par la magie de la plume et du pinceau

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 La fille du monde

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arilia

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MessageSujet: La fille du monde   Sam 23 Juin - 15:08

Introduction



« L’inattendu peut se produire à tout moment »
Je ne me doutais pas que cette phrase allait prendre une véritable signification pour moi un jour, ce jour… Ce que je pensais, une phrase était semblable à toutes les autres, des mots formés de lettres, le tout ayant un sens premier. Mais c’est ce jour de printemps, que moi, Diphtil, je compris que les phrases avaient un sens caché, celui de la réalité. Du haut de mes dix ans, je ne connaissais pas toutes les facettes du monde, autant métaphoriquement que réellement, mais c’était normal pour mon âge.

Mon monde à moi se réduisait à mon petit village, Faritè, dans lequel ma mère m’avait enfantée, et où j’avais grandi avec elle et mon petit frère, Naid, sans mon père cependant, celui-ci était mort, emporté par la maladie, alors que je n’étais âgée que de trois ans. Faritè était un village peuplé de paysans fidèles à leurs terres, mais il était aussi placé près de la frontière du royaume d’Edenor. Ce royaume était en guerre contre le notre, celui des Neltiads, nom de mon peuple, mais depuis environ trente ans, il n’y avait pas eu de grandes violences dans les parages, néanmoins ils nous détestaient, à cause de nos différences physiques.

Nous, les Neltiads, sommes semblables à nos voisins, les humains, mise à part quelques points. Notre peau est beaucoup plus pâle et blanche que la leur. Un des signes distinctifs des Neltiads sont les marques noires et indélébiles sur leurs bras qu’ils ont dès leur naissance. Sauf moi, qui n’ai aucune empreinte sur mes membres, mais sur mon front, une espèce de rond, avec des formes étranges à l’intérieur, c’est ce qui me rend unique parme tous les Neltiads. Personne n’a su pourquoi cela n’était arrivée et surtout comment. C’est grâce à ma marque que je doit mon prénom, qui signifie « fille de l’Inconnu » dans une langue très ancienne. Mais ce qui donne le plus peur aux humains, ce sont nos yeux aux pupilles violacées, qui brillent d’une intelligence malveillante d’après leurs dires. Personnellement, je n’avais jamais vu d’humains de près de ma vie, jusqu’à ce triste jour de printemps dont je me souviendrais jusqu’à ce que rende mon dernier souffle.
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arilia

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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 15:08

Chapitre 1



La scène de ce jour tragique se passe devant ma chaumière, dans laquelle j’habite depuis ma naissance. C’était un bel et chaud après midi, les oiseaux chantaient joyeusement, le ciel se ravissait d’un beau bleu, parsemé de quelques cumulus qui semblaient perdus dans l’immensité astrale, entouré d’un magnifique Soleil radieux. Je jouais avec mon petit frère, Naid, qui, à l’époque, était âgé de huit ans.

- Dis Diphtil, me disait-il avec une petite voix joyeuse en me sautant au cou, on joue à cache-cache ?

J’adorais mon petit frère. Depuis la disparition de mon père, il constituait le seul membre masculin de ma famille. Quand j’étais triste, il me consolait, quand je m’ennuyais, il me distrayait. C’était l’être qui m’était le plus cher au monde.

- Dis Diphtil, on joue à cache-cache ? répéta-t-il en tirant gentiment une de mèches de cheveux rouge sang.

Je le calmai en le prenant par les épaules, en le regardant dans le fond de ses yeux violets, comme le faisait ma mère lorsque l'on mentait.

- D’accord pour un cache-cache.

Il se mit à sauter partout en criant « youpi ! » Mais je lui fit signe de ce taire.

- Chut ! Ne fais pas de bruit ! N’oublie pas que maman est en train de faire des offrandes à Laifardi.

- Oups…dit-il en arrêtant de sauter, l’air désolé.

Laifardi était le dieu du feu, l’un des quatre grands dieux que l’on vénérait, nous les Neltiads. Chaque élément de la nature était représenté par un dieu. Kalia était la déesse de l’eau, Tiama, celle de l’air, et Pitrir et Laifardi étaient respectivement les dieux de la terre et du feu. Ils étaient frères et sœur entre eux, nés de Dorina, déesse des dieux. Les Neltiads faisaient donc des offrandes aux dieux chaque jour, afin que ceux-ci veillent à ce que leurs récoltes soient bonnes. Et la situation dans laquelle j’étais avec ma mère et mon petit frère était délicate. N’ayant plus d’homme dans la famille, c’était ma mère qui travaillait dure aux champs, et elle était beaucoup moins efficace que mon père auparavant, lorsqu’il était encore en vie.

- Bon… qu’attendons nous pour ce cache-cache ? demandais-je.
- Rien grande sœur ! Allons y !

Je rie intérieurement. Qu’est ce que je l’aimais mon petit frère…que ferais-je sans lui ? Rien, sûrement…

- Donc, pas le droit d’aller dans la maison, ni après la frontière, ni dans la maison abandonnée.

Je sentis mon frère frémir. La maison abandonnée portait bien son nom. On la disait maudite, et personne, même pas les adultes, n’osait s’en approcher.

- Je compte, vas te cacher, lui dis je.

Et je m’accoudai contre l’arbre, les mains devant mes yeux. Puis, je me mis à compter, entendant les petits sons des pas furtifs de Naid.

- 1…2…3…4…

Tout à coup, un cri retentit. Je me retournai. Ne voyant rien, aucun signe du danger, je me remis à compter.

- 5…6…7…

Soudain, un bruit d’une flèche qui vole me frappa les oreilles, comme l’une enflammée vint s’abattre au dessus de ma tête. Je criai sur le coup de la surprise. Puis, je me retournai. Je vis là l’enfer en lui-même. Des troupes entières d’hommes arrivait, armées d’épées et de haches, certains d’arcs, qui tuaient et brûlaient tout sur leur passage. Je me mis à paniquer.

- Naid !! Naid reviens ! criais-je.

Je le vis, qui courait vers moi, le visage couvert de sueur. Une flèche s’abattit à quelques centimètres de son pied. Je criai une seconde fois, tellement j’eus peur que la flèche l’atteigne.

- Vite Naid ! On va chercher maman, la prévenir !!

Nous courûmes jusqu’à la chaumière et frappâmes à la porte de toutes nos forces. Notre mère nous fit entrer en vitesse.

- Allons les enfants ! Vite ! On va se réfugier aux pieds des statues divines, peut-être nous protègeront elles.

Rapidement, nous nous assîmes sous les statues de bois. Ma mère nous entoura de ses bras d’un geste maternel et protecteur. Dehors, on entendait des cris déchirants qui s’éteignaient toujours à chaque fois dans des plaintes, et des pleurs, qui ne s’éternisaient pas non plus. Une goutte d’eau me tomba sur la tête. C’était une larme de ma mère. Mon frère et moi pleurâmes en silence, pour se faire le moins remarquer. J’entendais ma mère murmurer des paroles intelligibles, sûrement des prières. Soudain, une flèche enflammée s’abattit sur la chaumière et le toit commença à prendre feu. Ma mère nous regarda avec ses yeux mouillés et rouges.

- Les enfants…glissez vous à l’extérieur…fuyez d’ici au plus vite et courez…

Mon frère sanglota.

- Et…et toi maman ? demanda-t-il d’une petite voix.
- Moi…je vous rejoindrais…vite…

Je me serrai contre elle.

- Maman…murmurai-je.

Elle nous enlaça fort dans ses bras.

- Je vous aime…fuyez…je vous en prie…ne vous retournez pas…

Je hochai la tête à contre cœur. Alors, je pris Naid par la main, et l’entraîna vers la porte. Puis, sans un regard en arrière, nous nous mîmes à courir le plus vite possible, en essayant de ne pas se faire repérer. Voyant que personne ne nous avait remarquez, nous nous cachâmes derrière une charrette renversée. Tout à coup, un bruit sourd me fit retourner. Je vis là, ma chaumière, écroulée et recouverte de flammes.

« Maman… »

Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps, Naid également. Alors, je le pris par les épaules.

- Ecoute moi bien, Naid… On va se séparer…

Il s’essuya les yeux de sa manche sale.

- Pourquoi ?
- On va jouer à cache-cache avec les humains. Si une flèche te touche, tu as perdu. Par contre, si tu t’enfuies, tu as gagné.
- Gagné quoi…

Je regardai mes pieds.

- Ta vie…murmurai-je.

Une larme tomba au sol. Puis, je le regardai, comme tout à l’heure, au fond de ses yeux violets.

- Maintenant, cours !

Il m’obéit et s’en alla. Je me remis à pleurer. Puis, je le vit une dernière fois, et me mit moi aussi à courir. J’entendis des cris derrière moi.

- Là ! Il y a une fillette qui s’échappe !

Plusieurs fois, je perçus le bruit des flèches qui s’abattaient à la suite de mes pas rapides. Puis, un homme massif armé d’une épée, s’interposa devant moi. Il la leva dans un rire, mais habitué à feinter lorsque je jouais au chat avec Naid, je réussis à lui échapper de justesse. Je continuai à courir, sans regarder derrière moi, en espérant que mon frère avait lui aussi réussi à s’en sortir. Tout à coup, je me rendis compte que l’on m’encerclait. Il ne me restait plus qu’une direction à prendre.

- La frontière…

Je n’avais plus le choix…Je devais courir, sans penser à rien d’autre. Le cœur battant à tout rompre, je traversa la frontière, et arriva au premier village humain, complètement désert. Et devant moi, se dressait un bâtiment gigantesque, orné de rosasses et de statuettes. Je savais ce que c’était, ma mère me l’avait plusieurs fois raconté. Cela s’appelait une église, là où les humains vénéraient leurs dieux. Décidée, j’ouvris l’énorme porte de bois.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 15:23

Chapitre 2


J’entrais donc dans cette église, monument qui m’était complètement inconnu. A peine je fis quelques pas, la grosse porte massive se referma toute seule derrière moi dans un bruit sourd. L’intérieur du bâtiment était immense, chaque pas sur le pavé se répercutait dans un grand écho contre les parois. Il régnait dans l’église une lourde odeur d’encens, qui me faisait un peu tourner de l’œil. De superbes rosaces de couleurs vives laissaient entrer la lumière de l’extérieur tout en la colorant. Je n’osais même pas regarder le plafond tellement celui-ci, immensément haut, me donnait le vertige à en tomber par terre.

Je m’approchais lentement vers le centre de l’église, émerveillée par ce nouveau lieu inconnu. Puis, j’arrivai au cœur, chapiteau principal. Là, mes yeux se levèrent sur cinq grandes statues de marbre. Celle au centre, qui était la plus grande de toute, représentait une femme d’âge mur, ses bras ouverts et recouverts d’un grand drap, ses longs cheveux tombant jusqu’à ses pieds. A sa droite, deux statues masculine. L’un, musclé et torse nu, des cheveux tombant sur ses épaules, tenant une flamme de marbre dans sa paume, l’autre, plus menu et fin, le visage bienfaisant, qui lisait adossé contre un arbre. A gauche de la statue principale, on pouvait voir, au contraire, deux statues féminines. La première, à la silhouette mince et grande, était vêtue d’un voile très fin et léger, tenant une boule dans sa main, la deuxième, élancée, semblait envoyer des baisers en soufflant sur sa main. Je les reconnus tout de suite… Laifardi, Pitrir, Dorina, Kalia et Tiama, les dieux élémentaires.

« Ainsi, pensais-je, les humains vénèrent les mêmes dieux que nous… »

Je songeais, pensive, devant les imposantes statues divines. Soudain, quelqu’un me prit par l’épaule et me retourna. Je reçus une gifle sur la joue, tellement forte, que je tombai au sol. Je me mis à pleurer, la baffe m’ayant fait très mal. Je levais les yeux vers l’expéditeur de ce geste. C’était un homme assez âge, habillé d’une grosse robe blanche, le crâne chauve tel un œuf, et beaucoup de pendentifs autour de son cou. Il était assez grassouillet, ainsi le montrait ses joues, et ses yeux noirs me lançaient des éclairs de rage.

- Comment oses tu profaner ainsi ce lieu sacrée par ta présence, sale Naltiade !

Il me donna de violents coups de pieds dans les côtes et dans la face. Et moi, je criai, me tordant de douleur, devant les regards figés des statues des dieux, de mes dieux, qui semblait, à mon étonnement, éprouver de la pitié envers moi.

- Laissez moi ! Je n’ai rien fait ! hurlais-je pour essayer de prouver mon innocence de gamine.

Alors, le gros homme se mit à rire sadiquement.

- Tu crois que tu vas t’en sortir comme ça, gamine bâtarde !

Il me souleva par le col de ma veste sale, mes pieds ne touchaient plus terre. Je renversais ma tête en arrière, pour afin défier mon adversaire du regard de mes yeux violets, un filet de sang coulant par mon nez et ma bouche. Soudain, l’homme blêmit d’un coup en voyant mon front. Il me lâcha, et s’agenouilla devant moi, pendant que je retombais sur mes pieds, étonnée de cette réaction.

- Veuillez m’excuser, noble déesse, de vous avoir offenser, ce n’était pas voulu. Je voulais défendre votre temple, dit il d’une voix craintive.

Mon cœur se mit à battre, je ne savais pas si j’avais mal compris.

- Comment m’avez-vous appelée ? lui demandai-je.

Il leva sa tête, couverte de larmes, à ma plus grande surprise.

- Déesse, cinquième enfant de Dorina, sœur des dieux…Je t’implore, pardonne moi.

Je ne comprenais toujours pas, mais cependant, je tremblais.

- Vous devez me confondre avec quelqu’un d’autre… Je suis Diphtil, je ne suis pas une déesse.
- Non, ma déesse… Je vous ai tout de suite reconnu, grâce à la marque sur votre front.

Je relevai ma frange de cheveux rouges et frotta curieusement mon signe. Mais, je n’arrivais pas à me faire à l’idée. Je n’étais pas une déesse, ça ne pouvait pas être possible.

- Comment pouvez vous conclure que je suis une déesse, simplement en voyant ma marque ?

Il se leva en tremblant.

- Venez voir…

Il m’emmena vers les cinq statues divines. Puis, il montra leur visage de son doigt boudiné.

- Regardez leurs fronts.

Alors, je me mis sur la pointe des pieds. J’aperçus tout de même de là, que chaque dieu, avait tout comme moi, une empreinte semblable à la mienne, mais avec, néanmoins, des formes différentes à l’intérieur.

« Peut être est ce alors vrai, me dis-je. Ce vieux fou ne doit pas dire des mensonges dans un état pareil. »

Il était vrai que le prêtre était toujours incliné devant moi, et tremblait tout comme lors d’un glacial hiver.

- Alors je suis une déesse…
- Oui, ma fille céleste. Vous êtes la déesse du cinquième élément. Mais je vous en conjure, pardonnez moi de ma violence contre vous tout à l’heure. Je ne savais pas…

Je réfléchis en regardant le drôle de bonhomme à la tête ronde. Peut être disait-il la vérité, défendre son temple, habité par ses dieux. J’étais trop naïve à l’époque : je le pardonnai.

- Ma déesse, j’ai entendu dire, que votre peuple d’origine a été exterminé, voulez vous désormais vivre ici, dans votre demeure sacrée ?

A l’entente de l’extermination de mon peuple, l’image de ma mère, de mon frère et de mon village en flamme et dévasté refirent surface dans mon esprit. Je ne pus m’empêcher de pleurer à chaudes larmes, devant le regard étonné du prêtre grassouillet.

- Divine, ne pleurez pas. Je comprends votre douleur, mais qui sera passagère. Acceptez vous mon offre ?

Je savais que ma douleur ne serait pas passagère, mais qu’elle me suivrait toute ma vie, tel un poids accroché à ma cheville pour l’éternité. Que faire à présent ? Mon village était détruit, ma mère morte et mon frère disparut, peut être décédé lui aussi. Je ne pouvais pas faire autrement. Aussi dehors, les hommes se remettraient à me pourchasser, et sûrement, ils me tueraient. Je n’avais donc pas d’autre choix que d’accepter.

- Grand est mon honneur d’offrir ma demeure à vous, ma déesse…dit il alors lorsque je lui donnai ma réponse. Laissez moi me présenter, moi, simple mortel… Je suis Sarïn, gardien de cette église depuis des dizaines d’années, votre fidèle serviteur jusqu’à ma mort.

Alors, il me mena vers les étroits escaliers de pierres glissantes, et me fit entrer dans une pièce, assez richement décorée, dans le thème du rouge. Au milieu, un grand lit à baldaquin, brodé de fils d’or. Les meubles en bois semblaient être vernis de nacre et la chambre était baignée d’une odeur délicate de jasmin. Je restais là, bluffée devant le luxe de la salle.

- Voici votre chambre, ma déesse, dit-il en s’inclinant. Je vous laisse à vos méditations.

Sur ce, il ferma la porte. J’avançai dans la pièce, observant chaque petit détail. Puis, je sautai sur mon lit, et m’y assis, balançant mes pieds qui ne touchaient pas le sol. Toutes les images de cette journée me sautaient au cou. Plus jamais je ne reverrai maman, son visage souriant. Plus jamais elle ne m’étreindra dans ses bras chauds, ne me recouvra mon visage de doux baisers. Et mon frère… Je priai de tout cœur qu’il soit en vie, pourtant, les chances étaient infimes, comme la force de la flamme de le bougie à côté de moi, et qui menaçait de s’éteindre d’un moment à l’autre. Naid n’avait aucun endroit où se mettre à l’abri, et serais découvert peu après. Je me mis à pleurer, repensant à tous ces bons moments que nous avions passé ensemble. Je soufflai sur la bougie, d’où s’échappa un peu de fumée grise, et je m’allongeai, serrant contre moi l’oreiller soyeux et moelleux. Je sentais au fond de moi, mon cœur qui explosait de rage et d’impuissance, de tristesse également. Oui…il était baigné de mes larmes les plus profondes et les plus noires. Cette nuit a été la plus longue de ma vie.

Les jours qui suivirent, Sarïn m’expliquait tout sur moi et mon origine divine. Plusieurs fois, selon lui, mes pouvoirs apparaîtront sans que je le veuille. Mais, le moment le plus important sera le jour de mes vingt et un ans, où, étant devenu une femme, j’acquerrai en intégralité mes pouvoirs du cinquième élément inconnu, et en même temps, le pouvoir sur le Royaume d’Edenor. Oui, le roi devra me laisser la place ce jour là, qu’il le veuille ou non, étant à présent une déesse. C’est sûrement pour cela que Sarïn m’avait signé des dizaines de papiers, dont je ne savais même pas de quoi cela parlait, vu que la lecture était réservée aux personnes âgées d’au moins quinze ans… De plus, il allait falloir que j’aie une descendance divine, assez rapidement, afin de transmettre mon pouvoir. Car, m’avait expliqué Sarïn, un seul des enfants de chaque dieu recevait le pouvoir parental. Laifardi s’était uni à sa sœur, Tiama, et Pitrir à Kalia. Leurs descendants vivaient toujours, mais étant inconnu dans le monde…

Revenons à mon problème. Jusqu’à ce jour où j’allais atteindre mes vingt et un ans, toutes mes habitudes de pauvre paysanne allaient devenir celles d’une princesse, ou plutôt d’une déesse. Déjà, j’avais à présent une merveilleuse garde robe dans les tons du pourpre et du beige. Le matin, je devais prier environ trois heures ma famille divine, et l’après midi, je recevais des gens, souvent des malades qui me demandaient une bénédiction. Et quand j’avais du temps libre, j’allais courir dans le jardin du monastère, juxtaposé à l’église. Là bas, les bonnes sœurs me choyaient. Néanmoins, je m’ennuyais à mourir. Naid n’étant plus là, je n’avais plus de compagnon de jeu. Je crois que Sarïn l’avait remarqué, car quelques jours plus tard, il m’amena un garçon.

- Chère déesse, me dit-il un jour, laissez moi l’honneur de vous présenter Astiran. Il est orphelin, et je me suis dit qu’il pourrait vous tenir compagnie. J’ai donc décidé qu’à partir de ce jour, il vivra ici, à vos côtés. Il logera dans la chambre à côté de la vôtre. Etes vous satisfaite ?

J’examinais le garçon de la tête aux pieds. Il était grand en taille pour son âge. Ses yeux chocolat semblaient tellement rêveurs, plongés dans son imagination, sous ses cheveux châtains en bataille qui lui arrivait aux épaules.

- C’est parfait, répondit je.

Le prêtre s’inclina et partit, me laissant seule avec le jeune inconnu. C’est lui qui prit en premier la parole :

- Tu es vraiment une déesse ?

Je haussai les épaules.

- Je ne sais pas trop, à vrai dire…
- En tout cas, tu as la beauté d’une déesse, me dit il sincèrement.

Je rougis.

- Ainsi, tu es aussi orphelin ? lui demandais-je tristement.
- Oui… je n’ai jamais connu ma mère, mon père et mon grand frère viennent de mourir à la guerre.

Je regardai le sol.

- Je suis désolée…
- Tu ne dois pas l’être ! Une déesse doit être forte, autoritaire ! me dit-il en souriant.

Il me plaisait ce petit gars et je sentais que j’allais bien m’entendre avec lui. Je n’avais eu pas assez raison, je pense…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 18:14

Chapitre 3



Passèrent les saisons au fil des années, tel un fleuve s’écoulant sur des dizaines de kilomètres sans s’épuiser durant… Il se passa beaucoup de choses durant toutes ces années. J’avais appris à connaître Astiran, qui était un garçon au grand cœur, qui me comprenait parfaitement. Il avait presque remplacé Naid, presque, car il était celui qui me montrait véritablement ce qu’était un ami, un garçon… Toujours et partout il m’accompagnait à mon plus grand bonheur, et de grands liens d’amitié, même d’amour, se formèrent entre nous, car je le savais, il m’aimait, et moi, je n’étais pas sûre de mes sentiments envers lui. Concernant mon statut de déesse, ce que m’avait dit Sarïn ne s’était pas passé : mes pouvoirs ne m’étaient pas encore apparus. Le prêtre commençait à avoir des doutes sur moi, je le sentais... Il me parlait avec de plus en plus d’agressivité, mais il n’osait pas y aller trop fort non plus, je ne savais pas entièrement pourquoi.

