de douleur, tandis que son compagnon essaya de le frapper avec sa bouteille.

- Cours Diphtil ! s’écria Naid. Va vite au château !

Je ne réfléchis pas plus longtemps et pris les jambes à mon cou. Je m’élançais dans une course, lorsque mon bras fut attrapé par le premier homme qui s’était relevé.

- Viens par ici ma jolie ! gloussa-t-il. On ne te fera aucun mal.

Dans un réflexe, je lui enfonça mes doigts de mes forces dans ses yeux. En criant à cause de la douleur, il finit par relâcher l’emprise sur mon bras et je pus m’enfuir.

- Salope ! entendis-je hurler de rage derrière moi.

En espérant que Naid allait s’en sortir, mais à vrai, je ne me faisais pas trop de soucis pour lui. Je continuai à courir jusqu’au château, auquel je m’arrêtai entre les deux statues qui symbolisait l’entrée. Mais, préférant rester un minimum prudent, je me dissimulai derrière l’un d’elles, on ne savait jamais, l’un des ivrognes avait bien pu me suivre de loin. Au bout d’une dizaine de minutes plus tard, je vis une silhouette s’approcher. Un instant, je crus qu’un homme m’avait véritablement suivi, mais, je reconnus finalement la personne.

- Naid ! m’écriai-je en accourant jusqu’à lui.
Je crus vois apparaître un sourire rassuré sur son visage, mais, subitement, celui-ci s’évanouit tout de suite.

- Ne t’inquiète pas, je ne suis pas blessé, me dit-il.

Mais, ce n’était pas totalement vrai, car, il avait le long de la joue une grande estafilade qui saignait assez.

- Qu’est ce qui t’est donc arrivé ? m’exclamai-je, soucieuse.
- Ce n’est rien. L’un des hommes a essayé de me donner un coup avec sa bouteille cassée, il a eu ma joue, mais rien de plus. Lui s’est retrouvé avec une côte cassée, au moins…

Je souris. Naid était tellement protecteur envers moi, et cela me faisait tellement plaisir. Peut-être avais-je eu peur, qu’au bout de ces années, il aurait été plus distant avec moi, mais ce n’était pas le cas.

- Viens, je vais te soigner ça dans ma chambre, lui dis-je.
- Pas la peine…
- Si je te dis ! insistai-je avec fermeté.

Il grogna et me suivit jusqu’à ma chambre. Arrivée devant la porte, je me rendis compte qu’un petit parchemin fermé par un ruban était suspendu à la poignée par une ficelle.

- Qu’est ce que c’est ? demandai-je pour moi-même.

Je fis passer la ficelle autour de la poignée et défit le ruban qui maintenait le parchemin fermé. Ensuite, je le lus, un sourire sur les lèvres, j’avais reconnu l’écriture de l’auteur.

« Mon cœur,
A ce je constate, tu sembles être absente, et comme Naid n’est plus là non plus, j’en ai conclu que tu étais partie te promener avec lui pour discuter un peu. Si tu le désires, lorsque tu reviendras, tu pourras venir me rejoindre dans ma chambre sans aucun problème.
Je t’aime
Astiran »

- Ce n’est pas grave j’espère… ? demanda Naid.
- Non non, pas du tout ! répondis-je précipitamment.
- Bon, tant mieux alors.
- Viens, entre.

Dans la chambre, je lui demandai de s’asseoir sur le lit, pendant que j’allumai la bougie et que j’allai chercher du coton, rangé dans un de mes tiroirs. Si je savais parfaitement contrôler mes pouvoirs, j’aurais de pas avoir recours à tout ça, malheureusement, ce n’était pas le cas. Après donc avoir pris un coton imbibé d’un peu d’alcool, je m’assis à côté de Naid.

- C’est tout de même une belle coupure que tu as là ! remarquai-je en passant le coton sur la plaie.
- Ce n’est rien, j’ai connu pire, répondit Naid dans une grimace, car l’alcool le piquait fortement, surtout que la plaie ne paraissait pas seulement superficielle.
- Désolée si ça pique, mais je n’ai pas d’autre choix…
- Pas grave.

Je continuai de nettoyer sa blessure avec le coton, tout en me plongeant dans ses yeux violets. Mais, à ma surprise, il préféra détourner son regard.

- Ca me rappelle, lorsque tu étais petit et que tu te blessais, lui dis-je avec un peu de nostalgie. Alors, je te soignais, et l’alcool te faisait tellement mal que tu hurlais et me supplier d’arrêter, sinon, tu allais te tuer. Cela m’a toujours amusé de te voir ainsi, toi qui n’aimais que je voie souffrir et faire le fragile. Tu désirais toujours me prouver que tu étais le plus fort.
- Je voulais te mériter, me répondit-il avec un air amusé, que je sois digne de toi. Car, tu ne peux pas savoir ce que c’est comme chance de t’avoir pour grande sœur, Diphtil…
- Et toi alors…Tu ne peux pas savoir ce que c’est comme chance de t’avoir comme petit frère, Naid, répétai-je.

Alors, j’enlevai le coton de la surface de sa joue rougie, coupée par cette estafilade. Naid me souriait, puis, il me prit dans ses bras tendrement.

- Je t’aime soeurette…je ne sais pas combien de fois je te le répéterai si je dois te dire mes pensées qui résonnent dans ma tête.

Puis, il se leva du lit.

- Je vais me coucher, il est tard, et se battre le soir, ce n’est pas de tout repos ! Bonne nuit.

En se penchant, il déposa une bise sur ma joue.

- Merci, Naid.
- C’est toi que je devrais remercier.

Il s’avança jusqu’à la porte, l’ouvrit, mais juste avant de la refermer, il en profita pour dire encore quelque chose.

- Au fait, tu souhaiteras « bonne nuit » à Astiran de ma part, mais, à mon avis, ça ne sera pas difficile pour lui de bien dormir et de faire de très beaux rêves durant son sommeil, je me trompe ?

Je rougis, et il me lança un clin d’œil complice avant de partir. Durant quelques instants, je restai pensive, assise sur mon lit, le regard dans le vide, les mains jointes sur mes cuisses. Sur le coup, je me crus lâche, très lâche. Je pensai que, durant ces années de séparation, je n’ai même pas pensé à m’échapper et de partir à sa recherche. Mais, comme si mon frère était encore présent à côté de moi, j’entendis sa voix dans mon esprit, et ce qu’il aurait dit exactement si je lui avais dévoilé cette pensée :

« Mais, pense, Diphtil, que si tu étais partie, on ne se serait jamais retrouver, en tout cas, ça aurait été très difficile. Puis, tu aurais été en danger, la vie n’est pas de tout repos pour un Neltiad dans la nature, surtout lorsqu’il s’agit d’une Neltiade. Tu serais partie à ma recherche, on n’en serait pas là aujourd’hui, tout est mieux ainsi, tu ne trouves pas ? »

Je souris. C’était vraiment une parole que mon frère aurait été parfaitement capable de prononcer. Mais, je pensai à un autre, qui devait commencer à s’impatienter. Cela m’élargit davantage le sourire déjà dessiné sur mes lèvres. Alors, je me levai de mon lit, et après avoir soigneusement rangé le coton à son emplacement, je quittai la chambre, en prenant soin de la fermer à clef. Puis, je me dirigeai lentement vers la chambre d’Astiran : celle-ci était ouverte. Il faisait le noir total, mais, comme je savais qu’Astiran était déjà dans le lit, je connaissais particulièrement la désagréable chose qu’est d’avoir à côté de soi une source de lumière lorsqu’on y est plus habitué. Alors, dans le noir, je me déshabillai lentement, ce n’était pas si facile que ça à vrai dire. Puis, je m’approchai du côté du lit où Astiran était présent, et me penchai, lui déposant un tendre baiser sur ses lèvres chaudes.

- Tu es enfin là…me murmura-t-il. Je t’attendais…
- Désolée pour le retard, chuchotai-je.
- Hum…Je te pardonne qu’à une seule condition.

Je laissai échapper un rire à la limite du silence.

- Laquelle ? demandai-je à voix basse.
- Viens à côté de moi…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Lun 2 Juil - 19:06

j'aime bien mets vite la suite !!
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Ven 6 Juil - 15:23

Voici donc la suite !! Bon, ce chapitre est plus court que les précédents (que 10 pages) mais, je ne voulais pas que ça tourne en rond...bref ! bonne lecture !