Arrive donc ce jour d’hiver. J’avais vingt et un ans, pourtant je n’avais trop changé de visage, mes cheveux étaient toujours rouges et mes pupilles violettes, avec ma marque au milieu du front. C’était une fin d’après midi de neige, le ciel entièrement gris lançait quelques légers flocons. Tous les arbres étaient dévêtus de leur feuilles, l’herbe recouverte de neige blanche et un air soufflant gentiment en liberté. Habillée une riche et chaude robe pourpre, je courrai dans le jardin du monastère, le pan de mon accoutrement traînant dans la poudreuse, regardant derrière moi entre deux pas. Je soufflais, à moitié épuisée entre mes lèvres écarlates comme du sang. Enfin, j’atteins l’église. J’y entrai. L’ambiance était toujours la même, morne déserte et silencieuse. Les statues des dieux étaient toujours debout au chœur. Alors, je vira à droite, et monta un petit escalier étroit qui tournait. Je ne pouvais pas aller vite, ma robe était trop lourde à porter. Néanmoins, je continuais à courir, jetant chaque fois derrière moi, comme si j’avais peur que quelqu’un me suive. Et, j’avais un petit sourire coquin aux lèvres. Puis, l’escalier débouchait sur un corridor, au sol un long tapis rouge et des tapisseries médiévales accrochées sur le mur. Au bout de ma course, j’atteignis une porte sublimement ornée dans le bois. C’était celle de ma chambre. Alors discrètement, j’entrai, la refermant derrière moi et veillant à ce que personne me suive. Au claquement de la porte, je posai me tête sur la porte en soupirant.

- Ainsi…tu viens à moi, Diphtil ? me dit une voix derrière moi.

Surprise je me retournai, les mains plaquées contre le bois, regardant la silhouette tapie dans l’ombre. Néanmoins, je gardais sur mes lèvres mon sourire.

- Tu m’as piégée…dis je d’une voix fluette.
- Exact…continua la voix. Toute seule comme une grande…
- Tu savais que je viendrai ici pour me cacher de toi, mais tu as été plus rapide que moi…n’est ce pas Astiran ?

Alors, il sortit des ténèbres. Un jeune homme à bonne carrure, habillé de beaux habits d’hiver, des cheveux blonds et bruns en même temps qui lui arrivait aux épaules, un magnifique sourire aux lèvres, mais ce qu’il me plaisait de plus chez lui, c’était le doux regard de ses yeux chocolats, qui m'ouvrai le passage pour le royaume des rêves.

- Alors ? Tu abdiques ? me demanda-t-il.
- Ai-je vraiment le choix ? lui répondis-je en riant.

Il haussa les épaules.

- Non.

Alors, Astiran s’approcha de moi et me prit par la taille d’un geste rapide et délicat.

- Tu sais Astiran…je ne peux pas…
- Pourquoi ? Je te connais depuis presque onze années à présent. Je t’ai toujours aimé, et je te connais plus que je ne me connais moi-même.
- Moi aussi… mais... bafouillais-je.

Son corps se rapprochait de moi, je sentais son souffle sur mon visage.

- Mais quoi ? Pourquoi cherches tu les « mais » ?

Je baissai ma tête confuse. Mais, avec sa main, il me la releva, plongeant son regard dans le mien.

- Que te dis ton cœur ? me demanda-t-il doucement.
- Mon cœur ?

Je mis ma main sur ma poitrine.

- Ce qu’il me dit …? C’est…

Je ne finis pas ma phrase. Sans aucune pensée, je posai mes lèvres sur celles d’Astiran avec douceur, tout en y mettant mon amour, ce que je voulais lui exprimer. Puis, je détachai ma bouche de la sienne, le regardant dans le plus profond de ses yeux tendres.

- Alors…me dit-il, nos cœurs sont bien identiques…

Il m’embrassa à nouveau, mais plus passionnément cette fois. Sa grande main s’engouffra dans mes cheveux vermillon, l’autre restait sur mes hanches en m’étreignant. Moi, d’un geste rapide, en tâtant la porte, je fermis la porte à clef. Chaque seconde paraissait être, pour moi, ce qui est semblable à une heure au paradis. Alors, je passai ma main sur son dos et posa l’autre sur son épaule. Puis, le baiser se fit de plus en plus intense, et j’eus en ce moment une telle envie de fusionner à lui. Sans détacher nos lèvres les unes des autres, il me mena par la taille jusqu’au lit et m’y allongea, tout en m’embrassant. Nos souffles se faisaient de plus en plus saccagés, de plus en plus fort. Je sentais la douce chaleur qui se dégageait du corps d’Astiran, je me sentais m’envoler jusqu’au firmament, rien que lui et moi. Chacun de nous se rassasiait du baiser de l’autre, s’abreuvait du bonheur, de l’amour que l’on se donnait communement. Son parfum était pour moi l’odeur paradisiaque dont je ne pouvais me passer. Puis, nous détachâmes nos lèvres, rien que le temps de nous regarder. Amoureusement, je caressais sa joue légèrement rugueuse avec le revers de mes doigts, tout en rêvant de son visage. Lui, me baisait le cou, et en couvrait mon visage souriant et heureux. Alors, nous nous ré embrassâmes cette fois encore plus intensement. Je le serrais toujours fort contre moi, comme si j’avais tellement peur qu’il ne me quitte et ne me manque que ce soit quelques secondes. D’un geste, Astiran enleva son haut, m’offrant ainsi son torse nu, qu’il serrait contre moi. Alors, il commença à détacher délicatement les lacets de mon corsage tout en m’embrassant tendrement. Et moi, je me lassais faire, emportée. Puis, ma poitrine mise à moitié nue, il commença à remonter lentement sa main sur ma jambe, jusqu’à ma cuisse. Alors, je ne sais plus trop pourquoi, je me levai subitement, remontant mon haut sur mes seins.

- Je fais n’importe quoi…dis je.
- Pourquoi dis tu cela ? demanda Astiran qui ne comprenait pas trop ma réaction.

Il me regarda dans le fond des yeux.

- Je ne me sens pas prête… Tu es mon ami…pas mon amant…
- Et pourquoi ne pas le devenir ?

Je restai silencieuse, ne sachant que faire. Puis, il se leva, un air de compassion noyant ses yeux bruns.

- Je te comprends…Je pars, te laissant réfléchir ici…

Il m’embrassa une dernière fois tendrement, prit son vêtement, et s’en alla, refermant la porte derrière lui. Laissée seule, je m’assis sur le lit, ne comprenant qu’à moitié ce que je venais de faire. J’eus soudain l’envie d’ouvrir la porte et de lui courir après, mais d’autres pensées n’en empêchaient. Une larme tomba sur ma main, je pleurais sans trop savoir la raison.

« Qu’est ce que j’ai fait …? »

Je me pris ma tête entre mes mains en sanglotant. Je l’avais sûrement vexé… Mais était il sage de le faire ? Les questions se contredisaient elles mêmes dans mon esprit, sans presque que je puisse intervenir… Je relevai les yeux vers ma fenêtre, la nuit était tombée dehors, la neige continuait elle aussi de descendre du ciel.

« La nuit porte conseil… » me dis je, cette expression m’était familière car Astiran me la disait souvent les soirées de déprime.

Alors, je me levai et défis le reste de mon corsage, afin de l’enlever complètement. Puis, ma robe tomba à mes pieds. Alors, j’enfilais ma légère chemise de nuit, et rangea ma robe dans mon armoire. Puis, je me glissa entre les chaudes et confortables couvertures de mon lit soyeux, et j’éteignis la bougie. La pièce devint donc sombre, seul pénétraient dans la pièce les reflets de la lune sur la blanche neige. Je pensai un instant, à ce qui ce serait passé si je n’avais pas renvoyé Astiran. Et sous l’émotion, je me remis à pleurer en silence dans la nuit…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 18:22

Chapitre 4





La nuit était plutôt agitée ce soir là. D’une part, le vent glacial soufflait, faisant claquer les branches nues et rigides des arbres, puis, il y avait une raison qui n’avait aucun rapport avec le temps… A moitié dans un sanglot et un grognement, je me retournais dans mes couvertures. Je n’arrivais pas à m’endormir. La soirée que je venais de vivre se bouleversait dans ma tête. Je m’en voulais, sans m’en vouloir.

S’engageait alors un vrai combat contre moi-même. J’avais véritablement partagée. Aimais-je vraiment Astiran ou pas ? Aurais-je dû faire ça ? Seul le temps pouvait me donner une réponse, mais il ne venait pas à moi. Je réfléchissais ainsi, lorsque j’entendis un bruit à ma fenêtre.

« Sûrement encore ce salop de chat ! »

En tâtant ma table de chevet, j’allumai ma bougie et me leva, en titubant. Je me passai une main dans les cheveux en soupirant. Soudain, dans un grincement, la fenêtre s’ouvrit lentement, laissant entrer le vent froid. Et moi, j’étais en train de geler en petite chemise de nuit. Prudente, je me saisis de la dague, rangée dans un de mes tiroirs, et je m’avançais. Puis, une silhouette apparue soudainement devant la vitre. Je faillis crier, mais la surprise m’en empêchait. Je lâchai la bougie, qui tomba par terre et la chambre fut plongée dans l’obscurité. Je me plaquai contre le mur, terrorisée, lorsque la silhouette entra dans ma chambre. Alors, je serrai mes doigts sur ma dague.

- Qui êtes vous ? dis-je.

L’inconnu s’approcha, mais au lieu de s’avancer vers moi, il se baissa et prit la bougie qu’il alluma. C’était une personne encapuchonnée dans un vêtement de voyage, je n’arrivai pas à discerner son visage.

- Qui êtes vous ? répétai-je.
- Quelqu’un de qui tu te caches…dit une voix masculine énigmatiquement.

Je tremblai, par à cause du froid, mais à cause de la peur que produisait la présence de cet homme dans ma chambre.

- Donc, je vous connaîtrais…
- Bien sûr, dit-il calmement.

Mes dents se serraient, j’aurais voulu qu’il disparaisse par magie, ne plus le revoir.

- Allez vous en immédiatement…je vous en prie, murmurai-je.

Alors, il se mit à rire, pas sadiquement, bien au contraire, par amusement.

- Je partirai si tu le veux, mais je veux d’abord que tu saches qui je suis, et pourquoi je suis ici.
- Faîtes vite alors !

Sous mon regard étonné, il retroussa ses manches. Alors, mon cœur fit un bond dans ma poitrine, mon regard fixé sur les avants bras de l’homme. Ils étaient recouverts de symboles, comme les Neltiads.

- Vous êtes un Neltiad ?

Il se remit à rire.

- Je vois que tu gardes des choses en mémoire ! Et ça me fait bizarre de t’entendre me vouvoyer.

J’essayais de le dévisager, mais je ne savais toujours pas qui c’était.

- Je vous le demande une dernière fois, qui êtes vous ?
- La personne qui t’a trouvé à une partie de cache-cache qui dure depuis maintenant onze années, Diphtil…

Non…ça ne pouvait pas être…Il enleva alors sa capuche, et c’est alors que le reconnu véritablement. Des cheveux bruns, sombres et broussailleux sur la tête, ses pupilles violettes, un air coquin, quoique légèrement vieilli, car l’homme avait une vingtaine d’année.

- Naid !

Heureuse et émue, je sautai dans ses bras, en sanglotant, sous le coup de l’émotion. A présent plus grand que moi, il posa son menton sur ma tête, et me caressa délicatement mes cheveux vermeils.

- Calme toi soeurette…sèche tes larmes. Sinon, c’est moi qui vais aussi me mettre à pleurer.
- Mais…sanglotai-je, tu m’as tellement manquée…je te croyais mort !

Il m’éloigna de lui, en me tenant cependant par les épaules.

- Ai-je l’air mort ?

Alors, je secouai la tête négativement. Qu’est ce que j’étais heureuse de revoir mon petit frère à présent devenu un homme.

- Raconte moi tout, lui demandai-je.

Sur ces mots, nous nous assîmes sur mon lit. Alors, sur ma demande, il me raconta tout.

- Tu te souviens de ce triste jour, commença-t-il, celui où maman est morte et où nous avions dû nous séparer. Je suis parti en courant, et cherchant un endroit où me cacher, j’ai transgressé tes règles. Je suis allé vers la maison abandonnée.
- Quoi ?! dis-je en me mettant les mains devant ma bouche d’effroi.

Il porta son doigt à ses lèvres.

- Ne m’interrompt pas, tu poseras tes questions après.

Il se racla la gorge et continua son récit :

- Je disais donc…je me dirigeais vers la maison abandonnée, lorsque je me suis reçu une flèche dans le dos. Je suis tombé à terre, j’avais extrêmement mal, de plus, je saignais énormément. Les humains se sont approchés de moi, pendant que ma vue se brouillait, mais il me semblait voir un vent très fort se lever.

Il fit une pause le temps de respirer.

- En fait, la maison abandonnée ne tiens pas son nom, quelqu’un y habite et c’est cette personne qui m’a sauvée. Elle se nomme Elæis, une personne assez âgée, mais, le plus impressionnant, c’est qu’elle possède un contrôle total sur l’air.
- La descendante de Tiama ! interrompis-je Naid en me rappelant de se que m’avait dit Sarïn.
- Oui, c’est cela… Elle m’a donc soigné, et enseigné beaucoup de choses. Depuis, je vis en temps que voleur, car les Neltiads ont toujours un risque de se faire tuer dans le Royaume d’Edenor. Je t’ai chercher depuis. Et un jour, quelqu’un m’a raconté l’histoire d’une Neltiade devenue une déesse avec son signe sur le front. Je savais tout de suite qu’il s’agissait de toi. Mais avant d’atteindre ta chambre, je suis entré dans un bureau, et j’ai trouvé un papier important…car je sais lire à présent, tout comme toi je le pense. Tiens…lis.

Il sortit de sa poche un parchemin fermé par un ruban et me le tendit. Je m’en saisis et le déplia. Les mots me laissèrent abasourdie.





« Moi, noble déesse, fille de Dorina, je prendrais le pouvoir sur le Royaume d’Edenor lors de ma majorité. Je soussigné, qu’en cas de mort, accidentelle ou naturelle, après mes vingt deux ans, je donne le pouvoir à Sarïn, tuteur et prêtre.

Signature : Diphtil »







- C’est ma signature ! m’exclamais-je.

Naid hocha la tête.

- C’est cela…et je crains, que, lorsque tu auras atteint ta majorité, Sarïn essaiera de te tuer, coûte que coûte…

Tout se bousculait dans ma tête. Le prêtre me détestait bien, et n’attendait que le jour de mes vingt deux ans avec impatience. Je n’eus rien le temps de dire, Naid parla :

- C’est pour cela que je suis là, je t’emmène…conclut-il.

Je tournai ma tête vers lui, le regardant, à moitié étonnée. Peut-être avait-il raison…et si il avait raison…peut-être qu’il fallait que je m’en aille d’ici au plus vite, avant que la mort ne m’attrape. Le papier, que je tenais entre mes doigts tremblant témoignait. Il ne me suffit qu’une minute pour répondre à mon frère.

- Alors…je viens.

Sous l’émotion, je me remis à pleurer, et il me berça dans ses bras.

- Allez grande sœur…calme toi…tu verras ce que c’est la liberté.
- Après tout, tu as peut-être raison…Il faut que je m’en aille d’ici au plus vite.

D’un geste fraternel, il passa une main dans mes cheveux écarlates.

- Qu’attends tu alors ?
- Rien…

Je me levai. Mais, une idée me tournait dans la tête. Et Naid se questionnait en me voyant ainsi regarder dans le vide.

- Qui a-t-il Diphtil ?

Doucement je me retournai vers lui, fixant le fond de ses pupilles violettes.

- Il y a un garçon, enfin…un homme, avec qui je m’entends bien ici. Et l’idée de le laisser seul ici me fait de la peine. Pourrait-on le prendre avec nous ?

Evidemment, je parlais d’Astiran. Je ne voulais en aucun cas l’abandonnant à son sort, comme l’a fait l’espoir et le bonheur lors de son enfance. Naid afficha un sourire complice sur son visage.

- Si il est d’accord, bien sûr.

Heureuse, je sautais dans les bras de mon frère.

- Merci ! Qu’aurais-je fait sans toi…
- Rien, répondit-il ironiquement. Va le chercher.

J’approuvai d’un signe de tête et sortit de ma chambre, y laissant seul Naid. Je n’arrivais pas à me rendre compte de ce que je venais en seulement quelques minutes. Pieds nus, je courrais dans le couloir jusqu’à la chambre d’Astiran. Doucement, en me pinçant les lèvres, car je ne devais pas réveiller Sarïn, je frappai à la porte. Elle s’ouvrit immédiatement. Voyant la tête déconfite d’Astiran, je supposais qu’il n’avait pas réussi à dormir et qu’il veillait depuis la soirée.

- Qu’est ce qui a ? dit-il.

Dans un réflexe, je lui mis mon doigt devant mes lèvres, pour qu’il parle moins fort.

- Puis-je entrer ? demandai-je. Il faut que je te raconte quelque chose…
- Oui oui, bien sûr.

Je pénétrai donc dans la chambre de mon ami, décorée dans les tons de bleus, où il régnait une chaleur réconfortante. Sans faire de bruit, il referma la porte, et se mit en face de moi.

- Alors ? De quoi voulais-tu me parler, surtout à cette heure là de la nuit !

Je lui relatai donc les évènements qui venaient tout juste de se produire. L’arrivée de Naid, sa survie grâce à la descendante de Tiama, et surtout, le contrat où j’avais signé, sans le savoir, mon arrêt de mort. Puis, je lui dis mon départ rapide afin de m’éloigner de Sarïn au plus vite, et je lui exposai l’idée de venir avec nous. Durant quelques minutes, le temps qu’il comprenne tout ce que je lui racontais, il réfléchissait. Puis, il me donna sa réponse.

- En aucun cas je te laisse seule avec ton petit frère ! Il sera trop jeune et unique pour te protéger !

Comprenant ce qu’il voulait dire par là, je sautai dans ses bras.

- Merci Astiran ! Je te revaudrais ça !
- Tu n’as rien à me donner…j’irais où tu ira.

Je lui donnai un de mes plus beaux sourires, qu’il me rendit.

- Bon, prépare des affaires de voyages, lui dis-je, pas trop lourd non plus, juste le strict nécessaire. Pour l’instant, je vais faire la même chose.
- C’est vrai, remarqua-t-il, on ne sort pas dans la ville en légère et petite chemise de nuit !

Je le dévisageai d’un air boudeur.

- Quand tu seras prêt, repris-je sérieusement, rejoints moi dans ma chambre, j’y serais avec Naid. Je compte sur toi.
- Tu n’en as pas besoin, ma petite déesse…

Sur ses mots, je sortis de la chambre. En espérant que Sarïn ne s’était pas réveillé avec tout ce bruit. Puis, je rerentrais dans ma pièce, veillant à bien fermer la porte derrière moi. Naid était toujours là, assis sur le rebord de la fenêtre. C’est vrai qu’il avait tout de même changé depuis ces années, mais c’était normal. Cependant le fait de le revoir ainsi me donnait une drôle d’impression, comme si mon passé me remontait par la gorge. Alors, il tourna son regard vers moi en souriant.

- Allez hop ! Maintenant opération départ ! me déclara-t-il d’un air joyeux.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 18:33

Chapitre 5




En moins de trente minutes, mon sac était prêt. J’avais échangé mes riches habits de fourrure et de soie contre des vêtements de voyages en cuir rustique, que je ne portais que très rarement. Naid m’avait observé, assis sur le rebord de la fenêtre, sans néanmoins m’aider. Il savait que j’arriverai très bien à me débrouiller toute seule. Puis, un peu plus tard, Astiran arriva dans la chambre, disposé lui aussi. Je le présentai à Naid, ils s’échangèrent simplement une poignée de main et quelques mots. Tout le monde était trop fatigué pour parler, on économisait nos forces pour le départ.

- Bon, dit Naid, je te propose, Diphtil, d’aller voir Elaeis, peut-être éclairera-t-elle ton chemin… De toute façon, j’ai l’intention de passer là bas…

Il me fit un clin d’œil, je lui rendit.

- Astiran, continua-t-il, tu vas descendre en premier par la fenêtre. Tu rattraperas Diphtil. Quant à moi, j’irai en dernier. Pas d’objection ?
- Aucune, répondit Astiran.

Il enjamba l’embrasure de la fenêtre et descendit. Quand il posa les pieds à terre, il me fit un signe, pour me dire que je pouvais y aller. Prudemment, en posant mes pieds sur des accroches sur le mur de pierres, je descendis.

- Tu es assez basse, Diphtil, me dit Astiran à voix basse, saute, je te rattraperais.

Ayant confiance, je lâchai le mur. Je tombai dans les bras d’Astiran, puis me remit debout. Naid prit soin de refermer la fenêtre, puis, avec l’agilité d’un chat, sauta directement jusqu’au sol, où il atterrit avec délicatesse sans aucun bruit.

- Suivez moi, chuchota-t-il, personne ne doit nous voir.

Nous mîmes nos capuches sur nos têtes et il se mit donc à courir silencieusement, Astiran et moi derrière lui. Nous traversâmes le jardin du monastère enneigé. En espérant que la neige qui tombait toujours recouvrirait un minimum les traces de nos pas dans la poudreuse. Puis, nous passâmes par-dessus le mur qui l’entourait. Tout à coup, je me retournai. Depuis onze années, c’était la première fois que je mettais un pied en dehors du domaine. Je regardai une dernière fois le haut clocher de l’église, pensant à ce futur qui allait tellement différer du présent et du passé récent. Avais-je raison de faire ceci ? Evidemment, sinon, pourquoi serais-je partie. Mais quelques pensées lointaines me disaient le contraire, alors, de mon mieux, je les repoussait au fond de mon esprit. Quelqu’un me prit la main, et me la tira légèrement.

- Allez viens Diphtil, me dit Astiran. Quittons cet endroit au plus vite.

Je hochai la tête, et, après avoir jeté un dernier coup d’œil à l’église, je suivis Naid en compagnie d’Astiran. A chaque pas, nous regardions autour de nous, pour vérifier que personne ne nous verrait. Direction l’ancienne frontière, étant donné qu’une partie du territoire des Neltiads avait été incluse dans le Royaume d’Edenor depuis ce tragique jour de printemps. Nous courûmes le plus vite que nous pouvions, mais la nuit et le vent qui portait la neige en nous fouettant le visage nous ralentissait. La pleine lune qui dominait la sombre voûte céleste était pour nous notre seule source de lumière. Au loin, on pouvoir percevoir la longue plainte d’un loup, qui chantait sa belle, cet astre. Seules nos trois silhouettes bougeaient dans cet univers immobile. Enfin, au bout de quelques longues minutes de course, nous atteignîmes enfin la maison abandonnée, toujours en aussi mauvais état qu’auparavant. Mais, au lieu de m’avancer, j’eus un mouvement de recul.

- Qu’est qu’il t’arrive Diphtil ? me demanda Naid qui avait remarqué que je n’avançais plus.
- Je ne sais pas…depuis toujours, ce lieu m’a été défendu, comme hanté ou maudit. Alors bon…j’ai toujours un peu peur, même à présent.

Naid posa sa main sur mon épaule.

- Allez t’inquiètes pas grande sœur…Ce n’est rien.

Je le regardai.

- Je ne m’inquiète pas, répondis-je.