Chapitre 25



Partie 1

Environ cinq heures du matin, enfin, c'était l'heure que je présentais... Malgré mes courtes heures de sommeil, je n'arrivais malheureusement pas à le retrouver, et, dans le lit, je commençais à m'énerver, à me retourner sans cesse. Je détestais rester plantée ainsi. De temps en temps, j'entendais un grognement qui venait du côté d'Astiran : celui-ci devait être sûrement en train de rêver, mais ce qui était sûr, c'est qu'il avait le sommeil profond, car, mes mouvements et soupirs incessants ne l'avaient à aucun moment réveillé. Une véritable marmotte... Tant mieux, d'ailleurs. Lorsque j'entendis les oiseaux qui commençaient à chanter, j'en eus véritablement marre. Alors, je me levai du lit, m'étirai un peu et m'habillai. Puis, je quittai la pièce après un dernier regard tendre destiné à Astiran, qui dormait toujours. Qu'allais-je donc faire à présent...? Naid et Yasalyn étaient certainement en train de dormir profondément tous les deux également, et il faisait encore trop froid et trop noir dehors pour que je puisse aller m'y promener. Alors, je décidai d'aller entreprendre ma petite visite du château, seule. Celui-ci était tellement grand, je n'y connaissais rien dedans. Néanmoins, il restai un véritable dédale ! Au bout de quelques minutes, je perdis rapidement mes repères, mais cela ne signifiait pas que je m'inquiétai, bien au contraire, me perdre dans un labyrinthe aussi grand m'excitait. Je passai vite fait devant le grand tableau représentant Yasalyn étant petite, toujours cette même question concernant le passé de celle-ci dans la tête. C'est au bout d'un gigantesque couloir aux colonnes de marbre que je fus irrésistiblement attirée par une porte de bois immense, des fresques gravées dessus. Lentement, je m'y approchai et posa ma main sur la poignée grosse comme ma tête. Je déglutis, hésitant à l'ouvrir, désirant absolument découvrir le mystère qu'elle cachait. Et si c'était une pièce privée, que l'on m'interdit d'entrer... Prenant une dernière respiration, je me risquai alors à pousser la porte de toutes mes forces, à bout de bras, dans un bruit sourd. Ce que je vis m'ébahit à un tel point que j'eus du mal à reprendre normalement ma respiration.
Devant moi, sur des étages et des étages, une pièce démesurément grande, remplie que de livres, tous rangés dans des bibliothèques qui mesuraient deux fois ma taille. Je n’essayai même pas de m’imaginer le nombre de livres qui étaient présents ici, cela me donna mal à la tête. Je m’avançai lentement dans la salle, pas encore totalement éclairée, l’aube se levai à peine. J’en connais un qui serait devenu fou en venant ici : Astiran adorait lire par-dessus tout. Moi aussi d’ailleurs, la lecture ne me déplaisait pas. Il y avait sûrement ici des livres relatant des légendes ou des histoires fantastiques. Mais, je ne savais pas par où commencer. D’un rapide regard, j’examinai la tranche des livres du premier rayon. Plusieurs d’entre eux, à la tranche bleue marine aux bords dorés, m’attirèrent particulièrement. Il devait faire tous parti d’une même collection de livres, et alignés ainsi, il devait y en avoir une bonne dizaine. Curieuse, je pris le premier d’une main adroite et observa la couverture, avec des symboles bizarres gravés sur le cuir bleu. J’ouvris la première page. Pas de titre. Etrange. Je feuilletai alors, et là, ce fut encore plus surprenant : le livre était parfaitement vierge. Et c’était le cas pour les autres livres identiques. Mais, j’avais une idée du pourquoi. Il existait, dans ce monde, des livres dont l’accès est réservé aux magiciens de haut niveau qui réussissent à faire apparaître les mots sur ces pages. J’en conclus donc que c’étaient des livres très importants, et qu’il valait mieux pas y toucher. Alors, je continuai mon exploration à travers les différents rayonnages de bibliothèques. Quelques fois, je feuilletai un livre qui me tombait sous la main, pour voir de quoi il s’agissait. Je commençai à monter au deuxième étage, voir un peu quel était le genre de livre là haut. Mais, il y avait là une grande table au milieu des rayons de livres, et dessus, un épais bouquin à la couverture rouge et bordé d’or. Il était vraiment beau vu d’extérieur, et il m’intrigua fortement. Petit à petit, je m’approchai et ouvris le livre. Mais, c’était vraiment étrange, il n’y avait pas d’écriture, mais une image d’une pièce sombre, si réaliste que l’on aurait cru qu’on y était. Tout à coup, je vis une silhouette apparaître dans l’image. Une représentation vivante ! C’était un puissant sort que l’on jetait aux livres pour voir des gens à travers leurs pages. Je tremblais lorsque je vis la silhouette se découper : il s’agissait d’une femme à la peau blanche, aux longs cheveux noirs et à la robe également noire de jais aux manches très étendues. Elle portait énormément d’ornements dans ses cheveux, autour de son cou et sur ses bras. Mais, le plus effrayant étaient ses deux yeux rouges comme du sang.

- Diphtil…entendis-je chuchoter.

Je me retournai brusquement, croyant que quelqu’un m’avait appelée, mais il n’y avait personne. Je ne pus m’empêcher alors de trembler.

- Diphtil… se répéta la voix.

Cet appel venait…du livre ! En plus d’être animé, je pouvais écouter la personne ! Ce livre était vraiment trop dangereux ! J’essayai de le refermer mais mes mains refusaient d’obéir. Il n’y avait rien à faire. Mon regard effrayé était fixé sur le livre.

- N’aie pas peur…me dit la femme…notre rencontre est inéluctable, elle arrivera bientôt…
- Qui êtes vous ? parvins-je à dire.

Elle ne répondit pas et commença un autre sujet.

- Je n’ai que peu de temps…prend soin d’Astiran et Naid…prend soin d’eux…
- Comment les connaissez-vous ? Que connaissez-vous ?
- …
- Qui êtes vous ?!

Elle détourna la tête.

- Je m’appelle Yûni…mais ne t’inquiète pas, nous nous verrons bientôt…
- Qui êtes vous vraiment ?! commençai-je à m’énerver.