Alors, il me sourit. Puis, nous avançâmes jusque devant la porte de bois qui tenait à peine debout. Mais par le bas de l’ouverture, on pouvait distinguer de la lumière. Sans bruit, Naid ouvrit la porte.

- Entrez discrètement, nous murmura-t-il.

Alors, nous pénétrâmes dans la cabane et Naid ferma la porte derrière nous. Un feu de cheminée crépitait douloureusement dans la cheminée, cachée par un fauteuil miteux. La pièce était pauvrement décorée, et sentait l’humidité. Naid s’approcha du fauteuil, posa mes mains sur l’accoudoir et se pencha.

- Ah ! Te voilà ! dit une petite voix qui paraissait un peu ancienne. Tu m’as l’air bien joyeux ! L’as-tu trouvée ?
- Mieux Elaeis, je l’ai amenée.

La petite vieille se leva de son siège avec la force de ses bras avec quelques difficultés et se tourna vers moi. Elle était un peu rabougrie, avec un visage ridé, néanmoins, elle affichait sur ses fines lèvres un sourire complice et ses yeux violets, comme tout Neltiad, pétillaient de vie. Elle me désigna d’un doigt tremblant.

- C’est elle ?
- Oui, répondit Naid.

Alors, elle s’approcha de moi.

- Je te souhaite le bonjour, chère Diphtil. Si tu savais ce que Naid m’a parlé de toi ! Il n’avait pas tort, tu es très belle.

Je rougis.

- Merci madame. Je suis aussi heureuse de vous rencontrer.

Puis, elle se tourna vers Astiran.

- Et qui est ce bien beau jeune homme, Naid ? demanda Elaeis.
- Il s’appelle Astiran, répondit mon frère qui était accoudé contre la cheminée. C’est un ami de Diphtil qui a tenu à l’accompagner.
- Je vois, je vois…répondit-elle en examinant le jeune homme de la tête aux pieds.

Puis, elle retourna s’asseoir dans le fauteuil, qu’elle tourna vers eux.

- Je me présente, je suis Elaeis. Naid a dû te parler de moi Diphtil… ?
- Oui, bien sûr, répondis-je.

Elle hocha lentement la tête.

- En échange, il m’a raconté que tu avais été reconnue comme déesse du cinquième élément…Est-ce la vérité ?

Alors, je relevai ma frange, découvrant le signe marqué sur mon front. Avec de petits yeux perçants, Elaeis l’observa.

- Il n’y a pas d’erreur…tu es bien la fille de Dorina.

Puis elle soupira longuement en jetant un coup d’œil au feu qui se mourrait sur un lit de braises.

- De toute façon, nous sommes tous ses enfants…
- Que voulez vous dire ? demandai-je.

Elle soupira.

- C’est une longue histoire. Mais, si vous y tenez, je vais vous la raconter.

Astiran et moi nous assîmes sur le parquet grinçant, et je posai ma tête sur le torse de mon ami, car je commençais à fatiguer, la nuit était à son apogée.

- Comme on a dû te l’expliquer, commença la vieille, Dorina a eu cinq enfants : Laifardi, dieu du feu, Pitrir dieu de la terre, Kalia déesse de l’eau et Tiama celle de l’air. Les frères et sœurs durent s’unir entre eux formant deux couples : celui de Laifardi et de Tiama, et celui de Pitrir et Kalia. Mais, descendirent de là quatre peuple pour chacun des dieux. Les Humains sont les descendants de Pitrir, Tiama est l’ancêtre des Neltiads, quant à Kalia, elle forma le peuple des Ondines.
- Les Ondines ? demanda Astiran.
- Attendez…l’interrompit Elaeis. Et les descendants de Laifardi nous sont à moitié inconnus, car ce sont des nomades dans le désert du Saartan, plus au nord. Dans chacun des peuples, une seule personne possède le pouvoir de son ancêtre, qu’elle transmet à son descendant et ainsi de suite… Et dans le peuple des Neltiads, c’est moi qui détiens le pouvoir de Tiama, celui de l’air.

Je ne pus retenir ma question.

- Et avez-vous une descendance ?
- Certes oui ! Une fille, partit depuis longtemps. J’espère qu’elle n’est pas morte. Elle est le seul espoir de la survie du pouvoir élémentaire de l’air.

Naid, qui était accoudé à la cheminée en regardant le feu crépiter, soupira.

- Bon Elaeis… Peut-être éclairerais tu le chemin de Diphtil pour l’avenir… ?
- Oui, oui Naid…je vais y venir…
- A ce que je vois, tu es toujours aussi impatient, petit frère ! constatai-je.

Il sourit avant de se tourner vers la vieille femme.

- Personnellement, je ne peux pas t’aider, avoua-t-elle. Mais, je connais quelqu’un qui pourrait. C’est Amalia, ondine descendante de Kalia, et qui possède en plus le don de prédire une partie de ton avenir. Peux être pourrait-elle alors être d’une aide précieuse et utile.
- Et où peut on trouver cette Amalia ? demanda Astiran.

Elaeis leva ses frêles mains qui tremblaient comme des feuilles en automne.

- Elle se cache dans l’océan lointain, situé à deux semaines de marche d’ici, c’est un long et dangereux périple, car il va vous falloir traverser tout le Royaume d’Edenor.
- Mais, comment a-t-elle reçu ce don de divination ? demandai-je.

La vieille haussa les épaules.

- Je ne le sais pas… Je l’ai très peu rencontré, les Ondines forment tout de même un drôle de peuple.

Je levai ma tête pour regarder Astiran.

- Je crois que nous n’avons pas le choix, nous allons devoir aller tout là-bas.
- Oui, me répondit-il en soupirant. En plus, nous sommes recherchés ici. Si jamais on te retrouve, tu seras morte d’ici cinq mois. Je n’ose pas imaginer ce qu’il adviendra de moi…

Naid d’approcha de moi et me tendit la main pour me lever.

- Je vous accompagnerai…me dit-il.

Remise sur pieds, je le regardai avec un regard rempli d’un sentiment qui se nomme le remerciement.

- Merci énormément Naid, je te revaudrais ça.
- Rien que de t’avoir avec moi me fait si plaisir, répondit-il.

Je l’enlaçai, néanmoins, je ne pourrai pas rattraper toutes ces années perdues. Puis Elaeis parla :

- Allez dormir jeunes gens. Il est tout de même trois heures et demi de la nuit, et le soleil se lève dans quatre heures, juste le temps de vous reposer avant votre voyage. Surtout que l’on va vous rechercher dès l’aube. Je vais m’occuper de vos affaires et provisions.
- Merci Elaeis, dis je.

Puis, après lui avoir souhaité une bonne nuit, Naid nous guida dans la pièce adjacente, sans meubles, avec une simple couverture par terre.

- Voici ma chambre, je vous la donne cette nuit, vous devez être fatigués.
- Et toi alors ? lui demandai-je. Où vas-tu coucher ?

Il me sourit en soupirant.

- J’ai l’habitude de passer des nuits blanches. Etant voleur, j’ai appris à économiser mes forces et les utiliser qu’au bon moment. Et puis, vous avez plus besoin de dormir que moi.

Je n’arrivais pas à croire tout ce qu’avait fait mon frère pour moi cette nuit là. Je déposai un baiser sur sa joue, toute fois en me haussant sur les pointes de mes pieds.

- Bonne « nuit » alors…

Astiran et lui s’échangèrent une poignée de main amicale en se souhaitant une bonne nuit, puis nous rentrâmes dans la chambre, en fermant la porte derrière nous. Mon ami soupira.

- Et bah…que de choses en une nuit. Et je suis toujours aussi épuisé !
- Ne t’inquiètes pas, moi également.

Puis, je pensai aussi à ce que faisait Astiran. Il abandonnait une vie paisible pour venir avec moi, risquer sa vie, rien que pour la mienne.

- Au fait…merci du fond du cœur, Astiran. Tu fais beaucoup de choses pour moi…et…

Je n’arrivait à trouver pas mes mots. Alors, Astiran me prit par la taille derrière moi.

- Tu n’as rien à dire…me chuchota-t-il à l’oreille. Pour toi, je ferais tout. Je te suivrai jusqu’au bout du monde.
- C’est pourtant ce que tu vas faire ! dis-je en souriant.

- Car je t’aime Diphtil…me murmura-t-il.

Moi, je ne savais que faire, partagée. J’étais attirée par Astiran, mais si ça ne marchait pas, même notre amitié allait être brisée, et cela m’attristerais horriblement, car je me sentirai d’une part responsable des conséquences. Il me fallait attendre, le temps m’était absolument nécessaire.

Alors, nous nous allongeâmes sur le couchette inconfortable, et, ayant un peu froid à cause des murs en bois qui laissait passer, par des fentes l’air frais du dehors nocturne, je me blottis dans les bras chauds et rassurants d’Astiran. J’allais passer une bonne mais courte nuit, me sentant en sécurité. Demain serait un nouveau jour…les autres aussi…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 18:47

Chapitre 6



- Allez Diphtil ! Debout ! On doit y aller, l’aurore vient de se lever.

Prise en sursaut dans mon sommeil profond, je me relevais d’un coup. Naid était devant moi, armé d’un air vif et nouveau. A côté de moi, Astiran n’était plus là, il s’était certainement réveillé avant moi. Encore fatiguée, je baillai et m’étirai tel un chat après une confortable sieste au chaud.

- Bonjour Naid.
- Allez, lève toi, on va manger un petit quelque chose avant de prendre la route.

Sur ces mots, il sortit de la chambre et ferma la porte derrière lui. Alors, je me retirai mes couvertures et je me levai en titubant. Les faibles lueurs venant du Soleil traversaient les fentes dans le mur de bois taillé rustiquement. Puis, quelques minutes plus tard, je rejoignit les autres ? Naid, l’air pensif, était adossé contre la cheminée, toujours allumée, mais à la flamme mourante. Astiran, lui, était assis dans un coin en grignotant un morceau de pain. Il n’avait pas l’air parfaitement éveillé. Elaeis, quand à elle, préparait nos sacs de voyage, toujours pleine de vie. En me voyant arriver dans la pièce, Astiran se mit sur pieds, un sourire sur ses lèvres.

- Bonjour Diphtil.

Il me fit une longue bise sur la joue.

- Tu as bien dormi ? me demanda-t-il.
- Parfaitement ! lui répondis-je en souriant. Même si elle était assez courte, elle m’a procurée des forces.

Il hocha la tête, puis me tendit un bout de son pain.

- Prends, me dit-il, il n’y a que ça à manger pour l’instant.

Je le remerciai et prit le peu de nourriture.

- Ca y est, annonça Elaeis, vos sacs sont prêts. Vous feriez mieux de vous dépêcher.

Puis, elle s’approcha de Naid à petits pas rapides et lui tendit un parchemin usé, qu’il récupéra. Puis, ensuite, elle vint vers moi. Elle prit dans sa poche un pendentif de nacre en forme de fleur de lys.

- Voici pour toi, Diphtil. Ceci est le symbole de Tiama, notre déesse protectrice. Porte le autour de son cou, il te donnera chance et bonheur.

Alors, la vieille me déposa le bijou dans la paume. En le mettant autour de ma gorge, je regardai Elaeis.

- Merci…dis-je.

Puis, elle me donna un petit parchemin.

- Ceci sont les indications que tu devras suivre lorsque tu arriveras au lieu où vivent les Ondines.

Elle leva sa main tremblante vers mon front.

- Que les dieux te protègent, jeune Diphtil.

Puis, sans ajouter autre chose, elle retourna aux sacs.

- J’ai donné la carte du monde à Naid, nous dit-elle, qui vous guidera jusqu’à Naralir, ville portuaire, la plus proche du lieu où habitent les Ondines.

Puis, nous prîmes nos sacs et avançâmes jusqu’au devant du seuil de la maison.

- Merci pour tout Elæis, dis je avec Astiran.

Naid, quant à lui, déposa une bise sur sa vieille jour ridée.

- Que vos pas vous mènent sur ceux de la réussite, mes enfants…nous déclara-t-elle.

Puis, nous partîmes du logement de la vieille. L’herbe était recouverte de givre et d’une délicate poudreuse qui commençait un peu à fondre. Le Soleil se levait difficilement à l’horizon, dispersant ces rayons lumineux parmi les nuages rosés, ces pétales de fleurs cotonneux et légers. Deux pas sortant de la maison, je m’arrêtai, regardant devant moi.

- Que se passe-t-il, Diphtil ? me demanda Naid.

Je lui parlai tout en fixant la plaine en face de moi.

- Quand tu penses qu’il y a onze années, il y avait là notre village, notre maison, notre vie…Tout ça a été détruit en l’espace d’une seule et unique journée, par des personnes qui nous en voulaient physiquement. Tous ont été massacrés : les hommes, les femmes, enfants, vieillard et surtout maman…tous étaient innocents. Ma vraie vie, je l’ai vécue ici, en ce lieu, avec toi, avec maman. Les souvenirs qui hantent cet endroit sont majoritairement bons, mise à part ce jour que je n’oublierai jamais. Tu vois le jeune arbuste qui sort de cette vieille souche là-bas ? Cette souche est le reste de l’arbre où l’on avait joué à cache-cache, tu te souviens ? Depuis, tout est parti, plus rien n’est pareil…peut-être aurais-je dû mourir, comme tous ces autres. Je me sens intruse de ce monde où je suis seule…

Naid me prit dans ses bras.

- Sache, Diphtil, que tu n’es pas seule. Je sais exactement ce que tu ressens, et je compatis.
Puis, Astiran vint, il mit ses bras autour de mes épaules et me berça lentement.

- Ton frère a raison…tu es loin d’être seule…je suis là moi, Naid aussi. Je ne t’aurais jamais rencontré non plus, même si je sais que tu aurais préféré vivre heureuse avec ta mère et ton frère, que de d’avoir une vie encloîtrée avec moi.

Je glissa ma main dans la sienne, grande et chaude.

- Ne dis pas de bêtises…Je t’aime énormément aussi. J’aurais été en manque si tu n’étais pas là.

Je regardai la plaine vierge, mes yeux remplis d’un sentiment se nommant la nostalgie.

- On devrait y aller, dit Naid, on va sûrement commencer à vous rechercher.

Je soupirai, puis, nous reprîmes la route, nos capuches sombres sur la tête. Nous évitâmes de passer devant l’église, si quelqu’un nous repérait, tout était fichu.

- Pourquoi ne prenons nous pas de chevaux ? demandai-je.
- A mon avis, dit Astiran, on n’a pas assez d’argent pour que l’on puisse s’acheter trois chevaux.

Tout à coup, Naid se mit à rire, sous nos regard étonnés.

- Qui a parlé d’acheter ? dit-il. On va les voler.
- Quoi ?! m’écriai-je. Mais on va se faire repérer !

Naid me fit un clin d’œil.

- Tu n’as pas confiance en mes compétences, grande soeur ? De tout façon, à cette heure-là, personne ne nous verra.

Justement, nous arrivâmes à une écurie. Trois beaux chevaux étaient attachés à une barrière, en secouant frénétiquement leur crinière.

- Restez là, et cachez vous, nous ordonna mon petit frère. Je vais aller les chercher. Ne bougez pas.
- On ne risque pas de partir autre part ! fit remarquer Astiran en souriant.

Alors, nous nous cachâmes derrière un mur, pendant que Naid s’approchait des bêtes. A ma plus grande surprise, les chevaux n’hennirent pas, au contraire. Ils baissaient leur tête, l’air docile, comme si ils connaissaient Naid. Puis, sans un bruit, il détacha facilement les animaux et tira sur leurs cordes. Quand il parvint à nous, il me donna celle d’un bel étalon noir aux yeux de braises avec des balzanes blanches. Astiran reçut un cheval bai, une liste blanche sur le front, une crinière et une queue couleur crème. Quant à Naid, il se récupéra un blanc comme de la neige fraîche.

- Vite, dit-il. Il faut qu’on y aille.

Alors, nous montâmes les bêtes et nous mîment à chevaucher le plus rapidement possible. Nous sortîmes de la ville endormie. Je jetai un dernier coup d’œil derrière moi, cet endroit, mon ancienne prison. Notre course se faisait comme les nuages dans le ciel, aussi rapides et légers que nous à ce même moment. Les sabots des chevaux piétinaient le peu de neige qui recouvraient l’étendue blanche, tel celle d’un stratus terrestre et infini. Le Soleil était juste devant nous, à l’Est, comme une arrivée que l’on devait atteindre avant qu’elle ne s’en aille. Je regardai à ma gauche. Astiran, ses cheveux châtains au vent, galopait sur son cheval bai. Je le regardai plus attentivement. A ce moment, je ne pus définir le sentiment qui dominait mon cœur. Il n’y avait pas de mots. Le mélange d’une reconnaissance éternelle et d’une grande tendresse. J’eus soudainement une envie de sauter dans ses bras, qu’il m’y serre. Est-ce ça l’amour ? C’était une question à laquelle il fallait que je m’empresse de répondre pour moi-même. Je regrettais presque de l’avoir repoussé la soirée dernière. Néanmoins, j’avais bien dormi cette nuit, blotti contre lui, me sentant en sécurité de tout danger du monde. Que lui et moi. C’était trop tard : j’avais goûté à ce plaisir, je n’arriverais plus à m’en passer. Etait ce une bonne chose ? Ces questions sans réponses se bousculaient dans ma tête, sans trouver la moindre réponse convenable. J’allais devoir faire des choix, qu’ils soient bons ou mauvais, pour lui, pour moi, à présent, à l’avenir…

Puis, je regardais à ma droite, Naid. Il rendait bien ses dix huit ans, qui resplendissait sa jeunesse, mais ses yeux reflétait sa maturité et la sagesse qu’il avait acquit grâce à Elaeis. Qu’avait-il vécu durant toutes ces années ? Par rapport aux questions que je me posais sur Astiran, celles-ci avaient des réponses. Je lui demanderait le plus vite possible, tout savoir sur mon frère disparut, que je croyais mort. Et lui, avait-il connu l’amour ? Je ne savais pas… Je ne pouvais pas deviner dans l’esprit des gens. Néanmoins, je percevais que son enfance et son adolescence n’avait guère été aisées. J’espérais que plus jamais nous ne serions séparés, par quoi que ce soit.

Dans les alentours du milieu de journée, après avoir galoper durant des dizaines de lieues, nous arrivâmes dans un bosquet. Nous descendîmes de nos chevaux et les laissâmes boire dans une grande flaque de neige fondue. Ayant une petite faim, nous ouvrîmes nos sacs et mangeâmes quelques bouts de viande et de pain que nous avait donné Elaeis.

- Je pense, comme l’a dit Elaeis, que nous arriverons dans deux semaines, dit Naid.
- C’est long quand même ! m’exclamai-je.

Mon frère haussa les épaules.

- Comparé à la taille du monde, ce n’est rien…

Puis, le repas fini, Naid se leva.

- Il y a un village pas loin d’ici, nous dit-il. Je vais aller chercher des armes, ça nous serait utiles. A tout à l’heure.

Puis, il monta son cheval blanc et partit en direction du nord, me laissant seule avec Astiran. Un vent glacial soufflait à travers les arbres. Avec mes mains, je me frottais les bras, pour essayer de leur apporter un peu de chaleur. Mon souffle se transformait en buée, comme si un feu alimentait ma gorge.

- J’ai froid, dis-je en tremblant.

Alors, Astiran s’approcha, il me prit par la taille, puis nous nous assîmes par terre. Il me recouvrit de sa cape.

- Et encore, ce n’est que le début d’une grande aventure, soupira-t-il.
- Une très grande, rajoutai-je en regardant les deux chevaux restants qui broutait l’herbe, à moitié ensevelie sous la poudreuse.

Il posa son menton sur ma tête.

- Ce qui est sûr, c’est que je serais toujours avec toi, me dit-il.

Je me retourna lentement vers lui. Nos regards se rencontrèrent, je tombai dans ses yeux marrons, un puits profond qui emportait mon âme. Mon cœur devait être aimanté, il voulait s’approcher de celui d’Astiran. Je n’arrivai pas à faire autre chose. Dans un tourbillon de sentiments, nos lèvres se rencontrèrent. Je sentis mes joues rougir. Le froid, qui parcourait mon corps, fondit d’un seul coup, comme la glace dans le feu de la passion. Mon cœur me montait aux lèvres : je l’aimais…
Plus tard, Naid revint avec un grand sac attaché à l’arrière de son cheval. Agilement, il descendit et prit le paquet qui semblait lourd.

- Voilà, j’ai réussi à voler quelques choses qui peuvent nous être utiles, déclara-t-il.
- Tu as réussi à dérober autant de choses sans te faire remarquer ? dis-je, étonnée, en désignant du doigt l’énorme sac.

Il hocha la tête.

- Bien sûr, les humains sont tellement aveugles, sans te viser Astiran.

Astiran lui sourit, amusé. Naid plongea sa main dans le sac et en sortit une grande épée, rangée précieusement dans son fourreau.

- Justement, voici pour toi.

Naid donna l’épée à Astiran, qui prit fermement la poigne et la tira d’un coup. La lame d’argent était neuve, sans aucune rayure de la sorte. Dans le pommeau était incrustée une belle émeraude.

- Elle est magnifique ! déclara Astiran, frappé par la beauté de son arme.
- Elle te servira sûrement, lui dit Naid.

Astiran se retourna vers mon frère.

- Merci beaucoup.

Puis, Naid sortit autre chose du sac. C’était un bel arc en bois verni, accompagné d’un carquois décoré de feuilles d’or remplies de flèches ornées de plumes blanches.

- Ca, c’est pour toi, Diphtil.

Soigneusement, comme si j’avais peur de le faire tomber, je pris l’arc entre mes mains.

- Qu’est qu’il est beau ! m’exclamai-je.
- Il est fait avec du bois de cèdre, me détailla Naid, d’après les dires du vendeur, avant de lui voler…

Je lui souris.

- Et toi ? lui demandai-je. Quelle arme as-tu prise ?

Il retira de la besace deux bouts de bois, et les emboîta.

- Un bâton de combat, me répondit-il. Je ne me débrouille pas si mal avec. En plus, celui-ci a été spécialement conçu pour cela, c’est de la bonne qualité.

Naid remit le sac sur son cheval.

- En plus, j’ai pris de la nourriture pour le trajet. Dépêchez vous de monter sur vos chevaux, on repart.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 19:17

Chapitre 7




Durant toute cette journée, nous chevauchâmes dans la plaine vierge et dépourvue de vies. Peu de villages s’installaient ici, en raison de la distance qui les séparait du fleuve ou lac le plus proche et l’eau se faisait rare en terre presque sans arbres et enveloppée seulement d’une herbe rêche, à peine verte. Le voyage se déroula avec peu de mots que nous nous échangeâmes, et les pauses que nous faisions étaient courtes, car il nous fallait prendre beaucoup d’avance : cela donnerait difficulté à Sarïn de nous retrouver. Les chevaux que nous avions volés étaient résistants pour les longs et rapides trajets. Néanmoins, ils commençaient à fatiguer lorsque le crépuscule tomba brusquement. Le Soleil, éclairant une dernière fois ses nuages d’une lumière rouge comme des braises, et rosâtre tels des fleurs de roses, se cacha derrière l’horizon, et ne reviendrait que le lendemain.

- Arrêtons nous, proposa Naid. D’ici quelques minutes, nous ne verrons plus rien, et nous risquerions de nous perdre. Il serait plus sage de passer la nuit ici.
- Tu as raison, lui dit Astiran. En plus, nous sommes épuisés. Une nuit courte suivie d’un long trajet. Et puis j’ai faim !

Sur mon visage se dessina un sourire amusé.

- Arrête donc de râler ! lui dis-je. Nous sommes tous dans ton cas, moi en particulier. Je ne sais pas si j’aurais assez de forces pour manger.

Nous descendîmes des chevaux, qui broutait l’herbe sur laquelle la neige avait fondue. Naid posa son sac à terre, pendant qu’Astiran regardait autour de lui.

- Eh bien ! Comment allons nous pouvoir allumer un feu ? remarqua-t-il. Il n’y a aucun arbre dans les parages, et sans bois, cela risque d’être dur. Privés de chaleur et de nourriture cuite et chaude.

Naid sourit avec un air innocent.

- Mais je pense à tout, dit-il. Je savais que nous allions nous arrêtez en pleine prairie. J’ai donc prévu du bois pour faire du feu.
- Tu es génial Naid, lui dis-je.

C’est vrai que je commençais à avoir froid. Je rentrais mes mains dans mes manches afin d’éviter que celles-ci se congèlent. Alors, Naid entreposa le bois sur le sol. Puis, à la méthode rustique, avec deux bâtons qu’il frottait l’un contre l’autre, il arriva à produire quelques étincelles, qui enflammèrent peu après les bouts de bois. Je m’assis par terre, en tailleur et approcha mes mains du feu, qui furent réchauffées instantanément. Astiran se plaça juste à côté de moi, mais lui gardait ses bras croisés contre son ventre. Pendant ce temps, Naid prit de la viande gardée dans son sac. Puis, il chercha une pierre plate. Lorsqu’il en trouva une, il la plaça en dessus du feu et y fit cuire la viande lorsque la pierre fut assez chaude. Nous prîmes de vieilles écuelles que Elaeis nous avait mis dans nos sacs avant notre départ de Faritè. Alors, Naid nous donna à chacun un morceau de viande, que l’on regardait avec délice, tellement notre estomac criait famine.

- Je crois que nous avons bien avancé aujourd’hui, dit Naid entre deux bouchées. Nous avons parcouru environ sept cents lieues en une journée, ce qui est pas mal. En espérant que nos poursuivants ne seront pas si rapides, sinon, la course risque de se jouer serrée.
- Cela m’étonnerait beaucoup que Sarïn puisse rassembler une armée, fit remarquer Astiran. Il n’a pas le pouvoir de le faire. Néanmoins, je pré sens qu’il va essayer de nous tendre un piège, il va falloir nous méfier. N’est ce pas Diphtil ? …Diphtil ?

M’étant arrêtée de manger, je regardai dans le vide.

- Tout cela à cause de moi, murmurai-je. C’est bien malheureux. Si l’un de vous meurt, je m’en voudrais certainement éternellement, même si je me fais tuer, mon âme continuera se maudire elle-même.

Astiran posa son assiette à terre et m’entoura mes épaules de son bras.

- Allons…me chuchota-t-il. On ne va pas mourir. Et puis, si l’on est ici, en ce moment, c’est que nous l’avons voulu, et tiens à t’accompagner jusqu’à la fin.

Je le regardait fixement dans les yeux. J’avais du mal à prononcer mes mots.

- Mais qu’est ce donc que cette fin dont tu parles ?
- La fin d’une aventure, et sûrement le début d’une nouvelle, me dit-il en posant son menton sur ma tête.

Naid me tendit la gourde d’eau.

- Bois, me dit-il, cela te procurera du bien. Et surtout, détends toi.

Je me saisis de la gourde et la porta à mes lèvres. Avec plaisir, j’avalais le liquide frais qui coulait dans ma gorge. Désaltérée, je la rendis à Naid.

- Viens Diphtil, me dit Astiran. On va se coucher. Tu es fatigué, et moi aussi. J’ai envie de passer une vraie nuit, même si de bons lits ne nous sont pas proposés.

Il me tendit sa main et me leva.

- Et toi Naid ? demandai-je à mon frère.

Naid, le regard vers l’horizon, se tourna vers moi. Il haussa les épaules.

- Je vais veiller un peu. Peut-être dormirai-je, mais je n’en ai pas trop l’envie. Allez dormir, qu’attendez vous ?

J’hochai la tête, prit ma couverture rangée dans mon sac et le déroula à terre. Astiran installa la sienne juste à côté de la mienne. Et après s’être installé dans nos couvertures, j’attrapa la main d’Astiran afin de me réconforter. Entre les paupières à moitié fermées, je ne voyais que l’ombre de Naid plaquée sur le sol et mon nez, qui respirait plus lentement, sentais l’odeur de la fumée qui se diffusait. Puis, je tombai dans un sommeil profond.




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Un parfum de fleurs fraîches me firent ouvrir délicatement les yeux, que je me frottais afin de mieux voir. Je n’étais plus dans la plaine, ni Astiran, ni Naid n’était présent. Je n’arrivai pas à voir le sol, caché dans une brume qui s’écoulait au ras de l’herbe. Avec un peu de difficulté, je me levai, m’aidant de mes deux mains. Où étais-je ? Sûrement dans un rêve, mais celui-là me paraissait véritablement réel. Je m’avançais lentement vers l’inconnu, allant devant moi, mes pas me guidant. Puis, la silhouette d’un arbre arrivait à se faire discerner un peu plus loin, et des voix se faisaient entendre. Petit à petit, sans faire aucun bruit, je m’avançais vers ce point de repère. Alors, j’arrivai à distinguer des personnes adultes, qui se détaillaient au fur et à mesure de mes foulées. Toutes regardaient dans ma direction, il y en avait quatre.

Enfin, j’arrivai près d’elles. Se trouvaient là, un homme au visage séducteur et calme avec des yeux remplis de douceur d’un air familier, assis et adossé contre le tronc de l’arbre, un autre, debout, droit comme un piquet, son beau torse musclé montré à nu témoignait de sa force, une femme d’une extrême beauté et d’une magnifique silhouette fine et gracieuse, assise à côté de l’homme contre l’arbre, elle posait sa tête sur son épaule, puis, une autre femme, qui semblait plus jeune et joyeuse, installée sur une des branches du végétal qui la dissimulait à moitié, elle secouait ses jambes en rythme au dessus du vide. Les quatre avaient tous, comme moi un signe sur leur front. Ils me fixaient de leurs yeux, qui étaient soient marrons, bleus, oranges ou violets. Alors je les reconnus.

- Les dieux ! m’exclamai-je.

Alors, ils me mirent à sourire.

- Oui, répondit l’homme debout, devant moi, nous sommes bien les dieux. Si nous t’avons fait venir ici durant ton sommeil, cela n’est pas sans raison. Mais laisse nous d’abord nous présenter. Je suis Laifardi, dieu du feu.
- Moi, je suis Tiama, dit la jeune femme en haut de l’arbre.
- Et nous, nous sommes Pitrir et Kalia, rajouta le deuxième homme.

Je ne comprenais toujours pas ce qu’il se passait.

- Où suis-je ? demandai-je. Et pourquoi ?

Sur leurs beaux visages de chair s'affichèrent sur chacun d'entre eux un sourire mystérieux.

- Sache Diphtil, dit Kalia, que nous te voulons aucun mal, bien au contraire. Nous cherchons juste à t’aider, que tu saches à présent qui nous sommes, nous tes frères et sœurs.
- C’est donc la vérité, dis-je entre mes dents, Sarïn ne m’a donc pas menti. Je suis la cinquième déesse, notre petite sœur ?
- C’est exact, dit Tiama.

Alors, dans un geste agile, qui me fit penser à celui de Naid, elle tomba sur ses deux pieds sur le sol recouvert de brume.

- Je suis bien heureuse que ce soit une Neltiade qui ait été choisi, continua-t-elle, surtout une comme toi. Car, Elaeis, ma descendante, a dû déjà te le dire, je suis la mère de tous les Neltiads, ma sœur, Kalia est celle des Ondines, Pitrir est père des humains et Laifardi celui des Karkadis.
- Les Karkadis ? demandai-je n’ayant jamais entendu ce nom.

Laifardi me répondit lui-même.

- Ils forment mon peuple, et vivent en nomades dans le désert de Saartan. Leur descendant Jyüian, utilise son pouvoir à bon escient, pour aider les autres et non pour le pouvoir.
- Ceci est idem pour Elaeis et Floïn, mère et fille, dit Tiama.
- Amalia est une fille sage, ajouta Kalia, même si elle est devenue reine des Ondines, elle portent de justes jugement sur mon peuple.
- Quant à mon descendant, finit Pitrir, il m’est totalement inconnu. Le pouvoir de la terre n’a pas été utilisé depuis des dizaines d’années, je n’arrive donc pas à le localiser. J’espère qu’il n’a pas disparu, cela serait horrible et irréparable, malheureusement…

Je hochai la tête. Les dieux ne paraissaient pas aussi sérieux que sur les statues de granit, où leurs visage indifférent était gravé à jamais dans du granit. Ils avaient l’air de former une famille à peu près normale, mise à part la présence de leurs pouvoirs, et les couples qu’ils avaient formés entre eux.

- Et pour mes pouvoirs ? demandai-je. Quand vais-je donc les recevoir afin de m’en servir ?
- Aucune idée, dit Laifardi. Quelle importance de les détenir maintenant, tu peux être patiente, ça viendra un jour…
- Ce qui ce passe, c’est que j’ai un fou qui est bien décidé à me tuer, répondis-je sur un ton un peu agressif, juste pour obtenir le pouvoir par la force ! Je n’ai juste que mon frère et mon ami pour me protéger !
- Cela n’est aucunement de notre faute si tu n’as pas encore tes pouvoirs, dit Tiama. Je te dis la même chose que Laifardi : attends. Cependant, nous ferons de notre possible en ce qui concerne ta protection.

Kalia leva sa tête, et, d’un geste élégant, remit ses cheveux nacrés en arrière.

- Atteins d’abord Amalia, ma descendante, me dit-elle avec une voix sereine, c’est le plus important. Elle te dévoilera beaucoup de choses qui t’aideront par la suite. Peut-être tes pouvoirs se développera avant cette rencontre, ou après. Nous n’en savons rien.
- Kalia a raison, y ajouta Pitrir. En tout cas, sache que nous te soutenons, Diphtil, de tout notre cœur, et que l’on fera notre maximum pour toi.
- Avant que tu ne partes…dit Tiama.

Elle s’approcha de moi, je ne pus m’empêcher de frémir. La présence d’une déesse, si prête de moi me donnait un drôle d’effet.

- Tends ta main, m’ordonna-t-elle d’une voix douce.

Je m’exécuta en silence. Alors, à ma main gauche, Tiama fit glisser à mon majeur une bague à la pierre nacrée.

- Ceci est une opale magique. Chaque nuit où tu désireras nous voir, dors avec. Sinon, enlève la. Si tu veux, tu peux la garder durant la journée.
Avec la joie d’une enfant devant un merveilleux trésor, j’observai la pierre de mes yeux violets.

- Merci, dis-je alors.
- De rien, et surtout prends soin de toi…

Alors, ils baissèrent chacun leur tête en signe d’au revoir, et je vis Pitrir de faire un clin d’œil, pour je ne sais quelle raison. Et tout à coup, le sol se déroba sous mes pieds, et je me sentis tomber du haut des plus grandes montagnes.



………… :::::::::::::¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ :::::::::::………



Couverte de sueur, je sursautai, me mettant brusquement assise en un cri de surprise.

- Diphtil ? Ca va ?

Je me tournai. C’était Astiran, que je venais de réveiller à cause de mon réveil brutal. Il avait l’air de s’inquiéter pour moi, mais j’allais bien : j’étais revenue à la réalité. Je regardai autour de moi. Il devait être le milieu de la nuit. Les étoiles brillaient comme des vers luisants astraux, accrochés à leur plaine noire. Naid s’était couché près du feu, dont les braises couvaient sous le bois en cendre. Alors, j’observai ma main, mon majeur décoré à présent d’une magnifique bague d’argent et ornée d’une opale aux reflets nacrés. Alors, je la retira de mon doigt et la glissa dans ma poche.

- Oui, lui répondis-je. Je vais parfaitement bien.
- Tant mieux alors, me répondit-il dans un sourire.

Il me prit tendrement dans ses bras chauds et confortables, et je me blottis contre lui, comme une toute petite enfant au sein de sa mère.

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MessageSujet: Re: La fille du monde   Sam 23 Juin - 19:32

Chapitre 8




Le silence de l’église résonnait comme celui qui hantait un tombeau. Ce grand monument dépourvu de vie et tout de pierres grises donnait la chair de poule. Il y régnait une ambiance sombre et sinistre, cette atmosphère effrayante animée par des cierges blancs, dont les flammes, figées de le temps, imprimaient les ombres des cinq statues divines contre le mur. Celles-ci semblaient indifférentes au climat de cet univers morne et obscur. Seules la faible lumière du jour venant des rosaces colorait leurs visages sans expression. Aucun bruit, mise à part celui que produisait les chutes des gouttes de cire sur le froid carrelage, aussi glacial que devenait notre corps lorsque l’on pénétrait dans ce lieu. Mais cela ne faisait ni chaud, ni froid à Sarïn, qui venait d’arriver par le petit escalier dissimulé derrière un pilier de pierre. A petits pas, dans sa toge blanche, il s’avançait vers le chœur de l’église. Ses yeux noirs et le rictus mauvais sur ses lèvres témoignaient de sa colère, de sa rage et promettaient une future vengeance. Il s’arrêta devant les statues des dieux élémentaires. Puis, levant son crâne chauve, il leur adressa un sourire dédaigneux. Peu lui importait ce qu’ils pensaient à présent, il leur en voulait, les accusant de ma fugue et de celle d’Astiran. Il lui fallait absolument me retrouver avant que j’acquiert mes pouvoirs, ou du moins que j’arrive à les contrôler, car il risquait alors d’être plus dur de me tuer. Cette idée de convoiter le trône du royaume d’Edenor le faisait trépigner de joie. La seule contrainte qui pouvait lui barrer le chemin du pouvoir, tout en l’aidant d’une part à y accéder, c’était moi. Mettre fin à mes jours constituait pour lui la seule solution pour atteindre son but, et rien ne l’empêcherai d’accomplir cette tâche qui donnait la plus grande récompense. Que les dieux soient contre cette idée, il s’en fichait. Des dizaines de plans s’échafaudaient dans sa tête, préparant à refermer les pièges sur eux-mêmes avec toute sa cruauté. Son rire sinistre retentit dans l’église vide comme le tintement d’un grave clocher qui faisait résonner son son sur plusieurs kilomètres à la ronde. Soudain, la grande porte de bois s’ouvrit dans un grincement qui se répercuta en écho contre les murs épais. On ne pouvait distinguer la personne qui venait d’entrer, seulement apercevoir une fine silhouette à contre-jour. Sur son visage gras, Sarïn y afficha un sourire satisfait.

- Entrez mon enfant, dit-il, et veillez à bien refermer la porte, notre discussion doit rester secrète à toute oreille indiscrète.

Alors, on entendit l’épaisse porte se refermer dans un claquement sourd. Le bruit des pas légers se répercutant sur le carrelage de marbre.

- Bien le bonsoir mon père.

La personne fut révélée à la lumière du jour. C’était une jeune femme âgée d’environ dix sept ans. Malgré son jeune âge, elle paraissait vulgaire. Un léger cache-cœur, qui recouvrait la moitié de ses seins aux belles formes, constituait son haut. Sa ceinture maintenait deux draps blancs, un devant, un derrière, qui laissaient ses cuisse et ses magnifiques rondeurs à l’air, ainsi que deux poignards bien acérés, leurs pointes recourbées. Par contre, son visage lui donnait un air doux. Ses cheveux blonds couleur de la paille biquaient vers l’extérieur juste en dessous des oreille. Ses lèvres pulpeuses avaient la couleur des framboises mûres et lorsque notre regard tombait dessus, cela nous donnait envie de les croquer et nous mettait l’eau à la bouche. Et ses yeux, aux pupilles bleues comme l’azur, qui vous adressaient un regard des plus séducteurs, étaient pailletés de charme et d’innocence mensongère.

- Vous m’avez demandé, je crois, dit-elle d’une voix mielleuse.

Sarïn joignit ses mains.

- Oui, répondit-il. Je pense que vous savez de quoi il s’agit, du moins je l’espère.
- Vous voulez parler de cette cinquième déesse ?

Le prêtre fronça ses sourcils broussailleux en entendant parler de moi.

- C’est cela, oui…

D’un geste élégant et provocateur, elle posa sa main sur sa hanche.

- En quoi puis-je donc vous aider mon père ? lui demanda-t-elle.
- Vous savez que cette soi disant « déesse » s’est échappée avec Astiran, son ami, et…
- Comment pouvez vous certifier qu’ils se soient échappés et ne se sont pas fait simplement kidnappés ? l’interrompit la jeune fille.
- La neige est traître…

Sur son visage grassouillet se dessina un sourire malfaisant qui retrouva après son air sérieux.

- J’ai retrouvé trois paires de traces de pas, dont une qui me paraissait féminine, ajouta-t-il. Et puis, je sais que cet imbécile d’Astiran serait capable d’aller n’importe où avec elle. Quelqu’un a dû les persuader de partir, qui est venu les chercher.
- Je ne vois toujours pas ce que je viens faire là-dedans…

Sarïn toussa grassement.

- Je n’ai hélas pas le moyen d’envoyer une arme pour aller les chercher. Et étant donné la grandeur du monde, essayer de les trouver est aussi difficile que de rechercher une goutte d’eau précise dans un océan. C’est pour cela que j’ai fait appel à vous, ma fille… Grâce à votre instinct « sauvage », j’ai pensé que vous pourriez m’être très utile.
- Si je comprends bien, vous désirez que je partes à leur recherche ?

Avec un sourire rempli de haine, Sarïn se frottait les mains.

- C’est exact…au moins les localiser, après vous essaierez de vous intégrer à eux. Alors, vous aurez deux choix : soit vous m’envoyez un message pour me dire où vous êtes, soit vous les ramener jusqu’à moi sans qu’ils ne s’en rendent compte, ce qui risque d’être plus délicat.

Un sourire malsain s’afficha sur le visage pâle de la jeune femme.

- Ai-je le droit de tuer ? dit-elle en caressant son poignard de ses doigts.
- Faites mourir la personne avec qui ils sont partis si le cœur vous en dit. Mais ne tuez ni Diphtil, ni Astiran. J’ai envie de les faire mourir moi-même, l’un dans les pires tortures, la deuxième, comme si il s’agissait d’un banal accident. Ainsi, je pourrais devenir le roi d’Edenor !

Il éclata dans un rire sadique qui résonna dans toute l’église, les flammes des cierges vacillèrent et les statues semblaient frémir. La jeune femme leva un sourcil vers le prêtre.

- Une question, si vous me le permettez, mon père...existe-t-il un dieu de la folie ? Si c’est le cas, vous êtes certainement son descendant.

Sarïn fronça les sourcils une nouvelle fois, qu’est qu’elle pouvait être insolente et provocante cette petite !

- En parlant de dieux, continua-t-elle, pensez vous qu’ils adhèrent à votre idée ?
- Je me moque bien des dieux et de leurs avis ! répondit-il sur un ton d’agressivité. Et puis, ils m’énervent avec leurs prophéties mensongères qui ne s’accomplissent jamais. Le temps des dieux est révolu, celui des rois va commencer…

La jeune fille croisa les bras au niveau de son ventre dénudé.

- Et moi alors ? Vous me laisserez tomber ?
- Bien sûr que non ! Vous deviendrez ma conseillère et chef de mes armées, connaissant vos motivations, votre puissance et la poigne de fer qui vous sert de caractère,vous conviendrez à merveille à ce poste.
- Cela me va parfaitement ! dit-elle avec un sourire laissant apparaître ses dents blanches légèrement pointues. Mais vous semblez omettre un détail, mon père… Si la fille gagne ses pouvoirs, que se passera-t-il ?

Il leva sa tête en une grimace vers les cinq statues.

- Alors, nous serons perdus…morts sûrement…c’est pour cela que nous devons agir au plus vite, car le temps nous est compté, mais il faut tout de même attendre quatre mois, le temps que celle-ci atteigne sa majorité, si elle meurt avant, dans ce cas, je ne pourrais plus accéder au trône.

D’un geste gracieux et rapide, elle fit glisser sa main dans ses cheveux blonds.

- C’est un peu contradictoire ce que vous me dîtes là, objecta-t-elle. Vous désirez que je la protège pour que vous la tuiez ?
- Vous avez tout compris. Sinon, vous pouvez les faire souffrir, un peu, pas trop, autant physiquement que mentalement, si vous le voulez, mais agissez secrètement, sans que l’on sache qu’il s’agit de vous. Alors, ne les abîmer pas trop, et surtout, n’abusez pas de vos morsures…

Sur le visage de la jeune femme s’affiche un sourire amusé mais qui laissait trace de cruauté.

- Ce n’est pas véritablement moi qui en décide, de cela…ajouta-t-elle.

Sarïn ne put s’empêcher de frissonner en entendant le tin de sa voix, qui paraissait être animée d’une agressivité mystérieuse.

- Un cheval vous attend à l’écurie, dit-il, et pour vous aider, voici une bourse contenant deux cents cinquante pièces d’or, de quoi financer votre voyage.

Il tendit mollement le petit sac de cuir tintant du son des pièces, dont elle se saisit d’un geste rapide, comme si elle avait peur qu’il ne se volatilise devant ses yeux. Puis, elle l’accrocha à sa ceinture, qui, alourdie, descendit davantage sur son bassin. Sarïn déglutit à cette vue, mais il était prêtre et ne devait résister à la tentation féminine.

- J’espère, dit la jeune femme, que je gagnerait également de l’argent à mon retour de mission ?
- Assurément mon enfant ! répondit Sarïn. Si vous aboutissez à la réussite, bien évidemment.
- A aucun moment, l’échec dominera, je le promets.