Elle me répondit par un sourire mystérieux du coin des lèvres. Puis, peu à peu, l’image disparut, la femme aussi. Néanmoins, j’avais toujours peur. Que faisait-elle donc dans ce livre, et était-ce elle où quelqu’un d’autre qui avait jeté ce sortilège sur ces deux livres à présent liés par un contact à la fois visuel et auditif. En tout cas, celui qui avait utilisé l’enchantement devait être un magicien très puissant. Enfin, je parvins à refermer le livre, et je le reposai à la place à laquelle je l’avais trouvé, c'est-à-dire sur la table. A présent, tous ces livres me faisaient un peu peur, mais cela ne m’empêcha pas de continuer ma recherche d’une lecture. Au bout d’une bonne heure de flânerie à travers les différents rayons, un livre m’intéressa particulièrement. Il parlait des légendes sur les dieux, et je me dis que cela me serait peut-être utile, car il me permettrait d’apprendre plus de choses sur mes origines divines et sur le passé. Rapidement, je lus la description de chacun des dieux et de leur élément. Les images construites par les mots les résumaient tellement bien, d’un côté, à présent, je connaissais les dieux car je les fréquentais, étant donné que j’étais moi-même une déesse. Toute la description de Pitrir, le dieu de la terre, je la lus en souriant. Astiran ressemblait tant à son ancêtre divin, avec ces phrases, on aurait limite cru que l’on parlait d’Astiran lui-même, et non pas du dieu. Mais, dans un des nombreux chapitres que comportait le livre, je fus particulièrement intéressé par celui de la « prophétie ». Il parlait de plusieurs paroles des dieux aux hommes, dites il y a fort longtemps, lorsque la guerre entre Neltiads et Humains n’avait pas encore éclaté. Elles annonçaient l’arrivée d’une nouvelle déité sur terre, qui surpasserait les autres, ses frères et sœurs, et peut-être même Dorina, la déesse des dieux. Mais, son arrivée sera synonyme de décadence dans ce monde, car, ça sera elle, cette divinité, qui fera re-régner la paix et l’harmonie sur cette terre. Un poids sembla soudainement peser sur mes épaules. A présent, j’avais une nouvelle « obligation » : arrêter la guerre des peuples. Seule, je savais que je n’y arriverai pas. Mais, je savais qu’Astiran et Naid feraient de leur possible pour m’aider, surtout Astiran, étant donné qu’il possède les pouvoirs de la terre. Franchement, je n’avais aucune idée de comment m’y prendre. Mais, j’avais encore le temps d’y réfléchir, car je n’avais toujours pas l’intégralité de mes pouvoirs divins, ça pouvait encore attendre.
Le chapitre suivant sur le livre parlait d’une légende que je connaissais déjà, c’était l’une des plus célèbres il fallait dire : celle des sœurs de Wuën et du démon. Mais, quelques éléments de l’histoire avaient été modifiés par rapport à ce que m’avait raconté Naid. Le peuple auquel appartenaient les sœurs Wuën, en l’occurrence, les Neltiads, n’avait pas été précisé. A mon avis, les humains ne voulaient pas avouer que c’étaient des Neltiades qui avaient sauvé leur monde du plus puissant démon qui ait pu errer ici. De plus, il n’y avait pas marqué les dons et pouvoirs qui leur avaient attribué. Par contre, il y avait plus de détails sur les combats des dieux et sur le démon en lui-même. J’étais totalement absorbée par cette histoire, et c’est vrai que sans l’intervention des sœurs, je n’osai pas m’imaginer comment serait le monde à présent. Sûrement le chaos total.
Un bruit me tira du livre et j’y sortis la tête. A ce moment, je vis un chat tigré, qui me fixait de ses yeux jaunes. Il semblait vieux, et j’avais surtout une impression de déjà vu, mais je ne savais plus où. Que faisait donc ce chat dans une bibliothèque ? Son regard se voulait comme insistant tellement il me fixait. Alors, je rangeai le livre à sa place et m’approchai doucement du chat. Il marcha lentement vers un petit passage entre les livres, mais, il me regardai toujours avec insistance. Que voulait-il donc ? J’approchai encore, mais je renonçai à cause de la taille du passage. Néanmoins, je sentais que le chat tenait absolument à ce que je le suive. Alors, avec un petit effort, j’arrivai à passer. C’était un passage caché dans un coin, entre deux bibliothèques, invisible à tout œil. Je continuai à avancer en me baissant, c’était tellement étroit ici. Le couloir ne finissait en cul de sac, mais, il semblait y avoir quelque chose au fond. Le chat avait mis sa patte dessus, comme m’ordonnant de la prendre. En regardant d’un peu plus près, je me rendis compte que c’était un livre. Il semblait chargé de passé, et il était très poussiéreux. Personne n’avait dû y toucher depuis plusieurs années, peut-être même dizaines d’années, qu’en sais-je… Je m’agenouillai donc et pris le livre entre mes mains et soufflai dessus, toute la poussière se dégagea d’un coup, je ne pus m’empêcher d’éternuer. Quand je relevai la tête, je remarquai que le chat n’était plus ici, mon éternuement avait certainement dû le faire fuir. La poussière n’était pas encore totalement enlevée sur la couverture verte foncée du livre, d’ailleurs, on pouvait y distinguer la trace de la patte du félin. Lentement, j’ouvris l’épais volume, et les pages me dévoilèrent son secret. Enfin…façon de dire ! Ce n’était qu’un livre de soins aux blessures magiques. Pétrification, malédictions en tout genre et beaucoup d’autres choses. Mais, une page semblait avoir été plus utilisée que les autres, car elle s’ouvrait toujours. Alors, je me résignai à la lire. Elle parlait de l’hypnose et de ses effets secondaires, notamment de violentes fièvres et migraines. Il y avait une drôle de trace sous le traitement, comme le tracé d’un petit doigt sale qui tout en lisant avait parcouru la feuille. Quel mystère renfermait donc ce livre ?

- Diphtil ?! Tu es ici ? entendis-je.

Alarmée, je fermai brusquement le livre, dégageant une quantité considérable de poussière, j’éternuai une seconde fois.

- J’arrive ! lançai-je.

Alors, je reposai le livre où je l’avais trouvé, et sortit du passage. Essayant de frotter ma robe couverte de poussière, je m’avançai jusqu’à la rambarde de la mezzanine et m’y penchai. C’était Naid, l’œil vif et le sourire aux lèvres.

- Naid ! Que viens-tu faire ici ? lui demandai-je surprise, tout en descendant les escaliers.
- Je suis matinal, cela fait même plusieurs heures que je suis debout…me répondit-il naturellement. Et toi donc ? Tu es recouverte sous la poussière !
- Oh…un vieux livre qui est tombé à mes pieds du haut d’une bibliothèque…mentis-je. Cela a produit un énorme nuage de poussière, mais bon…tant pis.
- Je vois…

Il tourna sur lui-même en examinant la pièce.

- Décidemment, cette pièce me fascinera toujours…murmura-t-il.
- Tu connaissais déjà la bibliothèque ? lui demandai-je.
- Oui, bien sûr, j’y suis allé hier matin également, très tôt. A présent, j’ai acquis cette habitude, mais comme on dit, le futur appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Je souris.

- Ca, c’est sûr…
- Viens, Diphtil. On va dans la salle principale, les autres se lèveront bientôt à mon avis.
- D’accord.

Je soupirai, un peu déçue de devoir quitter les mystères des livres de cette immense bibliothèque, ce qui était certain, c’est que j’y reviendrai plus tard.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Ven 6 Juil - 15:38

Partie 2



Beaucoup plus tard dans la matinée, nous étions tous sortis au dehors du château. Le roi Théorald désirait, paraîtrait-il, nous montrer quelque chose d’incontournable dans la cité de Naralir. Nous l’avons donc tous suivi avec plaisir. La reine et le prince nous avaient également accompagnés. Mais, nous nous étions cachés dans des capes, les gens ne devaient ni reconnaître des Neltiads, ni la famille royale.

- Je me demande bien où on nous emmène…se dit Astiran.
- Dans le coin pommé du monde ! fit semblant de se lamenter Yasalyn.
- Comme si on n’en avait pas traversé assez…remarqua Naid.
- Vous allez arrêter de vous plaindre ! riais-je. Vous êtes de véritables gamins !
- Peut-être ! s’exclama Astiran d’un ton joyeux.
- Mais pour répondre à ta question, Astiran, je crois avoir mon idée. Si c’est ce que je pense, alors… En tout cas, ça se voit depuis la falaise.
- Tu me dis la mer, je t’y coule Naid ! dit Yasalyn.

Nous continuâmes de marcher à travers la ville. Les gens étaient debout depuis longtemps. D’ailleurs, aujourd’hui, c’était jour de marché. Cela était encore plus impressionnant qu’à Neruda. Mais la cité était beaucoup plus grande, cela s’expliquait donc. Au bout d’une dizaine de minutes plus tard, nous arrivâmes devant un immense bâtiment, dont les deux grandes tours rectangulaires tournées vers l’est, c'est-à-dire vers la mer, touchait presque les nuages. Je sentis une drôle de sensation parcourir mon corps, un frisson que je connaissais bien. Celui que j’avais ressenti la première fois que je suis allée à Désegipsien. Alors, ce bâtiment était… ? Le roi s’avança vers l’imposante porte en bois et frappa violemment son poing contre le bois verni.

- Qui est ce donc ? s’exclama une voix grave. Je croyais avoir prévenu que nous ne recevions pas de visiteurs aujourd’hui.
- Mon brave ami, c’est Théorald qui vient à ta rencontre ! lança le roi d’une voix joviale.
- Ah oui ! Pardonnez-moi ! Je vous ouvre tout de suite !