Sur ces mots, elle se retourna et marcha à travers la nef, se déhanchant à chacun de ses pas décidés. Elle ouvrit l’énorme porte de bois, et, sans un mot d’au revoir, elle la referma derrière elle.
Sarïn avait au fond de lui un sentiment entre le soulagement du départ de la femme juvénile et la satisfaction cruelle qui l’animait. Alors, il soupira longuement lorsque la jeune fille disparut. Puis, il leva sa tête en direction du haut du mur où était placée la porte, et il marcha vers un autre escalier étroit, éclairé par quelques faibles torches : il monta. Puis, il débouchait sur un balcon, où était installé un imposant orgue. Sarïn s’assit sur le pauvre tabouret qui manquait de craquer sous le poids du prêtre. Alors, avec ses doigts boudineux, il se mit à jouer plusieurs accords, avec brutalité. Le son de l’orgue résonna dans l’église, camouflant le rire démentiel de Sarïn.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 12:57

Chapitre 9




Un vent fort soufflait derrière nous, qui étions sur nos montures, qui allaient aussi rapidement que l’air. Les dieux étaient avec nous, et cela me rassurait. Cela faisait à présent trois jours que nous voyagions durant toute la journée, et épuisés, nous nous arrêtions à peine pour manger et la nuit pour dormir, afin d’essayer de rattraper notre important retard de sommeil. Durant ces journées, il n’y eut rien de particulier, et, la plaine étant totalement déserte, nous nous ne sommes pas fait attaqué par des bandits. Néanmoins, on devait toujours se cacher lorsque nous arrivions, il fallait éviter de ce faire repérer, même si l’on nous connaissait pas, les Neltiads étaient détestés partout dans le Royaume d’Edenor. Mais, je me rassurais, car bientôt, les arbres, quoi que sans feuilles, remplaceront l’herbe sèche qui tapissait la terre sur des dizaines de kilomètres. Oui, car, nous allions devoir traverser la forêt de Lharm, bois que je l’on dit comme enchanté, ou maudit et hanté par des esprits frappeurs d’après certaines légendes contées par des anciens de villages ou des conteurs nomades. La forêt nous changerait de la prairie déserte, sans vie, quoi que la forêt n’est pas peuplée non plus, enfin, à nos connaissances.

Astiran, Naid et moi nous n’échangeâmes que de brèves paroles durant le trajet. Par contre, nous discutions le soir, au crépuscule, lorsque nous nous arrêtions pour dormir. Puis, j’avais l’impression qu’Astiran et Naid se taquinait mutuellement, à cause de moi, je le savais. J’étais la sœur de l’un, la femme préférée de l’autre, amoureux. Et moi, entre les deux, ils ne voulaient pas que l’autre prenne le dessus, que j’appartienne qu’à un des deux, je le sentais. Néanmoins, je restais assez grande pour décider par moi-même, je les aimais tous les deux, tellement différents, différemment. Ils étaient mes deux hommes.

C’est, enfin, au bout d’une longue journée, lorsque le Soleil commença à décliner à l’horizon, tel une boule de feu qui s’éteint petit à petit, que nous arrivâmes à Neruda, première vraie ville qui se présentait à nous depuis le début de notre fugue, et dernière épate avant notre entrée dans la forêt de Lharm. Mais, à un kilomètre avant d’entrer, nous fîmes arrêter nos chevaux, épuisés eux aussi par le voyage.

- Nous allons passer la nuit ici, à Neruda, nous dit Naid. Puis, demain, dans la matinée, nous reprendrons la route en direction des bois.
- Au moins, intervint Astiran dans un sourire qui essayait de cacher sa fatigue, nous pourrons manger et dormir convenablement !
- Tu as de l’argent Naid ? lui demandai-je.
- Oui, quelques pièces que m’a donné Elaeis pour notre voyage, mais je peux également en voler sans aucun problème, me répondit-il en soupirant. Sans modestie, je suis rusé et sais me faire discret.

Alors, je lui adressai un clin d’œil complice. J’en apprenait chaque jour un peu plus sur lui, mon petit frère.

- Néanmoins, objecta Naid, gardez vos capuches sur vos têtes, jusqu’à cacher vos yeux, surtout toi Diphtil. Si quelqu’un reconnaît en toi une Neltiade, n’importe qui, même que ce soit un mendiant, nous risquons d’avoir, dans ce cas là, de très gros ennuis.

Alors, nous nous exécutâmes, mîment nos capuches et continuâmes à chevaucher jusqu’à la porte de la ville, où nous fûmes arrêtés par deux gardes, bien bâtis dans leur armure.

- Halte ! Déclinez vos identités !
- Nous sommes de simples voyageurs qui cherchent un endroit où passer la nuit, répondit Naid d’une voix calme.

Les deux hommes, tout de même méfiants, se regardèrent.

- C’est bon, vous pouvez passer, dit l’un d’eux d’un signe de main.

Avec nos chevaux, qui avançaient au pas, nous entrâmes à l’intérieur des remparts de la ville. Néanmoins, j’arrivai à percevoir les chuchotements des gardes derrière nous qui discutaient à voix basse. Les rues étaient bondées, nous dûmes descendre de nos montures, sans une parole prononcée. Les marchands présentaient leur étalage en criant afin d’attirer davantage de personnes. Contre les murs étaient adossés de pauvres mendiants, demandant l’aumône au passant qui dédaignait circuler juste devant eux. Les maisons de Neruda étaient particulière : elles étaient plus larges au premier étage qu’au rez-de-chaussée, ce qui éclairait moins la rue, à présent devenue obscure à cause du crépuscule.

- Suivez moi, nous dit Naid. Je connais une auberge ici. Nous y passerons la nuit.

Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes à une place. Au centre, poussant au milieu des pavés, régnait un immense et vieux chêne, d’une hauteur gientesque, sûrement sacré dans cette ville. Le monde se faisait de moins en moins nombreux dehors, rentrant chez eux ou dans des tavernes à la tombée de la nuit. Puis, nous nous arrêtâmes devant une auberge dont l’enseigne se balançait au rythme du vent tout en émettant un son de grincement.

- C’est ici, dit Naid. Surtout, ne dites rien, je parlerais moi-même pour demander des chambres, et si quelqu’un vous parle, vous demande qui vous êtes ou n’importe quoi, ne répondez surtout pas. Nous devons nous faire le plus discret possible. Compris ?

Nous hochâmes la tête, puis nous entrâmes dans l’auberge. La chaleur qui y régnait était étouffante, et l’odeur de tabac et d’alcool donnait la nausée. Les hommes buvaient comme des trous, heureux de la fin de journée, d’autres discutaient entre amis…enfin…essayait d’entretenir de convenables paroles !

- Allez vous asseoir à une table libre, nous dit Naid, pendant ce temps, je vais demander si il reste des chambres.

Sur ces mots, il s’en alla vers le comptoir où un gros aubergiste essuyait ses verres avec un torchon à carreaux rouges, comme son visage joufflu. Alors, Astiran me fit un signe du menton, désignant une table laissée libre. Je marchai vers la table. Je sentis les regards pervers des hommes se fixer sur moi, l’allure de mes pas, ma silhouette et mes mèches de cheveux rouges qui dépassaient de la capuche trahissaient ma féminité. Puis, je m’assis sur une des chaises, jetant discrètement un coup d’œil sur Naid, qui discutait avec l’aubergiste, qui continuait d’essuyer d’un geste mécanique et automatique. Astiran s’installa sur la chaise à côté de moi, et fixa du regard la bougie au milieu de la table. Autour de moi, j’entendais les rires, les gloussements et les rots de ses ivrognes, et je fus envahie d’un sentiment de dégoût. Soudain, un homme, gros avec son nez rouge comme fraise, qui laisser trace de son ébriété, vint vers moi, cependant je ne détourna pas la tête vers lui, il ne fallait pas que je me fasse reconnaître.

- C’est pas souvent que l’on voit une femme ici ! gloussa-t-il.

Je ne lui répondit pas, Astiran non plus. Alors, il prit une chaise et s’assit à côté de moi.

- En plus, t’es une rebelle, j’aime les femmes rebelles, je crois qu’on va bien s’entendre.
- Laissez la tranquille…

Je levai légèrement la tête. C’était Astiran qui venait de parler, mais je n’arrivai pas à voir son visage, caché dans l’ombre de sa capuche. Il avait dit ces paroles sur un ton sec, que le bonhomme n’avait pas eu l’air de beaucoup apprécier.

- Depuis quand c’est toi qui décide pour elle, hein ?! continua l’homme.

Je ne devais pas réagir, ne rien dire, néanmoins, je tremblai. Je présentai que cela allait mal se finir. Puis, sans m’y attendre, l’homme posa sa main sur ma cuisse.

- Alors ? Tu fais quoi ce soir ma belle ?
- Laissez la tranquille !! cria Astiran qui se leva soudainement en renversant sa chaise.

Mais son cri s’était fait à peine entendre, car, en même temps, la terre se mit à trembler, accompagné d’un gros bruit sourd. Alors, les gens affolés sortirent dehors pour voir ce qu’il s’était passé. Puis, arrivant dehors, ils paniquèrent.

- C’est pas normal…me murmura Astiran.

Il me prit la main et m’emmena derrière lui, pour voir ce qu’il venait de se produire. Aussitôt, arrivée dehors, je me mis la main devant ma bouche, effarée. L’immense chêne était tombé sur la maison d’en face, dont il ne restait à présent que des ruines. Il restait là, sans vie.

- Comment a-t-il put tombé ? demandai-je à Astiran. Il n’y avait pas de vent, et s’il y en avait eu un, il aurait dû être d’une force prodigieuse !
- Regarde ces racines, me répondit-il.

Alors, je regardai le bas de l’arbre, en l’air. Les racines avaient triplées de volume. Elles étaient tellement concentrées, qu’elles ont explosées la terre autour d’elle, et l’arbre, n’étant plus en équilibre, était tombé.

- Mais, comment cela s’est-il produit !? continuai-je affolée. Seule une intervention divine de Pitrir serait parvenu à faire ça !
- Et je crois que c’est cela…me répondit-il Astiran.

Soudain, quelqu’un me saisit par le bras : c’était Naid. Lui aussi avait assisté au désastre.

- Venez, nous dit-il, nous re-rentrons durant la panique.

Et, après un dernier regard désolé vers l’arbre, je suivit Astiran et Naid. L’auberge était toute vide, même l’aubergiste était aller voir ce qu’il s’était passé sur la place. Alors, nous montâmes l’escalier en bois.

- J’ai réussi à prendre deux chambres, nous dit Naid, le reste est complet.
- Il est hors de question pour moi de dormir seule ! dis-je. Après avoir vu des hommes comme celui que je viens de rencontré, j’ai des raisons d’avoir peur !

Astiran glissa ma main dans la sienne, beaucoup plus grande et toute chaude.

- Je serai là, ne t’inquiètes pas, me dit-il.

Naid hocha la tête avec un léger sourire sur ses lèvres. Puis il donna une clef à Astiran.

- Tiens. C’est la troisième chambre à gauche. Bonne nuit.

Je déposai une longue bise sur la joue de mon frère, lui souhaitant à lui aussi une bonne nuit. Astiran et lui s’échangèrent une poignée de main, et après, nous le quittâmes. Notre chambre était assez simple. Ici était simplement installé un lit, quelques petits meubles, et derrière un rideau opaque, une bassine en cuivre. Après avoir fermé la porte, Astiran enleva sa capuche et soupira, je fis de même. Il sourit en regardant mon visage.

- Qu’est ce que tu es belle…me dit-il.

Alors, je rougis, et mes joues prirent presque la teinte de mes cheveux.

- C’est vrai ? lui demandai-je timidement.
- T’ai-je déjà menti, rien qu’une seule fois ?

Délicatement, il me prit par la taille, derrière moi. Puis, du revers de sa main, il caressa avec douceur mon cou.

- De toute façon, tu seras, pour moi, toujours la plus belle, me glissa-t-il dans l’oreille.

Je sentis au fond de ma poitrine un drôle de sentiment, comme si mon cœur triplait de volume, et voulait exploser, projetant tous azimuts un amour passionné. Chacune de ses caresses me faisait frissonner au plus profond de moi.

- Je t’aime… lui murmurai-je.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 12:58

Mais, mes mots n’exprimaient que la moitié des sentiments que je voulais lui transmettre. Ils n’en existent pas assez pour décrire l’amour et ses émotions, mais on les connaît au fond de soi. Je tournai ma tête vers lui. Son regard aux yeux marrons me firent frissonner, je faillis pleurer de plaisir. Je les quitta un instant, le moment d’un long baiser, que je ne tenais plus à arrêter. Mon cœur me montait à la gorge, il remplaçait mes lèvres. Mon corps s’engourdit d’une grande chaleur réconfortante et irremplaçable. Puis, doucement, les yeux dans les yeux, nous détachâmes nos lèvres.

- C’est sûr, Astiran…Je t’aime…Mais cependant, une seule chose peut-être.
- Qu’est ce donc…
- J’ai besoin de temps.

Il me regarda avec une lueur de sentiment qui brillait dans ses pupilles, et un doux sourire s’afficha sur son visage.

- Je sais, et je comprends, me répondit-il. Je ne suis pas totalement prêt non plus. Mais, tu verras, un jour ça viendra tout seul.
- Oui, j’en suis certaine, car mon cœur me dicte tous mes mots.

Alors, nos lèvres s’unirent de nouveau, et je plongeai dans l’océan de mes rêves les plus clairs.




╬╬╬╬╬╬╬╬╬╬




- Je le sais, ils sont là…

Un sourire cruel se dessina sur les lèvres vermeilles de la jeune fille. Durant deux nuits et une journée, elle avait chevauché à travers la plaine. Elle avait réussi à nous suivre, grâce à son instinct qui la rendait unique, mais cela, elle le devait à son triste passé. Pendant ce long trajet, elle s’était très peu arrêtée, juste pour abreuver sa monture, cheval des plus résistants. Les nuits froides, elle n’avait pas dormi, elle n’avait pas sommeil, et n’avait qu’un but en tête : nous rattraper le plus vite possible. Et, au lieu de prendre trois journées entières, elle fut déjà arrivée à la ville de Neruda. Elle sentait notre présence en ces lieux, et en était même certaine, elle ne pouvait se tromper. Le vent léger et froid faisait voler ses cheveux de miel et la crinière de crème de son cheval, qui expulsait de la buée qui se dissolvait immédiatement dans l’air glacial d’un hiver presque terminé, en transition avec le printemps. Et, malgré ses légers habits qu’elle portait, la jeune fille n’avait pas froid, même au contraire, elle l’aimait et savait l’apprécier à sa juste valeur, tel un animal nocturne. Elle se sentait dans son élément. Le cheval hennit en secouant sa tête. Alors, elle tapota son grand cou amicalement.

- Allez, courage mon vieux, on est arrivé.

Puis, les rennes bien en main, elle le fit redémarrer en direction de la ville. Elle se sentait libre, même si elle aurait préféré courir elle-même. Puis, elle arriva à l’entrée de la ville, ou se tenait les gardes.

- Halte ! Les portes sont fermées !
- Je suis Yasalyn, une envoyée de Sarïn, les interrompit-elle, et vous avez le devoir de m’ouvrir ses portes !

Alors, se regardant entre eux, les deux gardes se mirent à rire. Puis, l’un d’eux s’arrêta subitement, lorsqu’il se rendit compte qu’il avait un couteau sous la gorge, que tenait la jeune femme.

- C’est un ordre, et peu m’importe, si nous n’ouvrez pas, vous aurez de toutes les façons des problèmes, qu’ils viennent de moi, ou de mon maître…

Alors, effrayés, les gardes lui obéirent et lui ouvrirent les portes de la ville, la laissant passer à toute allure sur son cheval.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 14:00

Chapitre 10




C’est lentement, dans la lumière de l’aube matinale, que je m’éveillai paisiblement. Les doux rayons du Soleil chatouillait gentiment mon nez, jusqu’à me faire éternuer. J’avais bien dormi, pour une fois, après trois dures et courtes nuits, dans un vrai lit, couverte de chaudes couvertures, et blottie confortablement dans les bras d’Astiran. Sans ouvrir mes yeux, je tapotai l’autre côté du lit avec ma main, celui-ci n’était plus là, il avait dû descendre et me laisser dormir sereinement, évitant de me tirer du doux sommeil qui me berçait. Tranquillement, je m’étirai dans mes draps, tout en baillant, tel un chat réveillé de sa sieste. Puis, je me levai, m’avançant vers la fenêtre.

Dehors, les personnes s’affairaient sur la place à dégager l’arbre, l’immense chêne tombé la veille. Ce mystère se laissait tout de même perplexe. Peut-être le dieu de la terre, Pitrir, avait été contrarié, mais pourquoi cet évènement si prêt de moi ? Ou alors, était-ce un signe… A présent, cela me paraissait évident. C’était le seul des quatre dieux qui pouvaient me transmettre un signe reconnaissable. Un vent fort, par exemple, n’aurait pas put être vu comme un miracle. Mais, dans ce cas, qu’est ce que les dieux tenaient-ils à m’annoncer ? Un danger proche… Il n’y avait que ça qui, à mes yeux, pouvait être possible. Il fallait dès à présent me méfier, avec doublement plus d’attention qu’auparavant. Je ne me cachai pas à moi-même ma peur et mon anxiété, mais je ne devais pas la montrer ni à Astiran, ni à Naid, qui se feraient alors plus de soucis envers moi, comme si ils ne s’en faisaient pas assez.

Toujours un peu fatiguée, je me frottai les yeux. Puis, à pas agiles et légers, je me dirigeai vers la bassine de cuivre, remplie d’eau chaude qui dégageait de la vapeur, qu’Astiran avait dû me préparer avant de descendre au rez-de-chaussée de l’auberge. Heureuse, un sourire sur mes lèvres, je soupirai et fermai le rideau opaque, afin de me cacher des regards indiscrets. Un à un, je me dévêtis de mes habits que je posai à côté de la bassine, gardant tout de même à portée de main mon fidèle poignard au cas où. Puis, je trempai prudemment mon index dans l’eau pour vérifier sa température, qui me parût bonne. Alors, j’y rentrai délicatement, plongeant, avec un agréable plaisir, tout le reste de mon corps, qui se raviva tout en se délassant. Le bonheur était encore plus grand dans mon bain que dans mon lit, et je profitai de chaque seconde, qui ne me serrait plus permise avant longtemps. Je me sentis presque m’endormir, mais tenait à rester éveillée. Grande et longue fut cette belle détente, lorsque j’entendis quelqu’un ouvrir la porte et la refermer derrière elle. Alors, saisie de mon rêve, dans un réflexe qui m’était à présent naturel, j’attrapa mon poignard sans faire de bruit. Puis, le rideau s’ouvrit petit à petit. Mes doigts s’agrippèrent au manche de ma dague avec plus de force et de peur. Mais, ils se desserrèrent peu à peu, relâchant prise, lorsque je reconnus la silhouette apparue dans la buée : Astiran. Alors, il s’approcha de moi paisiblement, une lueur de douceur et de tendresse illuminant ses yeux bruns. Lentement, il se pencha vers moi, ses cheveux châtains aux reflets de blés et son souffle me caressant mon visage, son parfum submergeant mon cœur de bonheur, tandis que ses lèvres épousaient les miennes avec amour.


.o*o°O¤O°o*o.




- Mais pourquoi ?!

Naid me regardai avec interrogation. Malgré notre départ qu’il voulait assez rapide, il avait tenu à voir un peu si le marché de Neruda était aussi plaisant que l’on le racontait par des bruits qui couraient à travers tout le Royaume d’Edenor. Mais moi, n’avait pas totalement approuvé son idée, qui nous mettait davantage à l’exposition du danger qui me paraissait imminent.

- Je te l’ai déjà dit par cent fois ! lui répondis-je pas trop fort afin de ne pas se faire remarquer.
- Mais regarde donc, Diphtil ! me dit-il. Regarde un peu tous ces étalages. Des armes, des fabrications artisanales…
- …et surtout, de la bonne nourriture ! finit Astiran.

J’éclata dans un rire silencieux.

- Mais tu ne penses qu’à manger, dis moi ! lui dis-je.

Un sourire amusé se dessina sur ses fines lèvres.

- Je vais t’avouer que, depuis notre départ, je me rend compte que la nourriture reste très importante ! me chuchota-t-il à l’oreille.

Alors, je profita de l’approchement de son visage pour lui déposer un baiser sur la joue.

- Je t’aime trop…

Naid lança vers nous un regard amusé. Je le sentais heureux pour nous, quoique ses yeux trahissait sa légère jalousie qui faisait balancer son cœur, et cela faisait mal au mien. Je ne voulais pas montrer une préférence pour l’un, mais l’amour que je portai pour l’un était différent pour l’autre, néanmoins dotés de la même force. Choisir entre les deux m’était totalement impossible et également impensable.

Alors, j’essayai de détacher mon attention de cette mauvaise pensée sur les éventaires. C’était vrai, je ne pouvais dire le contraire, qu’ils m’intéressaient, tous ces produits. Mais je ne devais pas trop lever ma tête, au risque de faire découvrir mes yeux aux pupilles violettes. Alors, je m’enivrai de ces odeurs paradisiaques du bon miel, de ces fruits et je goûtai de mon regard discret à toutes ces merveilles.

- Alors comme ça, on essaie de voler les marchandises ! dit une voix rauque.

Cela attira notre attention. Un garde tenait brutalement une jeune fille par le poignet, dans sa main une belle pomme.

- Et tu sais quoi ? Le vol est puni !

Le garde secoua la jeune femme, qui gémissait, le regardant avec des yeux noirs et bleus dans un même temps, dans un air de défi.

- Allez vite aux chevaux et détachez les, nous dit Naid, je vous y rejoint immédiatement.
- Mais que vas-tu faire ? lui demandais-je apeurée.
- Fais ce que je te dis, bon sang !

Alors, Astiran me prit par la main, et m’entraîna derrière lui, un peu contre mon gré. J’avais peur de ce qu’allait faire mon frère.
Naid s’approcha du garde et de la jeune femme, qui le regardèrent, interrogés.

- Excusez moi monsieur le garde, pourquoi faîtes vous ceci ? lui demanda-t-il.
- Cette petite garce a essayé de voler un fruit, dit-il désignant la pomme.

La fille ne chercha rien à répondre, le regard rempli de colère.

- Et puis, monsieur, vous n’avez pas à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ! dit le garde sur un ton plus sévère. Circulez.

Mais Naid restait là, sans bouger d’un poil.

- Juste une chose…dit celui-ci. D’abord lâchez là, puis, je vous dirai. Ne vous inquiétez pas, elle ne risque pas de s’enfuir.

Incrédule, il regarda tour à tour Naid et la jeune femme. Puis, toujours méfiant, il relâcha la pression sur le poignet de la fille.

- Bien…murmura Naid. Vous savez monsieur le garde, reprit-il plus haut, je crois qu’il y a des choses plus importantes que cela à Neruda.
- Les lois sont les lois, le vol est sévèrement puni.