Après un cliquetis sonore, le gigantesque porte se mit à remuer et s’ouvrit. A l’embrasure, une figure apparut. C’était celle d’un homme assez âgé, le visage un peu ridé, et la tonsure grise de moine sur son crâne dégarni.

- Ah ! Mon cher ami ! s’exclama-t-il en voyant le roi. Cela fait si longtemps que je ne vous ai pas vu ! Cela me rend si heureux !
- Moi aussi, Unau, mais, je préfère que nous fassions nos retrouvailles à l’intérieur, si cela ne te dérange pas.
- Pas le moins du monde, par Pitrir ! Entrez donc !

Le roi pénétra en premier, suivi de sa femme et de son fils. J’entrai à sa suite, et je fus saisi par l’intérieur du bâtiment. Je ne m’étais pas trompée. Il s’agissait bien d’une cathédrale… Les rosaces frappaient à vue d’œil. Elles étaient deux fois plus grandes que celles de l’église de Désegipsien. Sur les vitraux étaient représentées des scènes divines, des légendes, dont certaines que j’avais lu dans le livre que je venais de parcourir. Le plafond était encore plus haut, alors, ayant subitement le vertige, je préférai regarder vers le bas. J’arrivai à voir mon reflet dans les dalles de carrelage de marbre blanc. Sur les côtés, derrière les colonnes et sous les vitraux siégeaient plusieurs statues. Mais ici, il n’y avait personne, pas un rat, pas un bruit, à part nos pas.

- Bienvenue dans la cathédrale de Naralir ! lança le bonhomme tandis que nous retirions nos capuches. Je me présente : Unau de Remathir, principal prêtre de ce merveilleux monument.
- Merveilleux ! C’est bien le mot ! s’exclama Astiran.
- Ce n’est pas assez, je trouve, ajouta le prince Fylip.
- Et qui ai-je l’honneur d’accueillir en ce lieu ? demanda Unau en frappant dans ses mains et nous regardant.
- Je vais te les présenter, dit Théorald.

Il s’approcha de nous et posa sa main sur l’épaule de Naid.

- Voici Naid, déclara-t-il.
- Enchanté de vous connaître, dit le concerné en s’inclinant.
- Heureux de voir un Neltiad parmi nous, répondit sincèrement l’homme.
- Ce jeune homme, c’est Astiran, continua Théorald en désignant Astiran. Quant à cette belle jeune fille, il s’agit de ma fille.

Unau s’approcha de Yasalyn.

- Tu l’as donc enfin retrouvé ! s’exclama-t-il. Cela me rend si heureux ! Tellement de temps que l’on ne s’est pas vus, Yasalyn.
- On se connaît ? demanda Yasalyn, la mine renfrognée.
- Voyons Yasalyn, dit Théorald, lorsque tu es une enfant, c’est Unau qui était chargé de ton éducation. Il s’est tellement occupé de toi durant de nombreuses années que vous étiez inséparables. Désolé mon ami – il se tourna vers Unau – mais elle a perdu une grosse partie de sa mémoire durant son enfance.
- Cela ne fait rien…répondit le prêtre, un reflet de déception dans ses yeux. Mais, qui est donc cette dernière demoiselle si jolie ?

Il me désigna. Théorald vint alors vers moi.

- J’ai gardé le meilleur pour la fin ! déclara-t-il.
- Meilleur ?
- Voici Diphtil, continua-t-il, la cinquième déesse.

Le pauvre homme se mit à pâlir.

- Théorald, ne me…
- Je te dis que c’est la vérité, Unau, dit Théorald. Si tu ne le crois pas, voici une preuve. Diphtil, pourriez vous remonter votre frange, s’il vous plait ?

Je fis alors ce qu’il me demanda, de deux doigts, j’écartai délicatement mes cheveux, laissant apparaître sur mon front le symbole des dieux. Un éclair de surprise et de peur passa dans les yeux noirs du prêtre. Alors, soudainement, il se mit à genoux devant moi. Cela me rappela ma rencontre avec Sarïn.

- Ex…excusez-moi, ma déesse, bégaya-t-il en tremblant, d’avoir pu douter de votre identité. Je suis votre serviteur pour l’éternité, et je vous implore.

Un peu gênée, tous les autres ayant portés leur regard sur moi, je me mis à rougir.

- Ne vous inquiétez pas pour cela, lui répondis-je. Je vous pardonne. Relevez-vous, votre place n’est pas à mes pieds.

Il se leva alors, un peu chamboulée.

- Votre divine déesse est si clémente…murmura-t-il.
- Calme-toi un peu, Unau, dit Théorald en posant sa main chaleureuse sur l’épaule du prêtre. Fais nous plutôt visiter cette merveille.
- Bien sûr ! Suivez-moi !

Il commença donc à marcher, cela me rappelait la démarche de certaines bêtes animalières, que j’avais découvert dans des livres de biologie, vivant sur les terres froides, en groupe, une sorte d’oiseau qui nage. Le prêtre nous guida jusqu’au devant d’une des statues, je la reconnus, mais, ce n’était pas le même que celle de Désegipsien. C’était une femme qui désignait le ciel de son doigt, l’autre main tenait quelque chose venant de cordelette attachée autour de son cou. Sa coiffure ressemblait à celle de Yasalyn, et son visage semblait toujours joyeux, mais intelligent.

- Tiama…murmura Naid.
- C’est exact, répondit le prêtre. Déesse de l’air, et protectrice des Neltiads. D’après les légendes, c’est la déesse la plus pacifiste, sans compter sa mère, la grande Dorina, bien sûr…
- Et que tient-elle dans sa main, si fermement ? demanda Astiran.
- Personne ne le sait, continua Unau.
- Je le sais…moi, chuchotai-je.

De nouveau, ils se retournèrent tous vers moi. Alors, avec mes mains je cherchai le fil de cuir autour de mon cou et l’enleva. Le pendentif d’ivoire en forme de fleur de lys y était suspendu. C’était Elaeis qui me l’avait donné, mais il avait certainement été transmis sur des dizaines de générations depuis Tiama, et maintenant, il m’était parvenu.

- Voici, dis-je en montrant le pendentif à Unau.

Il n’osa même pas le toucher comme si c’était un sacrilège de commettre ce geste.

- Vous êtes véritablement la déesse…murmura-t-il, il n’y a aucun doute là-dessus.

Puis, nous passâmes devant les autres statues divines, celles de Laifardi, d’Amalia et celle de Pitrir. En comparant le visage de la statue à l’effigie du dieu de la terre et celui d’Astiran, la ressemblance était flagrante, mais, seuls moi et Naid, à présent au courant du secret, le remarquions. Les mêmes courbes du visage, la même formes d’yeux, un nez identique, franchement, on ne pouvait se tromper. Quant à la statue de Dorina, elle siégeait au milieu du chœur, au milieu de la lumière provenant des vitraux.

- Bientôt, ma déesse, dit le prêtre en se tournant vers moi, il faudra édifier une statue à votre effigie.
- Oh ! Ce n’est pas obligatoire, vous savez !
- J’y tiens ! répondit-il.

Je me mis à rougir fortement. Je voyais mal une statue de moi au milieu d’une église, pour tout dire. Nous fixâmes tous la grande statue de la déesse en silence. Puis, Théorald frappa dans ses mains.

- Bon, les enfants, il est temps de rentrer au château, déclara-t-il. Je voulais simplement vous montrer l’intérieur de ce monument si merveilleux.
- Vos visites seront toujours grandement appréciées, mon cher hôte ! dit le prêtre. Passez une bonne journée.

Alors, nous avançâmes vers la porte, mais, la reine se retourna.

- Fylip ? Tu ne nous suis pas ? demanda-t-elle à son fils, resté immobile devant la statue.
- Non, mère…répondit celui-ci. Je…je vais rester ici encore un moment, si cela ne vous dérange pas.
- Si tu le désires…

Puis, nous sortîmes de la cathédrale. Le prêtre Unau, intrigué, s’approcha du prince.

- Comment vous portez-vous, votre majesté ?
- Pas très bien, à vrai dire, mon père… répondit-il en regardant ses pieds.
- Qu’avez-vous donc sur le cœur ? demanda le prêtre.
- Beaucoup trop de choses, à vrai dire. Mais, il n’est pas temps aux confidences, pardonnez-moi mon père…

Il leva son regard vers la statue.

- Oui…pardonnez-moi…



Tranquillement, j’étais allongée sur mon lit. Je profitais de ma dernière après midi avant de partir sous la mer et de découvrir beaucoup de choses qui, certainement, bouleverseraient toute ma vie. Dans ma main, je tenais le pendentif si précieux, et sur la table de chevet, la lettre d’Elaeis gisait. Je l’avais relue des dizaines de fois, pour bien être certaine de suivre toutes les recommandations. Seul la dernière phrase m’intriguait. J’avais beau la relire, je ne la comprenais pas. Puis, j’entendis un rire au dehors. Un sourire s’élargit sur mes lèvres pourpres et je me levais lentement, m’avançant vers la fenêtre qui donnait sur les jardins. Dehors, Astiran et Naid s’amusaient à se combattre tous les deux à l’épée, Naid ayant échangé son bâton par une lame. Même si mon frère avait nettement l’avantage, les progrès chez Astiran se remarquaient. Il se débrouillait très bien, mais contre Naid, il n’avait que peu de chances de gagner. D’abord, il maniait remarquablement bien l’épée, et puis, il esquivait merveilleusement bien également. Comment pouvait-il avoir autant de réflexes ? Presque personne n’en serait autant capable… Qu’est ce que j’étais fière de mon frère. Néanmoins, une de ces paroles de la veille m’avait saisie…

« Mentalement…je suis déjà mort depuis longtemps… »

Que voulait-il donc dire par là ? Cela m’avait fait si peur quand il avait prononcé ces mots. Pourquoi disait-il cela…pourquoi… ? Trop de questions se chamboulaient dans ma tête à son propos. Puis, je me décidai à rejoindre les garçons en bas, alors, je sortis de ma chambre et du château pour aller jusqu’aux jardins. Ils continuaient à se battre en riant, ils semblaient bien s’amuser. Quand ils me virent, ils arrêtèrent leurs épées.