Naid hocha la tête, faisant légèrement bouger sa capuche.

- Dans ce cas, vos lois sont grandement injustes.
- Pourquoi dîtes-vous cela ?

Mon frère tourna la tête.

- Et ce voleur là bas ? Il ne sera pas puni ?

Alors, naïf, le garde détourna sa tête, et Naid en profita pour saisir la fille par le poignet et à se faufiler dans la foule, où il l’entraîna.

- Qui êtes vous pour me prendre ainsi ? demanda la jeune femme sur un ton agressif.
- Quelqu’un qui connaît ça…

La fille cligna des yeux, questionnée. Puis, ils coururent jusqu’aux chevaux, où nous les attendions.

- Dépêchez vous de monter sur vos chevaux, nous dit Naid, la garde ne va pas tarder à rappliquer.
- Mais, il faut que j’aille chercher le mien ! dit la jeune femme.
- Pas le temps, dit Naid, montez derrière moi.

Alors, la jeune fille s’exécuta, et d’un geste aussi agile que ceux de Naid, elle grimpa sur la croupe du cheval. Alors, nous sortîmes de la ville le plus vite possible avant que toute la cité ne soit au courant de notre fuite. Nous chevauchâmes durant une vingtaine de minutes, afin de nous assurer que personne ne nous suivait. Puis, arrivée à la lisière de la forêt de Lharm, nous nous arrêtâmes et attachâmes les chevaux aux arbres.

- A présent, Naid, peux tu nous dire ce que tu as fait ! dis-je avec un peu d’énervement.
- J’ai sauvé cette pauvre fille, me répondit-il. J’ai, un jour, subit la même chose, sauf que personne n’est venu me sauvé au bout d’une semaine, mais j’en ai gardé des séquelles, qu'elles soient physiques ou mentales, qui me marqueront tout au long de ma vie. J’avais douze ans, plus jamais ça. Et, maintenant, je suis bien heureux de pouvoir aider les gens dans mon cas.

Il se tourna vers la jeune femme, elle devait être âgée de seize ou dix-sept ans, environ, dotée de belles formes féminines, mises en valeur à cause du peu de vêtements qui la couvraient. Les traits de son blême mais beau visage laissaient trace de son espièglerie. Ses cheveux blonds couleur de paille lui descendait aux oreilles, dans ses yeux bleus brillait une intelligence malveillante, je le sentais. Je frémissai davantage, lorsque mon regard se posa sur les deux poignards dangereusement aiguisés attachés à sa ceinture.

- Je suis plus rusée que vous ne le pensiez…j’aurais très bien put me débrouiller seule, nous dit-elle.
- Une question avant toute chose, lui dit Naid, peut-on te faire confiance et sais-tu garder des secrets ?

La jeune femme, un sourire caché au coin de ses lèvres, donna un réponse affirmative, qui me laissait hésitante. Alors, Naid retira sa capuche de sa tête, et j’étouffai mon cri, trouvant insensé ce qu’il faisait. La jeune femme le regarda, surprise, mais nullement inquiète.

- Vous êtes un Neltiad…murmura-t-elle.

« C’est vous que je cherchai…Je ne pensai pas avoir autant de chance… »

Naid hocha la tête.

- Oui, mais faîtes que personne d’autre que vous le sache.

Puis, il me fit un signe et à Astiran. Alors, celui-ci se découvrit également, moi avec beaucoup plus de méfiance.
- Je me présente, Naid, et voici ma sœur, Diphtil, et son ami, Astiran.
- Yasalyn, je me nomme Yasalyn.
- Enchantés…

Mais, moi je tremblai. Je ne sentais pas de bonnes choses chez cette fille et ne m’inspirait pas confiance.

« Parfait…Il ne me reste plus qu’à prévenir Sarïn… »

- Et que faîtes vous ici ? nous demanda-t-elle d’une voix mièvre.
- On peux vous demander la même chose, répliquai-je.

Elle me regarda de côté, m’adressant une expression entre la suspicion et l’insolence.

- Je vis toute seule à Neruda depuis longtemps, nous dit-elle. Durant toutes ces années, j’ai vécue de ce que j’ai volé, et aujourd’hui est la première fois que je me fait prendre. Je n’y vois aucun mal. A votre tour de me répondre.

Je décidai de répondre moi, afin d’éviter que Naid ne dise de bêtises.

- Nous nous rendons à Naralir, ville portuaire sur l’océan.
- C’est loin tout ça…
- Nous n’avons pas le choix.

Elle hocha la tête.

- Et pourquoi vous rendez vous là bas ? me demanda-t-elle.
- Cela ne vous regarde pas…

Des éclairs surgissaient de ses yeux, ils m’étaient destinés. A côté, Naid et Astiran observait ce combat mental, avec agir et sans rien ajouter.

- Bon…reprenons notre route, dit Naid sans prendre parti.
- Je viens avec vous, dit Yasalyn.
- Je ne vois aucune raison que vous vous joignez à nous, lui répondis-je.

Un sourire sournois s’afficha sur sa belle face blanche.

- Vous êtes bien aveugle, alors, me dit-elle. Peut-être voulez vous me livrez aux gardes de Neruda et que j’aille crever en prison.
- Peut-être empoisonnerez vous moins le monde !

Cette phrase m’était sorti toute seule de ma bouche. Depuis le moment où je l’avais vu, cette fille m’était apparue mauvaise, et mon avis ne changeait pas. Mais, je n’avais pas à dire ça, pas maintenant…

- Diphtil ! me dit Naid avec un regard surpris.

Astiran me prit la main et posa la sienne sur mon épaule.

- Calme toi, me chuchota-t-il.

Naid nous regarda moi et Yasalyn tour à tour.

- Yasalyn viendra avec nous, déclara-t-il. On verra pour le reste après. Mais, Diphtil, ne juge pas trop tôt.

Alors, il monta sur son cheval, prenant la jeune femme derrière lui. Nous fîmes la même chose. Dans la forêt, je ne pouvais détacher mes yeux de Yasalyn, quelques mètres devant moi, assise à la suite de Naid.

- Ton frère n’a pas tort…me dit Astiran. Peut-être tires-tu un jugement trop précoce sur cette fille…
- Mais tu ne comprends pas ! Cette fille ne donne une drôle de sensation , je ne la sens pas !

Je lui fis part de ma vision des choses, du signe des dieux, du danger qui s’approchait. A la fin de mon récit, Astiran soupira.

- Que veux-tu que je te dise, moi…me dit-il. Je ne suis ni pour, ni contre. Tu ne peux pas avoir entièrement tort, mais peut-être que tu te fais trop de soucis.
- J’ai une bonne raison !

Une larme commença à perler sur le côté de mon œil.

- Tu es plus en danger que moi, Astiran…J’ai plus peur pour toi que pour moi. Tu ne te rends pas compte que, le fait que tu sois venu avec moi te mette plus en péril et…
- Il aurait été encore plus grand si j’étais resté là-bas, m’interrompit-il.

Il fit approcher son cheval du mien et, d’une main, me caressa la joue.

- De toute façon, je préfère mourir que de te voir mourir…, me dit-il. Et puis, si cela se trouve, c’est même certain pour moi, aucun de nous ne mourra.
- Je l’espère…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 14:47

Chapitre 11




La forêt de Lharm n’était pas semblable aux autres. Les grands arbres, malgré l’hiver froid qu’ils venaient de subir durant trois mois, avaient gardés quelques feuilles vertes, accompagnées de tout jeunes bourgeons, poussant des branches légèrement mouillées par la rosée du matin. Le vent, frais et élancé, louvoyait entre les troncs des arbres dans une course folle, tel l’esprit de Tiama, plein de agilité et de vivacité. Cette forêt me paraissait être pourvu d’une vie, d’une âme, d’yeux qui observaient notre passage avec suspicion. Oui…je me sentais guettée, mais je ne savais pas si c’était le cas des autres. Et cela avait déjà duré depuis quatre jours, quatre journées que nous chevauchions à travers bois.

Durant ce temps, je me méfiais toujours de Yasalyn, même si ma haine s’en allait petit à petit. Je découvrais en elle, derrière cette image innocente qu’elle donnait, une perversité et une fourberie cachées en elle, comme si elle se servait des autres un peu comme de vulgaires marionnettes. Ces airs de sainte-Nitouche me donnait la nausée, cela me dégoûtait. Néanmoins, je voyais qu’elle plaisait à Naid, et cela faisait plaisir à voir, mon frère paraissait heureux. Mais Yasalyn, ce n’était pas qu’elle ne l’appréciait pas, c’était le fait qu’elle souriait narquoisement en caressant le manche d’un de ses poignards quand elle lui adressait la parole qui me faisait peur. Malheureusement, je savais que Naid était une des personnes les plus têtues qui peuplait ce monde, et le faire changer d’avis était inimaginable.

C’est un bel après-midi ensoleillé, que nous nous arrêtâmes en plein milieu de la forêt. Nous fîmes reposer les chevaux, pendant que nous discutions assis par terre, et adossé contre les arbres.

- Nous avons bien avancés en sept jours, nous dit Naid. Nous avons parcouru la moitié du chemin. Donc, normalement, si nous ne rencontrons aucun gros problème, nous pourrons atteindre Naralir d’ici six jours environ.
- Et nous passerons par des villes ? demanda Astiran.
- Bien sûr, répondit Naid. Nous allons en rencontrer deux. Si je lis bien la carte, la ville de Fareva est à deux jours et celle d’Ephyr à quatre. Néanmoins, nous devrons faire plus attention en forêt. C’est le repaire de nombreux brigands qui volent tous les voyageurs passant par ici.

Yasalyn posa sa main sur son poignard.

- Qu’ils viennent, dit-elle, ils goûteront à mes lames. Je n’ai pas peur.

Naid sourit.

- Je n’en dit pas moins. Mais les gens racontent également que cette forêt est peuplée d’esprits, qu’ils soient bons ou mauvais.

Yasalyn leva les yeux au ciel en soupirant.

- Il en faut un monde pour raconter de telles conneries ! dit-elle avec dédain. Les esprits sont des lâches, invisibles, ils vous attaquent par derrière. Franchement, il n’y a rien de plus débiles que ces légendes !
- Qu’en savez vous ? rétorquai-je.

Alors, énervée, je me levai.

- Excusez moi, mais je m’en vais me promener seule, dis je en détournant mes yeux de mes compagnons.

Je fis quelques pas, mais ma main fut rapidement attrapée. Alors, je tournai ma tête, Astiran me regardait avec un attendrissement qui fit fondre mon cœur.

- Reste donc là, Diphtil, me dit-il. Pourquoi veux-tu partir ?
- J’ai besoin d’être seule un instant…

Alors, je repris mon chemin, ma main glissa de celle d’Astiran.

- Diphtil ! m’interpella-t-il.

Mais Naid le retint par le bras.

- Laisse là un peu, un moment, lui dit-il. Elle a besoin de reprendre ses esprits. Cela lui arrivait souvent, lorsque, petite, elle était désemparée ou se sentait mal au fond d’elle-même.

Astiran soupira.

- Oui…je connais ça. Plusieurs fois, elle s’est enfermée dans sa chambre durant des heures, même parfois des jours entiers, sans rien manger, sans dormir non plus.

Un sourire s’afficha sur son visage.

- Et moi, j’attendais patiemment, assis devant sa porte, ne bougeant pas non plus, jusqu’à ce qu’elle sorte enfin.

Naid posa sa main sur l’épaule d’Astiran.

- Je te suis entièrement reconnaissant, Astiran, d’avoir autant pris soin de ma sœur lors de ces nombreuses années où je n’ai pas lui livrer mon aide et mon amour de petit frère.
- Tu aurais fais pareil si tu avais été dans mon cas.

Il tourna sa tête vers le visage de mon frère, le regard rempli de compassion.

- Je vais tout t’avouer Naid, lui dit-il. Voilà…j’aime ta sœur plus que tout au monde, et toute ma vie, je la suivrai où elle ira, même jusqu’à la mort si il le faut. C’est elle qui a illuminé mon enfance et mon adolescence, où elle seule a su me convaincre que la vie avait un sens. Elle m’a fait découvrir ce qu’était la vraie Femme, dotée de la véritable féminité dont tous les hommes rêvent, mais qui s’en prennent à de pauvres clones ratés. Déjà par sa mentalité de femme mûre et sage, qui sait prendre les bonnes décisions avec jugement et réflexion. Et puis, qu’est ce qu’elle est belle…

Il soupira longuement avant de reprendre.

- Sa silhouette est fine et gracieuse, tel un roseau au vent. Ses cheveux, je ne les compare pas à du sang, mais à de magnifiques roses vermeilles. Quant à son visage, il est doté d’un radieux sourire qui illumine son entourage. Son rire éclaire les endroits les plus sombres. Je me souviens de ce jour, le premier où je l’ai vu. Déjà, à cette époque, je la trouvait merveilleusement belle. Mais depuis, mon avis n’a pas changé. Si tous les dieux sont aussi beaux, quel remarquable panthéon ils doivent former…Sans Diphtil, ce monde serait bien triste et monotone, et je me demanderai ce que je ferai ici, dans ce monde.
- Je le sais…répondit Naid. Qu’aurais-je donc fait sans Diphtil, ma soeur J’aimerais te poser une seule question, si je ne peux être indiscret, Astiran, mais…est ce que elle t’aime ?

Astiran hocha la tête.

- Oui, ses sentiments sont réciproques aux miens…mais ne vas pas te vexer pour cela, elle t’adore aussi.

Un sourire radieux se dessina sur les lèvres de mon frère.

- J’aurais été davantage déçu si ta réponse avait été négative, lui dit-il. Je suis si heureux que ma sœur connaisse enfin l’amour, surtout avec un homme, tel que toi Astiran. Peut-être ne t’en rends-tu pas compte, mais cela me réjouit de mon bonheur, non pas de jalousie. L’amour fraternel ne peux se comparer à l’amour, le véritable.
- C’est vrai, dit Astiran, car les deux ont la même force, mais sont différents.

Puis, ils s’enlacèrent amicalement, pendant que, assise, Yasalyn sourit dans un rictus sournois, elle avait tout observé, se faisant discrète, l’oreille fine et l’œil de loup.



.:*o°O¤O°o*:.




Sans faire de bruit, à pas légers, j’avançais dans la forêt qui se faisait de plus en plus feuillue. J’aimai ce lieu, les bois. Un endroit silencieux, mystérieux, quelque fois sombre, où les sentiments se rencontrent : la peur, le respect, l’énigme et bien d’autres. Je m’y sentais à mon aise, mon chez moi, même si j’étais très peu allée en forêt lors de mon enfance. Puis, après une centaine de mètres, je ne trouvais face à une barrière de buissons. Tenant à continuer, je me faufilais entre les branches que je poussai. Le fruit de mes efforts furent récompensés.

Aucun lieu ne me parut plus fantastique en cet instant précis. J’étais arrivée dans une petite clairière, peuplée de roses qui tenaient bien leur nom avec leurs couleurs du ciel lors du crépuscule, d’un rose rêveur et innocent. Leurs épines ne paraissaient même pas dangereuses, au contraire, elles étaient arrondies et mettaient en confiance. Elles dégageaient un merveilleux parfum de paradis, et, accompagnées de la beauté de ce lieu, je me serais cru sur un des petits et cotonneux cumulus parsemés dans ce ciel muni de bleu frais, un petit jardin d’éden que je gouvernais grâce à mes pensées les plus intimes et les plus secrètes.

Pas mes narines rentraient un air frais et pur, dans lequel la délicate odeur des roses étaient diffusée, ni trop forte, ni pas assez, juste ce qu’il fallait pour faire me faire songer au bonheur. Je sentais la nature et ses esprits contrôler tout mon corps et tous ces gestes. De magnifiques rayons de lumière perçaient le feuillage des végétaux et s’abattaient sur moi avec douceur et volupté.
Le vent caressait mon cou avec légèreté, me faisant frémir de plaisir. Alors, je fermais mes yeux, me laissant totalement guidé par la nature qui m’entourait. Puis, petit à petit, je sentais comme des choses se poser sur mes épaules sur ma tête, comme de la neige, mais ce n’était pas froid, bien au contraire, cela me procurait de la chaleur et un bien-être fou. Mon cœur volait dans ma poitrine, il était si léger. Dans mes oreilles bourdonnait un chant saisissant et surnaturel qui me faisait fondre, des frissons me parcouraient les joues. Je voulus chanter avec elle, mais de bouche, il ne sortait aucun son, malgré cela, mes lèvres bougeaient, seules. Je me sentais pousser des ailes sur mon dos, entre mes deux omoplates, j’aurai voulu m’envoler au plus haut du ciel. Puis, des sons de flûtes accompagnèrent les chants, faisant danser mon esprit. J’aurai voulu rester ainsi durant une infinité de temps. Mais, tout à coup, tout s’évanoui : les chants, les sons, le bonheur et le plaisir. J’ouvrit les yeux, mais je n’eut pas le temps de faire quoique se soit d’autre, je me reçut un coup sur la nuque. Alors, je tomba au sol, ma tête tournait, mes yeux se fermaient, je perdis connaissance.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 15:06

Chapitre 12




C’est avec un énorme mal de tête et mon corps tout engourdi que je repris mes esprits. Sans me lever, ni ouvrir mes paupières, je posai une de mes mains sur mon front, qui était tout brûlant. J’essayai alors de me rappeler les récents événements. Je me souvins de cette paradisiaque clairière qui m’avait hypnotisée, j’avais été complètement hors de moi. Puis, toute sensation s’était brusquement dissipée, et me revint à l’esprit le violent coup que je m’étais pris sur la nuque. D’ailleurs, mon cou me faisait toujours très mal. Alors, j’essayais de le détendre en le massant avec mes doigts. Puis, petit à petit, j’ouvris les yeux et me mit assise.

« Où suis-je ? »

Je ne reconnaissais pas cet endroit… J’étais dans une sorte de tente, sale et humide. On m’avait allongée entre de vieux tissus et couvertures. Par la petite ouverture, je m’aperçus que la nuit tombait, et j’entendais des voix et des rires masculins. Tout mon corps fut tout à coup parcourut de frissons.

« On m’a kidnappée… »

Par les dieux…par qui ? pourquoi ? Je n’avais pas envie d’en savoir plus sur le moment, il fallait que je trouve un moyen de m’échapper. Je fouillai les tissus, cherchant rapidement une arme, ou même, dans la situation critique, n’importe quoi. Puis, je relevai la tête, et ne bougeai plus. Des bruits de pas…ils s’approchaient. Par réflexe, je tomba allongée par les couvertures, en faisant semblant d’être toujours évanouie. Mon cœur se mit à battre de plus en plus fort, lorsque j’entendis des gens se glisser par l’ouverture de la tente.

- On a fait une bonne pêche ! dit une voix.
- Oui, en plus avec l’autre, deux jolies jeunes filles ! approuva une deuxième voix. Une belle rousse et une petite blonde mignonnette.

« Ils ont également kidnappés Yasalyn ! »

Je ne voyais pas d’autres possibilités, le plein milieu de la forêt était peu fréquenté, surtout par des jeunes filles blondes.

- Et qu’est ce qu’on va en faire ?
- A ton avis…on va se les faire, bien sûr !

Ils se mirent à rire grassement, et moi, je tremblai, essayant de rester un minimum immobile.

« Astiran…Naid… »

J’espérais de tout cœur qu’il ne leur été rien arrivé, à eux. Par les dieux…qu’est ce que j’ai eu peur durant ces minutes qui me parurent aussi longues que des journées entières. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur ma peau, j’avais chaud, très chaud… Mais heureusement, j’entendis les deux hommes sortir de la tente. Alors, je soupirai, soulagée, mais toujours pas mise hors de danger.

« Ne vous en prie…Astiran…Naid…venez me chercher… »

Voici ce que criait muettement mon cœur. Ma gorge se noua et des larmes me montèrent aux yeux. Que se passerait-il si ils ne venaient pas… ? Je n’osais même pas me l’imaginer. Des bandits…ils m’avaient pris par hasard, m’avaient assommée et amenée dans leur campement. Yasalyn avait subi le même sort. Mais…elle était avec les deux hommes, comment avaient-ils pût la kidnapper. Il y avait deux choix : soit Astiran et Naid l’avaient laissé de côté un moment, soit, les brigands avaient dû recourir à la force. En espérant que c’était la première hypothèse. Puis, je soulevai légèrement un coin de la tente, afin de voir l’extérieur. Il y avait là une vingtaine d’hommes, tous armés. Certains étaient assis autour d’un feu à compter de l’or, les autres marchaient en surveillant les alentours. Puis, soudain, la tente se rouvrit. Je n’eus pas le temps de faire semblant, alors, brusquement, je me retournai. Deux hommes encapuchonnés venaient de rentrer. Je restai là, immobile, mais toute tremblante, mes lèvres entrouvertes par lesquelles je soufflais en saccades. J’étais totalement morte de peur, les larmes coulant sur mes joues, quand l’un des deux hommes referma la tente. Mais, l’autre enleva sa capuche.

- Astiran !

Il s’approcha de moi et me prit dans ses bras dans lesquels il me serra fort. Sous le coup de l’émotion, je mis à sangloter.

- Chut, me chuchota-t-il à l’oreille. Ce n’est rien, on va te ramener.

Il me leva du sol doucement. Mes jambes flageolantes arrivaient à peine à me porter. L’autre, je me doutais, était Naid, qui ne disait aucun mot.

- Comment êtes vous arrivés jusqu’ici ? leur demandai-je à voix basse afin que personne ne nous entende du dehors.
- Je t’expliquerai ça plus tard, me dit Astiran, comme tout plein de choses que j’ai à te dire.
- Quelles choses ?
- Tout à l’heure…

Comme il commençait à partir, je le retins par le bras.

- Mais comment je vais pouvoir sortir ? Avec mes cheveux rouges, on risque de rapidement me repérer.
- On t’a apporté ta cape, dit Naid.

Alors, il me la tendit et je m’y revêtis.

- Ils détiennent aussi Yasalyn, ajoutai-je.
- Je le savais…murmura Naid.

Alors, il nous regarda gravement.

- Allez à la lisière de la forêt et cachez vous, nous dit-il, je reviendrai.
- Naid, tu me fais peur, lui dis-je. Tu vas encore risquer ta vie pour elle ! Arrête tes folies !

Il retint sa respiration.

- Je dois y aller, me dit-il. Si je suis venue de chercher, je peux y aller pour Yasalyn.
- Mais…Naid…les bandits n’ont aucun pitié…je t’en prie…

Alors, il secoua la tête négativement.

- J’irai quand même.

Sur ces mots, il se retourna et sortit de la tente. Je regardai alors Astiran, mes yeux inquiets.

- Vite, allons nous en, me dit-il.

Je cachai ma tête avec la capuche et nous sortîmes de la tente. Je faisais tête basse. Personne ne devait me voir. Nous marchions d’un pas rapide, mais pas trop, pour ne pas nous faire remarquer. Sans problèmes, nous arrivions à la lisière de la clairière. Les trois chevaux étaient là, tranquilles, ils ne bougeaient pas. Alors, Astiran et moi nous accroupîmes et observâmes le camp. Nous ne voyions Naid, sûrement rentré dans les tentes.

- De quoi voulais-tu me parler tout à l’heure ? demandai-je à Astiran.
- Du comment je suis arrivé ici…me répondit-il.
- Vas-y, dis moi…
- J’ai besoin de te montrer avant de te dire. Il y a même des choses que je ne savais pas il y a quelques heures…

Je souris, je savais de toute façon qu’il allait à un moment ou à un autre tout me raconter. Nous attendions toujours, lorsque enfin, nous vîmes une silhouette sombre, qui portait quelqu’un dans ses bras. J’en conclus donc que Yasalyn était toujours évanouie. Alors, Naid ne devait dans ce cas être vu par personne. Je trouvais ce risque insensé et irresponsable, surtout venant de mon frère. Il avait très peu de chance de réussir.

- Détache les chevaux, Astiran…Comme cela, nous pourrons nous enfuir au plus vite.

Alors, il m'acquiesça et détacha la corde des chevaux qui les maintenait près des arbres, et la garda bien fermement en main. Naid s’approchait : c’était trop facile… Mais ce que je redoutais se produit : il se fit repérer. Alors, l’alerte fut sonnée dans tout le camp. Paniquée, je montai sur mon cheval, Astiran fit de même. A présent, Naid courait, Yasalyn toujours évanouie dans ses bras. Les brigands, mécontents que l’on leur pique les femmes qu’ils venaient d’attraper, se saisirent de leurs arcs, qu’ils tendirent au maximum et tirèrent une pluie de flèches. Mais mon frère, agile et rapide, arrivaient à toutes les éviter. Lorsqu’il parvint à nous, il monta sur le cheval, Yasalyn devant lui. Alors, nous nous mîmes à chevaucher au grand galop, les brigands, continuant de nous cribler de flèches. L’une me frôla le bras, une autre s’abattit dans l’arbre, à quelques centimètres, à peine. Nous étions hors de danger…enfin, c’est ce que je pensais. Oui…car juste à ce moment, une flèche finit sa course en plein dans le dos d’Astiran qui hurla de douleur.

- Astiran ! criai-je. Non !

Je me retourna vers Naid, désemparée.

- Naid ! Astiran vient d’être touché ! Il faut que l’on s’arrête au plus vite !

J’entendis mon frère marmonner des jurons par dizaine.

- Dis lui de tenir quelque temps, me dit-il. On arrive bientôt là où nous avons laisser les affaires.

Alors, je hochai la tête, me tournant vers Astiran. Les larmes me montaient aux yeux de le voir ainsi souffrir, ça me faisait mal au cœur. Malheureusement, je ne pouvais rien faire pour lui dans l’immédiat, je me retrouvais impuissante. Je le voyais serrer des dents, des gouttes de sueur perlant son visage, essayant de faire au mieux pour tenir sur son cheval. Enfin, nous arrivâmes à l’endroit où les affaires avaient été laissées. Nous descendîmes de cheval, Naid déposa Yasalyn au sol. Astiran eut à peine poser le pied qu’il tomba à terre, il n’arrivait plus à tenir debout. Je me précipitais vers lui en courant, affolée. A plat ventre sur le sol, il respirait par saccade. Je jetai un coup d’œil sur sa blessure : la plaie saignait beaucoup.

- Attends, je vais te soigner ça…

Je pris ma dague et déchira le vêtement maculé de sang d’un coup sec. Naid s’approcha et s’accroupit juste à côté.

- C’est une vilaine blessure, dit-il. Ils l’ont pas loupé.

De toute ma vie, je n’avais jamais vu autant de sang couler d’une seule blessure.

- Il faut qu’on lui enlève cette flèche, décidai-je.
- Attends, je vais le faire…donne moi de l’eau pour nettoyer ta dague.

Je m’exécutai, me levant pour aller chercher la gourde. D’un coup d’œil, je regardai si Yasalyn était toujours évanouie. Avec l’eau, Naid nettoya la lame, mais ne l’essuya pas, cela aurait rajouter des bactéries sur la dague. Alors, je le regardai faire, tenant la main d’Astiran. Délicatement, de la pointe de la lame, Naid écarta les chairs. Je sentais Astiran se crisper à cause de la grande douleur qui le torturait, il serrait ma main de plus en plus fort.

- Attention, j’enlève la flèche…

En même temps que Naid extrait la flèche, Astiran ne cria pas, il se contenta de me broyer la main. Peu importe, je me souciais plus de son état que de celle de ma main. J’avais aussi mal que lui, même si ma douleur était interne.

- Ca saigne beaucoup…constata Naid. La plaie est profonde, j’espère qu’elle n’a pas touché d’organes vitaux. Je vais nettoyer sa blessure et lui mettre un bandage avec du tissu propre que j’ai dans mon sac. Je n’ai malheureusement pas le matériel pour recoudre la plaie.

Alors, il alla chercher son sac. Pendant ce temps, je restai auprès d’Astiran. Je lui caressait sa joue, mes yeux brouillés de larmes.

- Tout va bien se passer, lui murmurai-je. Ne t’inquiète pas…tout va bien se passer…

En prononçant ses paroles, je ne me sentais pas dire la pure vérité. Mais, j’essayais tout bien que mal à influencer mon cœur, faire basculer la balance. Astiran me regardait tendrement, avec, tout de même, un reflet de souffrance.

- Ne pleure pas…me murmura-t-il, tu risques alors de m’achever.

Avec peine, il afficha un sourire sur son visage, qui me fit sourire aussi.

- Je t’aime…et tu resteras avec moi, Astiran.

Alors, je lui déposai un baiser sur ses lèvres froides. Naid revint avec les tissus. Puis, il les déroula et banda la plaie. Puis, Astiran put se mettre sur le dos. Naid s’écarta pour aller voir Yasalyn. Je sentais la main d’Astiran se refroidir, et je voyais son visage, couvert de sueur poisseuse à laquelle collaient ses cheveux blonds, blêmir. Mon cœur se mettait à remonter dans ma gorge, et je me mis à pleurer.

- Tout est ma faute…sanglotai-je. Si je n’était pas partie seule, je n’aurais pas été kidnappée, et tu n’aurais pas été blessé.
- Peu m’importe, me murmura-t-il. Je t’ai sauvé la vie car je t’aime, et je suis bien heureux d’avoir réussi.
- Moi aussi je t’aime, et je ne veux pas te quitter…

Une de mes larmes tomba sur son cou. Puis, je me penchai sur son visage et l’embrassa comme jamais, comme une dernière fois…En détachant mes lèvres des siennes, je voyais ses yeux qui commençaient à se voiler, signe de la mort. Alors, je ne retins plus, je me mis à pleurer à chaudes larmes sur son corps, ma tête contre son torse. J’entendais encore son cœur battre faiblement dans sa poitrine. Tout était fini…j’aurais voulu mourir avec lui, l’accompagner jusqu’à la mort, ou mieux, me sacrifier et lui donner ma vie.

« Tes mains…tes mains… » entendis-je dans un murmure.

Alors, je levai mon regard flou vers mes mains. Surprise, je les tins loin de moi un moment. Elles produisaient autour d’elles un halo vert.

« Le pouvoir…pensai-je »

J’eus alors une idée. Je fis retourner Astiran sur le côté et enlevai le bandage, déjà recouvert de sang. Puis, je recouvris la plaie de mes mains. Tout se déroulait comme je l’avais pensé…La blessure disparut, les chairs se recollant entre elle-même. On ne voyait même pas de cicatrice quelconque. Par contre, cela m’avait coûté en force, je fus rapidement épuisée, mais c’était pour une bonne cause. Les yeux d’Astiran se dévoilèrent, ils restaient aussi beaux qu’avant, son visage reprit des couleurs et son corps se réchauffa. C’était à présent des larmes de joie qui coulaient sur mes joues, et je serra Astiran contre moi, et sa main me caressa les cheveux. C’en était moins une…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 15:18

Chapitre 13




Pouvoir de guérison…un pouvoir, mon premier. Je présentais qu’il y allait en avoir d’autres, le cinquième élément n’allait pas être basé juste sur ça, enfin…j’espérais ! Mais, je n’arrivais pas à le contrôler. Après, j’essayai encore, mais je ne réussis pas, même pas obtenir une faible lumière autour de mes mains. C’était sûrement le fait de ma panique qui l’avait déclanché inconsciemment. Astiran était sain et sauf, c’était le principal. Par contre, le fait que Yasalyn soit inconsciente en ce moment avait été une chance, je n’aurais pas voulu lui dévoiler ma véritable identité de déesse. Néanmoins, elle se réveilla peu après. Lorsqu’elle demanda ce qu’il s’était passé, Naid lui répondit qu’une branche lui était tombée malencontreusement sur sa tête, ce qui m’étonnai venant de sa part : Naid n’était pas du genre à mentir ainsi, mais je sentais que c’était pour la bonne cause. Nous passâmes alors ici la nuit. Mais je n’arrivai pas à dormir. Je me reposai, regardant les étoiles. Que voulait me dévoiler Astiran ? Il fallait attendre le lendemain, il n’y avait aucun autre moyen.
Le matin suivant, le soleil se ravissait dans la ciel bleu sans nuage, un temps exceptionnel pour un début de printemps. Je me levai la première. Puis, je regardai les autres d’un regard amusé. Alors, tendrement, je caressa la joue d’Astiran, qui s’éveilla doucement.

- Tu m’avais dit hier que tu me raconterais, lui rappelai-je.
- Bah, viens avec moi, me dit-il en se mettant sur pieds. Profitons de l’aube.

Il me prit la main et m’emmena avec lui. Je reconnus le chemin qu’il traçait, car, au bout de quelques minutes, nous arrivâmes à la clairière des roses. L’endroit était toujours aussi beau, et la lumière de l’aube mettait cette merveille en valeur. Les roses étaient délicatement décorées de billes de rosées.

- Magnifique lieu, n’est ce pas ? me dit Astiran.
- Oui, je suis déjà venue ici, lui répondit-je. Mais en quoi cela expliquerait le comment de ta venue jusqu’au camp des brigands… ?

Alors, il me lança un clin d’œil. J’eus soudainement la vision d’avoir déjà vu ça quelque part, mais je ne souvenais plus où… Puis, il se mit à siffler. Tout à coup, je crus de pas m’être totalement éveillée. Des buissons sortaient des petites fées, grande comme la paume de ma main, des dizaines, avec dans leur dos, de jolies ailes de papillons aux couleurs vives. Elles étaient toutes vêtues de pétales de fleur qui leur allaient à ravir. Des petites merveilles…j’étais stupéfiée devant ce spectacle.

- Tu as vu comme elles sont belles ? me dit Astiran.
- Elles sont magnifiques…ce lieu est magique.
- Et surtout enchanteur ! rajouta une des petites fées avec une voix aiguë et légère, un sourire malicieux sur ses fines lèvres. Tu ne te rappelles plus Diphtil ?

J’ouvris grand les yeux, étonnée.

- Comment connaissez vous mon nom ?
- Allons…continua-t-elle. Tu es une déesse, nous le savons toutes ici.

Puis, je me rappelai de la veille. Ces chants…cette douleur… c’étaient elles.

- Je me souviens à présent, dis-je dans un sourire, c’est vous qui m’aviez ensorcelée.
- C’est exact ! répondit la fée. Je me nomme Véga, reine des fées de Maranwë.

Puis, une question me vint à l’esprit, je me retournai vers Astiran.

- Mais Elaeis ne nous avez pas dit qu’il n’existait que quatre peuples ? lui demandai-je.

C’est Véga qui répondit.

- Quatre peuples descendant des dieux, mais pas crées par les dieux. C’est Pitrir, qui lors d’une journée ennuyeuse, décida d’enchanter une partie de la forêt. Alors, de chacune des fleurs naquit une fée. Chacune porte comme robe les pétales de la fleur d’où elle est née, moi, par exemple, un œillet.
- Mais alors, ajoutai-je, il peut exister beaucoup d’autres peuples ?
- Oui, bien sûr, me répondit-elle.

Astiran soupira.

- Si j’avais cru croire un jour voir des fées…surtout se représenter la chance que c’est d’en voir, même une seule.

Je me tournai vers lui.

- Au fait, on aurait put emmener Naid avec nous, ainsi, il les aurait vu aussi.
- C’est impossible, me répondit-il, il n’aurait pas put les discerner.

Je levai un sourcil, interrogée.

- Pourquoi donc ? demandai-je.
- Seules les personnes de descendance divine peuvent nous voir, me répondit la petite fée.

Le temps que je comprenne la réponse, il y eut pour moi un déclic dans mon esprit, tout concordait. Mon cœur se mit à battre très rapidement.

- Astiran…murmurai-je en tremblant. Tu es…le descendant de Pitrir ??!

Alors, le visage sans expression, il hocha la tête en une réponse positive. Ce clin d’œil, cette ressemblance avec Pitrir, et même le coup de la chute de l’arbre, car elle avait eu lieu lorsque Astiran s’était énervé contre l’homme ivre qui essayait de profiter de moi. Pour moi, cette révélation fut quand même un choc. Pendant les onze années que nous avions vécus ensemble, cela ne m’aurait frôler l’esprit, rien qu’une seule fois.

- Je sais…me dit-il. Moi aussi ça m’a fait la même chose quand je l’ai su hier.
- Tu ne l’as su qu’hier ?
- Oui, répondit Véga. Il a voulu te chercher un moment, et il est tombé sur nous. Alors, comme il nous voyait, on lui a tout dit. Et puis, on l’a guidé jusqu’à toi.

Un sourire se dessina sur mon visage.

- C’est donc vous qui lui avait donné le chemin jusqu’au camp des bandits, dis-je. Je vous remercie. Sans vous, je ne sais pas ce qu’il serait advenu de moi, je n’ose même pas me l’imaginer.
- Je ne t’aurai pas laisser seule, me répondit Astiran, j’aurai tout de même continuer à te chercher.

A cause de la présence des fées, mes joues se mirent à rougir.

- Mais, si tu es le descendant de Pitrir, tu peux contrôler la terre.
- Bien sûr, me répondit-il. Mais, comme toi, le pouvoir n’apparaît qu’inconsciemment. L’arbre, tu t’en souviens, tu te doutes sûrement à présent, que c’était moi.
- C’est à quoi je songeais, justement…

Mais, je le regardai tendrement.

- Ne t’inquiètes pas, lui dis-je, mon regard sur toi ne changera pas.
- Je n’ai pas à m’inquiéter, me répondit-il. Je te connais, et je sais que tu garderas la même vision qu’avant sur moi.

Puis, les fées de Maranwë s’en allèrent, chacune son tour, se cacher dans des feuilles, fleurs et arbres, avec grâce et élégance, faisant virevolter leur robe de pétales.

- Nous vous souhaitons de bien continuer votre chemin, dit Véga. Et par toutes les fées de Maranwë, vous recevez ma bénédiction.

Elle frappa dans ses mains et disparut dans un tourbillon de paillettes. Puis, je soupirai. Cette nuit, c’était décidé, j’irai voir les dieux, j’en avais besoin.



.o°o°o°o°o°o°O¤O°o°o°o°o°o°o.




- Oui, je le sais, les fées de Maranwë me l’ont dit hier, dit Pitrir.

Comme décidé, le soir, avant de m’endormir, j’avais enfilé la bague d’opale à mon annulaire et avait rejoint les dieux. Alors, j’ai tout raconté à Pitrir le dieu de la terre, de la véritable identité d’Astiran, mais il était déjà au courant.

- Je n’y aurais pas cru, continua-t-il. Ma descendance a disparu durant des dizaines d’années. A mon avis, le père d’Astiran ne savait pas qu’il possédait mon pouvoir, ni son grand-père et ni même son arrière-grand-père. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle me réjouit, car pour tout dire, je me faisait du souci.

D’un rapide geste, il passa un mèche de ses cheveux châtains derrière son oreille.

- Je crois que tu n’es pas venue juste pour ça, je me trompe ? me demanda Tiama.
- Non, répondis-je. Un de mes pouvoirs est apparu.
- Oui, dis Laifardi. Tu as réussi à guérir une blessure au moyen de la magie.

Je me retournai vers lui.

- Mais le problème est qu’il s’est déclanché inconsciemment, et je ne saurai comment faire la prochaine fois, si il se produit un événement dans ce genre.
- Nous ne pouvons rien pour toi pour l’instant, dit Kalia, à part t’aider et te souhaiter bonne chance.
- J’aimerai juste savoir que représente mon pouvoir.
- Je peux juste te dire une chose là-dessus, dit Pitrir.

Alors, il se leva lentement, toujours adossé contre l’arbre.

- Les plus grandes valeurs de ce monde sont représentées par les quatre éléments. Le feu symbolise la puissance et le courage, l’eau, le charisme et la volonté. Sagesse et patience sont les symboles de la terre et l’air représente l’intelligence et la ruse. Mon avis là-dessus est que le cinquième, par conséquent le tien, les réunis, un lien si l’on peut dire. Je ne peux rien dire de plus, car je n’en sais absolument rien, ceci n’étant qu’une simple hypothèse de ma part.
- Peut-être qu’Amalia pourra t’éclairer là-dessus, lorsque tu iras la voir, proposa Kalia.

Je me tripotai les mains nerveusement.

- J’ai une dernière question à vous poser…
- Fais en nous part, dis Laifardi.

Je tournai la tête vers le dieu du feu, mais m’adressant à tous.

- Je le sens…Sarïn est à ma recherche, il veut me tuer, j’en ai à présent la certitude. Mais, est ce que mon instinct a raison ?
- Non, me répondit Tiama, tu n’as pas tort. Sarïn est à tes trousses.
- Ne fais confiance qu’à tes véritables amis, me conseilla Laifardi. Toute personne peut t’être ennemie dans ce monde si corrompu, où la haine règne dans les cœurs et où l’argent est la seule raison de vivre. C’est en tout cas le cas des humains, tu parles des descendants de la sagesse…

Il soupira, pendant que Pitrir lançait un regard noir à son frère.

- Même si certains humains sont les plus stupides êtres qui soient, dit celui-ci, il n’empêche qu’ils en existent dotés d’une sagesse et d’une intelligence hors du commun !
- L’intelligence est la valeur de mon peuple, je te rappelle ! intervint Tiama.
- Oui, c’est vrai…dit Pitrir.

Je sentais bien que ce dieu était sage. Même si il mentait à ces propres pensées, je voyais qu’il voulait éviter de déclancher une dispute entre les frères et les sœurs. Cela constituait encore un point commun avec Astiran, qui préférait s’échapper devant les ennuis, sauf si ils lui étaient inévitables, comme l’incident de Neruda. On voyait là sa descendance du dieu de la terre, sagesse et patience.

- Je vais vous laisser, dis je.

Alors, ils me sourirent amicalement.

- Oui, retourne au monde réel, me dit Kalia. Et dors bien.

Je les remerciais, puis, je me sentis comme la dernière fois, chuter, jusqu’au moment où je revins dans mon corps. Je me réveillais, couverte de sueur, respirant rapidement. La nuit régnait toujours dans la ciel de velours noir où étaient incrustés des diamants immortels. Me mettant assise dans ma couche, je regardais mes compagnons. Un rire s’étouffa dans ma bouche en voyant Astiran dormir la bouche grande ouverte. Naid, dormait sur le côté, je n’arrivait pas à voir son visage, mais je savais qu’il dormait. Ce qui m’étonnait, c’est que Yasalyn n’était pas là : ses couvertures, prêtées par Naid, étaient vides. Peu importe…Si elle était partie, tant mieux, et si elle s’était refaite kidnappée, c’était tant mieux aussi, même si j’excluais quand même cette possibilité. Alors, je me rendormis sur mes deux oreilles, profondément.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 17:14

Chapitre 14





Nous reprîmes notre route le lendemain matin après une courte et inconfortable nuit que nous avons finie sous la pluie. Yasalyn était revenue, mais ni Naid ni Astiran n’avaient remarqué sa disparition de cette nuit, il n’y avait que moi. Alors, je me méfiais davantage d’elle, je ne lui faisait pas confiance, il ne fallait pas, comme m’avait conseillé Laifardi. Il nous restait encore une journée de voyage avant d’arriver à Fareva, ville assez paisible et plutôt paysanne, d’après les dires de Naid. Cette petite cité était placée dans une clairière, en plein milieu de la forêt de Lharm. Mais notre route dans les bois devenait beaucoup trop lente, les chevaux commençaient à fatiguer beaucoup plus facilement. Nous dûmes donc nous arrêter le soir au bord d’une petite rivière, la Boëm, logée sereinement dans une petite clairière. La nuit tomba subitement, et la Lune se leva peu à peu dans le noir. Naid alluma un feu avec du bois qu’il trouva facilement. Astiran, lui, regardait dans nos sacs.

- Noms des dieux ! jura-t-il.

Alertée, je me levai brusquement.

- Qu’y a-t-il ? lui demandais-je.

Lentement, en soupirant, Astiran sortit du sac deux morceaux de viande rabougris.

- Voici ce qu’il nous reste, me répondit-il.
- Nous nous ravitaillerons demain à Fareva, intervint Naid. Nous n’avions pas prévu au départ de voyager à quatre.

En disant ses mots, il jeta un coup d’œil sur Yasalyn qui aiguisait ses poignards.

- Mais…continua-t-il, j’ai l’idée d’une bonne occupation qui pourra nous être utile pour la suite.
- Laquelle ? lui demandais-je intéressée.
- Et si…nous nous entraînions avec nos armes ?

Nous approuvâmes tous l’idée, même Yasalyn, qui, pour manifester son accord, hocha de la tête sans rien dire. Il était vrai que depuis que je l’avais reçu, je ne m’étais jamais servi de mon arc. C’est donc après un piteux repas peu rassasiant que nous décidâmes de commencer. L’émerveillement me noya le cœur en prenant le magnifique arc en main. Je le caressai du bouts de mes doigts, glissant sur la surface lisse et vernie.

- Tu sais t’en servir ? me demanda Naid.

Je secoua la tête en temps réponse négative. Jamais je n’avais appris à manier un arc, car je n’en avait presque jamais pris en main, tout simplement.

- Je vais t’aider, dit Naid.

Alors, il se tint derrière moi, et porta l’arc avec moi.

- Prends une flèche.

J’obéis et me saisis d’une des flèches qui logeait tranquillement dans le carquois.

- A présent, continua-t-il, pose la flèche sur l’encoche.

Je fis ce qu’il me dit de faire.

- Tire la flèche en la tenant entre ton index et ton majeur que tu plies.

Pas très habituée au poids de l’arc, je tremblais un peu, mais mes gestes étaient rattrapés par Naid.