- Diphtil ! s’exclama Astiran. Que viens-tu faire ici ?
- Sûrement mater les beaux hommes que nous sommes ! ajouta Naid en riant.
- C’est à peu près cela ! ris-je, en jouant le jeu.
- Viens donc te tester à l’épée ! dit Astiran. On va voir si tu as autant de force et d’agilité dans tes bras que pour ta langue…euh…oublie ce que j’ai dit !

A vrai dire, je venais de lui lancer le regard le plus noir que je pouvais lui faire, pendant que Naid riait toujours. Puis, Astiran plaça l’épée dans mes mains. Qu’est ce que ça pouvait peser un tel objet ! Mais, je m’y habituai, et réussi à la porter d’une seule main.

- Prête ? me demanda Naid.
- Attends ! Tu es fou ! Je ne vais jamais pouvoir manier un tel engin !
- Ne t’inquiète pas, j’y vais doucement.

Alors, il m’envoya un coup lent, que je réussis à parer.

- Bah, tu vois ! déclara-t-il. Ce n’est pas si difficile !
- Oui, mais bon…ce n’est pas facile non plus ! m’exclamai-je.
- Je vais t’aider, dit Astiran.

Alors, il se mit derrière moi et m’aida à porter l’épée, qui tout à coup me parut beaucoup moins lourde. Puis, il guida mes mains et mes mouvements, qui me parurent tellement plus simples. Puis, plus tard, épuisée et m’étant bien amusée, je décidai de faire une pause. Mais, cela ne semblait pas être l’avis d’Astiran et de Naid, qui, après un regard complice entre eux deux, se jetèrent sur moi et m’assaillirent de chatouilles. Puis, ils me firent tomber dans l’herbe, sans arrêter.

- Arrêtez !! Arrêtez !! criai-je à moitié morte de rire.
- Pas de pitié contre les feignasses !
- Suis pas une feignasse !
- Oh…je n’en suis pas sûr…dit Naid en souriant.
- Hé ! Qu’est qu’il se fasse ici ? demanda une voix au ton assez fort.

Nous relevâmes la tête, et vîmes Yasalyn.

- Tiens Yasalyn ! s’exclama Astiran. Ca faisait longtemps !
- N’est ce pas ? répondit-elle ironiquement.
- Tu viens nous joindre à nous ? demanda Naid.
- Non…merci…

Puis, elle partit, mais je voyais dans ses yeux que ça n’allait pas. Je demandai aux garçons de me lâcher et je m’élançai à sa poursuite. Arrivée jusqu’à elle, je lui attrapai l’épaule.

- Yasalyn ? Ca va ?

Je n’eus pas le temps de dire autre chose, qu’elle chuta du côté d’où j’avais agrippé son épaule, et tomba au sol, évanouie. Apeurée, je criai l’aide d’Astiran et Naid, qui vinrent à mon appel.

- Qu’est ce qu’il s’est passé ? demanda Astiran, tandis que Naid alla s’agenouiller auprès d’elle.
- Je ne sais pas, elle est tombée subitement, répondis-je.
- Son front est brûlant, constata Naid. Elle respire trop rapidement, et son pouls est trop rapide également.
- Maladie sûrement…supposa Astiran.
- Non…je ne crois pas…cela à plutôt l’air d’être l’œuvre d’une magie psychique. Quelqu’un essaie de pénétrer les défenses de son esprit, alors, elle résiste comme elle peut et elle y arrive, mais le corps n’arrive plus à supporter.
- Comment sais-tu cela ? demandai-je. Tu t’y connais en magie ?
- Elle allait parfaitement bien ce matin, une maladie est progressive, je l’aurais su si c’était le cas. Et puis, j’ai quelques connaissances magiques, oui…Astiran, aide-moi à la porter jusqu’à sa chambre.

Alors, ils prirent Yasalyn et allèrent la porter dans sa chambre. Quelqu’un essayait d’affaiblir Yasalyn ? Quelqu’un qui savait très bien se servir de la magie. Quoi qu’il en soit, nous avions un ennemi.
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ielenna



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MessageSujet: Re: La fille du monde   Jeu 7 Juin - 16:38

AVIS

Ce texte est un plagiat du premier jet des Chroniques des Fleurs d'Opale dont la seule propriété m'appartient depuis 2006.
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