- Bien, me dit-il, maintenant, vise en mettant ton œil dans la direction de ta flèche, comme si elle était ton regard. Et ferme l’autre. Par exemple, essaie de viser l’arbre là-bas.

Suivant chacun de ses conseils, je visai l’arbre et lâcha la flèche, qui d’une traite s’envola. Malheureusement, elle alla s’abattre sur celui d’à côté. Naid se mit à rire.

- Fais attention lors d’une bataille, me dit-il. Ne vas pas toucher tes alliés.
- C’est mon premier tir, répliquai-je.

Légèrement vexée, je lui donnais mon arc.

- Montre moi toi, puisque tu es le plus fort, lui dis-je.
- Avec plaisir.

Il prit l’arc en main, attrapa une flèche et tendit la corde de l’arc. La flèche fila à la vitesse de la lumière dans un court sifflement dans l’air, puis, elle se planta en plein milieu de l’arbre. Je restais ainsi, bouche bée.

- J’ai encore d’énormes progrès à faire, murmurai-je.
- Ne t’inquiète pas, me dit Naid. J’ai appris cela, il m’a fallu plusieurs années. Et puis, ce n’était pas si mal pour un premier tir.

A côté, Astiran avait sortit son épée de son fourreau, et l’examinait, émerveillé, en particulier par la belle émeraude qui scintillait dans le pommeau d’or. Puis, il se leva, son épée en main.

- Un petit combat ? proposa-t-il à Yasalyn.

Elle le regarda, amusée.

- Tu n’as aucune chance, lui répondit-elle.
- J’attends vos preuves, demoiselle.

Alors, elle se leva également.

- Tant pis pour toi… lui murmura-t-elle.

D’un geste rapide, elle prit ses deux poignards acérés et menaçants, qu’elle prit à pleines mains. Tous les deux étaient prêts à attaquer l’autre, fixant son adversaire d’un regard amusé, l’autre sérieux, quoique terrifiant. Chacun attendait le premier coup de l’autre, c’est Astiran qui commença à envoyer son épée d’un long envoyé de bras. Sans bouger, mise à part son coude et son poignet, Yasalyn arrêta la lame dans sa course avec son couteau, indifférente, mais armée toujours d’un regard d’acier qui s’alliait bien à son regard.

- Si tu espères me battre avec de si simples attaques, dit Yasalyn, tu t’égares et considère que ce duel est perdu d’avance.
- Ce n’est que le début, répondit-il, je voulais te tester, mais, à ce que je constate, tu sais te défendre.

Je savais qu’il disait totalement vrai concernant son savoir concernant combat et duel à l’épée. Dès son plus jeune âge, c’était son grand frère, qui s’appelait Ewen, vieux de quatre printemps de plus, qui lui avait appris à manier une lame avec précision et perfection, en tout cas, pour son âge. Malheureusement, son frère avait péri à la guerre, son père également, et Astiran fut placé avec moi, se souvenant parfois nostalgiquement de ses entraînements avec Ewen. Alors, certaines journées ensoleillées, je le regardai par la fenêtre, qui s’entraînait avec un bout de bois à se rappeler les gestes qu’il lui avait appris auparavant et à combattre « l’homme invisible », qui, dans un contexte imaginaire, désirait m’enlever. Et moi, du haut de ma chambre, au premier étage, je l’observais avec admiration, notant chacun de ses gestes par un sourire, car il savait bien se débrouiller avec une arme, et maniait avec adresse pour son jeune âge.

Alors, Yasalyn fit tournoyer son poignard d’un rapide geste du poignet, afin de séparer les deux lames dans un bruit de fer. Puis, avant même de terminer celui-ci, elle se jeta sur Astiran. Ne s’attendant pas à ce coup, donc pris par surprise, il para l’attaque au dernier moment, renvoyant le couteau de Yasalyn. Au fil du combat, cela se voyait nettement que c’était elle qui menait. Je crois que le problème avec Astiran était que « l’homme invisible » n’avait guère été convaincant au combat, il ne s’était jamais véritablement battu en duel à l’épée, seulement seul, et cela le désavantageait énormément, surtout que Yasalyn se débrouillait nettement mieux que lui, mêmes si ses lames étaient plus courtes, quoique plus acérées. Plus le combat avançait, plus j’avais l’impression que Yasalyn « jouait » avec Astiran, tellement elle parait facilement ses coups et contre-attaquait aisément, ce qui n’était guère réciproque pour Astiran, qui se combattait, tant bien que mal. Il s’était reçu une légère blessure au bras à cause de la lame de Yasalyn, mais cela n’avait pas l’air d’être grave, car Astiran continuait à combattre comme il pouvait. Mais, lors d’une attaque rapide de la jeune femme, il recula brusquement, et, son pied rencontrant en trajet une pierre imprévue, il trébucha, tombant sur le dos, lâchant son épée du même coup, elle alla voler et retomba quelques mètres plus loin. Alors, Yasalyn s’approcha de lui, victorieuse, s’agenouilla auprès d’Astiran et mit son couteau à quelques centimètres à peine de la gorge du jeune homme.

- Même si tu restes un bon adversaire, déclara-t-elle, j’ai le regret de t’annoncer que tu es mort.

Le sourire cruel qui animait ses lèvres pulpeuses me faisait peur, comme si elle allait, sans prévenir, accomplir ses paroles. Je sentais Astiran également inquiet. A cause de son combat et de son angoisse, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, et, sa bouche entrouverte, il respirait par saccades, épuisé. Hésitant à intervenir, j’allais me lever, lorsqu’un bâton s’interposa entre la gorge d’Astiran et le couteau de Yasalyn : c’était l’arme de combat de Naid.

- Et moi ? demanda-t-il. Serais-je à la hauteur de ton habilité à combattre, moi simple mortel ?
- J’en doute, répondit-elle dans un sourire malfaisant qui maquillait son visage hautain. Ou alors, dans ce cas, tu risques de finir comme lui.

Elle désigna Astiran du menton, celui-ci ne se sentait toujours pas très à l’aise.

- Il ne faut que le prouver…finit Naid.

Avec son bâton, il éloigna la lame de la gorge d’Astiran, qui s’écarta vite, allant cherchant furtivement son épée, puis, il s’assit à côté de moi.

- Tu t’es bien combattu, lui dis-je sincèrement.
- Oui, mais cette bougre est une véritable tigresse ! me répondit-il. Elle attaque comme une sauvage, mais c’est efficace, regarde un peu mon bras.

J’examinai la plaie que lui avait laissé Yasalyn.

- Cette blessure n’a pas l’air très profonde, concluais-je à mon observation rapide. Ce n’est pas grave. D’ici deux jours, tu n’auras plus rien, à peine une petite cicatrice.

Je lui souris, heureuse de pouvoir aimer un homme comme lui.

- Mais, franchement, continua-t-il d’une voix plus basse, j’ai bien cru qu’elle allait véritablement me trancher la gorge !
- Moi aussi j’ai eu très peur…approuvais-je. Heureusement que Naid est intervenu à temps.
- Au pire, me dit-il en souriant, tu m’aurais ressuscité…

Alors, délicatement et discrètement, il glissa son bras autour de mon taille, et m’approcha de lui. Puis, je posai ma tête confortablement sur son épaule, en soupirant.

Le combat entre Naid et Yasalyn avait déjà commencé, par des regards impétueux, fixés l’un sur l’autre, comme un lien de pensées qui s’attaquaient, avant les armes réelles. Mon frère gardait un sourire sur ses lèvres, Yasalyn, quant à elle, lui lançait un regard terrible, comme un mauvais, très mauvais présage. Néanmoins, je voyais que Naid restait concentré. Puis, il commença à faire tournoyer son bâton devant lui, tellement rapidement que l’on ne voyait que le cercle que traçait la rotation de celui-ci. Même si Yasalyn, étonnée, avait reculée de deux pas, elle arrêta net le bâton dans sa course avec son poignard, ce qui avait dû lui demander une force prodigieuse de sa part, pour ainsi le garder immobile sans aucun signe de faiblesse. Alors, en faisant basculer l’autre côté de son bâton, Naid essaya de viser ses jambes, mais, par réflexe, elle sauta au dessus de l’arme, profitant pour y glisser une attaque, que Naid feinta. Ainsi furent entendus le son de l’acier frappant le bois. La nuit faisait figure de magnifique décor, le feu éclairant la scène et ses acteurs de sa lumière éblouissante. Au fur et à mesure qu’avançait le combat, je me rendis compte de la tactique de Naid : écarter les bras de Yasalyn afin de toucher ses poignets, mais cela, c’était sans compter les attaques de celle-ci. Néanmoins, il réussit à parvenir à son but : il atteignit l’un de ses poignets, qui, déstabilisé, lâcha son arme. Il ne restait plus qu’un poignard. Evidemment, le combat était beaucoup moins égal, c’est ainsi que Naid parvint à envoyer voler la deuxième lame de Yasalyn, à présent dépourvue de ses poignards, vaincue. Dans un geste un peu magique, Naid prit son bâton d’une main, l’autre extrémité posée au sol.

- Tu as encore beaucoup de technique à apprendre, déclara Naid.
- J’en ai déjà assez appris, répondit Yasalyn dédaigneuse, tu as gagné sur un simple coup de chance.

Mais Naid fit comme si il n’avait rien entendu.

- De bonnes attaques, quoiqu’un peu trop basiques, continua-t-il, mais ça, je pourrais te l’enseigner. Par contre, ton point fort est que je n’ai jamais vu une telle férocité chez l’adversaire, et sincèrement, ça déconcentre !

Yasalyn sembla heureuse d’entendre cette remarque, comme si elle aimait être complimentée sur sa sauvagerie. Pour la première fois depuis son arrivée parmi nous, je la sentis dépourvue de toute haine, ne laissant que devant mes yeux un corps beau et angélique, rempli d’un bonheur franc. Cela faisait plaisir à voir, mais un instant plus tard, elle reprit son air naturel. Pendant qu’elle alla chercher ses couteaux, Naid vint s’asseoir à côté de nous, souriant me voyant ainsi blottie contre Astiran, mais il ne faisait pas si chaud que ça à cette heure là de la soirée.

- Je suis impressionnée par le combat auquel je viens d’assister ! lui dis-je.
- Merci, me répondit-il en rougissant un peu. Je dois ça à Elaeis.

J’écarquillai des yeux, connaissant l’âge d’Elaeis, on doute presque de sa capacité à tenir encore debout.

- C’est Elaeis qui t’a appris à te battre ainsi !? lui demandai-je interloquée. Elle n’est pas capable de tenir une arme.
- C’est totalement faux ce que tu dis là, grande sœur. Elaeis n’a enseigné depuis toujours le maniement des armes. Je la bats, mais parce que je suis plus jeune, et que je suis un homme, sinon, c’est certain qu’elle m’aurait battu.

Alors, en soupirant, il posa son bâton à terre.

- Il n’est pas trop abîmé ? lui demandai-je en désignant l’arme du doigt.
- Non, c’est une arme de combat tout de même, soupira Naid. Elle a été fabriqué pour ne pas casser à la première attaque, c’est du solide. Néanmoins, elle gardera quelques traces de ce combat. Des lames acérées contre un bâton, ce n’est pas rien !

Puis, il se mit à bailler en s’étirant.

- Pour une rare fois, me dit-il, j’ai sommeil. Ca doit être le combat. Je vais me coucher.
- Bonne nuit.

Alors, il s’écarta afin de déballer ses couvertures. Moi, je regardai Astiran, fixant quelque chose au loin.

- Astiran ?

Il se retourna vers moi, le regard doux.

- Désolé…me dit-il. Je songeais.
- A quoi donc ? lui demandai-je, l’air curieux.

Il soupira longuement.

- A l’avenir, me répondit-il.
- Quel avenir ?
- Le nôtre… que nous arrivera-t-il…
- On ne peut rien savoir pour le moment, il nous faut attendre.

Puis, il sourit, ce qui le rendait tellement beau et attirant.

- Je te vois bien avec des enfants à tes pieds, me dit-il en riant à moitié.
- Et toi donc !
- Ma petite déesse…

Alors, il déposa un tendre baiser sur mes lèvres.

- Et si on allait dormir, lui proposai-je.
- Quelle bonne idée…approuvai-je, j’allais justement te le dire.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 17:43

Chapitre 15



- Bienvenue à Fareva, annonça Naid.

Le Soleil, bien haut dans le ciel, éclairait la ville de son point culminant. Elle était, certes, plus petite que celle de Neruda, mais elle semblait beaucoup plus active. Nous avions auparavant attaché les chevaux à la lisière de la forêt, leur laissant un peu d’eau pour qu’ils s’abreuvent jusqu’à notre retour. Il nous en fallait également un pour Yasalyn, celle-ci ayant laissé sa monture à Neruda lors de notre rapide fuite. Des dizaines de personnes entraient et sortaient par les portes de la ville, je n’avais jamais vu autant de monde agglutiné. Mais nos regards se faisaient discrets, cachés dans nos capuches.

- Nous allons profiter de notre libre après-midi que nous avons devant nous pour acheter des provisions, dit Naid.
- Oui, approuva Astiran, ça serait peut-être une bonne idée si nous ne désirons pas mourir de faim avant notre arrivée.
- Je ne viens pas avec vous acheter la bouffe, dit Yasalyn.

Nous nous retournâmes vers elle, surpris par ses mots.

- Tu ne nous accompagnes pas ? demanda Naid.
- Tu es sourd ?! Je vous ai dit que je ne vous suivais pas.
- Pourquoi ? demandai-je, méfiante.

Son regard bleu électrique me lança des éclairs.

- J’ai quelque chose à faire à Fareva.
- Quoi donc ? insistai-je.
- Cela ne vous regarde pas ! s’énerva-t-elle.

Sur ces mots, elle tourna des talons, et s’en alla en se faufilant discrètement dans la foule, jusqu’à ce qu’on la perde de vue. Soupirant, je me sentais soulagée d’être enfin débarrassée d’elle durant un bon moment, mais ses petites affaires dans notre dos me gênait et me laissait ainsi perplexe. Je m’y soucias, en espérant que cela n’allait pas nous apporter de problèmes.

- Bon, dit Naid, en me sortant ainsi de mes pensées, on y va ?



.:*o°O¤O°o:*.




Yasalyn avait enfin réussi à se séparer de nous pour quelques minutes. Tout de même, prudente, elle vérifia que personne ne la suivait, on ne savait jamais. Cela lui faisait du bien d’être seule, car elle aimait la solitude. Elle se demandait parfois pourquoi elle voyageait avec nous.

« Pour l’argent, bien sûr ! »

Il n’y avait presque que ça qui pouvait l’intéresser, ce n’était en aucun cas par plaisir qu’elle s’était intégrée à notre petit groupe. Et je semblais embêter ses projets, car je me méfiais d’elle et cela la contraignait.

« Il faut peut-être que je fasse plus mon air innocent en sa présence, pensa-t-elle, et ainsi, gagnerai-je sa confiance… »

C’était totalement absurde pour elle, elle ne voulait en aucun cas abandonner son propre caractère, quitter son soi et devenir quelqu’un d’autre. Yasalyn désirait rester celle qu’elle était à présent, c’est tout.

« Et puis, qu’importe sa confiance, à cette fille. »

Elle sourit, cette pensée lui prouvait qu’elle n’avait pas changé, sa façon de réfléchir habituelle, car elle s’angoissait de ses propres raisonnements depuis quelques temps. Cette générosité dont lui faisait part le Neltiad la consternait, elle n’aurait jamais pensé que quelqu’un pouvait faire ça pour elle, et même, il avait réussi quelques fois à la faire sourire sincèrement sans grande difficulté. Mais…elle se rappelait le droit que lui avait donné Sarïn, celui de tuer la personne qui nous accompagnait, Astiran et moi, en l’occurrence, Naid.

« Il mourra de mes lames, voilà tout. »

Elle sourit sadiquement, mais celui-ci s’évanouit rapidement.

« Ce n’est pas une digne récompense pour tous ces gestes envers moi… »

« Oui, tu devrais l’étriper en plus ! »

« Pourquoi ferais-je cela ? »

« Car tu as envie ! »

« Je ne tue pas sans raison ! »

« Mais, tu en as une… »

« Ce n’est pas vrai ! Je ne le tuerai pas ! »

« Pourquoi pas lui ? Tu es déjà beaucoup tué, fait couler tellement de sang… »

« Justement, trop de sang par ma faute. »

« Car tu es une tueuse, une meurtrière… tu aimes le sang… »

« Il devient amer dans ma bouche »

« Pense à ce que tu es. »

« Je suis simplement Yasalyn. »

« Mais l’autre Yasalyn, moi, je suis loin d’être simple. »

« Tu me compliques la vie. »

« Te rends-tu compte de ce que tu me dis ? »

« Et toi donc ! »

« Tu n’es plus la même… »

« J’en ai peur… »

« Alors, reste avec moi… »

« … »

« Je ne tuerai pas le Neltiad tant que tu n’auras pas statué sur ton sort. »

« Tes promesses ne sont pas dignes de confiance, je te connais bien. Tu es vil et cruelle, et tu le resteras. »

« Tout comme toi, car, tu es moi… »

« Jure-moi que tu ne lui feras pas de mal… »

« C’est rare pour moi, néanmoins, je te le promets. Mais…tu m’inquiètes, tu deviens gentille… »

« Gentille ?! Moi ?! Jamais ! »

« Si…tu donnes l’air… »

« Je ne suis pas gentille ! Je suis Yasalyn ! »

Redevenue comme d’habitude, elle continua sa route d’un pas rapide, mise sur les nerfs à cause de son combat intérieur, qui, pourtant, était si habituelle depuis des années. Enfin, elle arriva au lieu où elle voulait aller. C’était un grand bâtiment, à l’entrée duquel étaient attachés plusieurs dizaines de chevaux coursiers. Il s’agissait d’une « Messagère », un lieu où l’on envoyait des messages par chevaux, qui parcouraient le monde nuit et jour afin de transporter ces lettres. Alors, Yasalyn y entra. La salle intérieure était déserte, mis à part la femme derrière un bureau à laquelle l’on remettait les messages destinés. Yasalyn s’assit à une table, prit un parchemin et une plume. Puis, elle se mit à écrire :

Je suis à présent avec eux, je les ai rencontrés à Neruda. La personne voyageant avec eux est un Neltiad, en l’occurrence, le jeune frère de la fille, toujours pas mort… D’après leurs dires, ils se rendent à Naralir, mais je ne sais pour quelle raison. Je continuerai cependant le route avec eux. La fille se méfie fortement de moi, mais pas pour les deux autres benêts. Pour l’instant, tout peut encore donc tout à fait se jouer. Je vous enverrai mon prochain message de Naralir, dans environ quatre jours.


Yasalyn


Ne devant marquer que le strict nécessaire sur la lettre, elle avait rapidement griffonné ces mots. Elle savait très bien écrire à son habitude, mais là, le temps courait trop vite devant elle. Elle cacheta le message avec de la cire, puis se leva, se dirigeant vers la femme.

- Bonjour, dit celle-ci. A qui doit être envoyé ce message ?
- Au prêtre Sarïn dans la ville de Deségipsien.

La femme hocha la tête et prit le message.

- Ca vous fait deux pièces d’argent.

Mais, Yasalyn afficha sur ses lèvres un sourire malfaisant qui fit trembler la femme, pas à l’aise.

- Sarïn paiera à l’arrivée du message.

Elle détestait dépenser de l’argent, surtout si c’était pour… « rien », si les autres pouvaient le faire à sa place, elle n’hésitait pas à les laisser faire. Puis, sans prononcer d’autre mot, même pas le moindre « au revoir » à la femme, elle sortit, faisant virevolter sa cape derrière elle.



.:*o°O¤O°o:*.




- A mon avis, dit Naid, nous avons acheté assez de choses.
- On peut peut-être se ravitailler davantage en viande, proposa Astiran.
- Je ne pense pas, lui répondit Naid. Nous ne devons pas trop nous charger. Au pire, nous referons des provisions à Ephyr. En plus, la nourriture est moins chère là-bas, ce qui nous avantagera.
- Alors on attendra.

Nous essayions de nous sortir de la foule, étouffés à cause de tout ce monde rassemblé dans les rues de la ville.

- Et, est ce que Yasalyn sait à quelle auberge elle doit nous retrouver ? demandai-je.
- Ce n’est pas la peine…

Nous nous retournâmes, Yasalyn devant nous. Mais, elle semblait plus blême que d’habitude.

- Où étais-tu ? lui demandai-je.
- J’avais des petites affaires à régler, me rétorqua-t-elle en sifflant ses mots entre ses dents, tel un serpent.

Mais, elle ne répondait pas à ma question.

- J’ai demandé « où », et non pas « quoi » !
- Je vous l’ai déjà dit, cela ne vous regarde pas !
- Du calme ! intervint Naid. Arrêtez de crier ainsi toutes les deux, ou nous risquons de nous faire remarquer.

Nous nous tûmes, néanmoins, en continuant de s’envoyer des regards noirs.

- Nous allons dormir à l’auberge du cheval rouge, ajouta Naid. Il y a moins d’ivrognes là-bas, mais c’est plus cher. Néanmoins, comme on le dit, « mieux vaut sécurité que richesse »
- Nous te suivons.

Alors, nous parcourûmes de nombreuses ruelles remplies de monde qui s’y agglutinaient comme un banc de poissons. D’ailleurs, certaines rues sentaient la mer, d’autres, plus agréables, présentaient au contraire un délicat parfum de fleurs, fraîchement cueillies. Par contre, nombreux étaient les pauvres qui, assis sur le côté, réclamaient quelques piécettes. Je n’osais les regarder, car la pitié m’inondait le cœur à chaque fois que mes yeux se posaient sur l’un d’eux. C’est enfin au bout de quelques minutes que nous arrivâmes à l’auberge du cheval rouge, coincée entre deux petites maisonnées dans un coin de rue calme et paisible. Vérifiant que personne ne nous suive, nous entrâmes tour à tour dans l’auberge, Naid en premier, Astiran en dernier. Il régnait dans la pièce principale une forte odeur de légume, mêlée à celle de la bière, ce qui dégoûtait.

Lentement, jetant des regards furtifs sur les clients, nous avançâmes vers le comptoir où une jeune femme aux cheveux bouclés, fine aux joues roses, écrivaient des choses sur un parchemin, elle semblait compter mentalement. Lorsqu’elle nous aperçut, elle leva sa tête.

- Bonjour messieurs dames ! dit-elle d’un air accueillant, un grand sourire sur ces lèvres. Que puis-je pour vous ?

C’est Naid qui parla.

- Nous voudrions passer la nuit ici.

La femme hocha la tête.

- Il ne nous reste que deux chambres, nous dit-elle. Vous pourrez faire avec ?
- Oui, oui, répondit Naid hâtivement, comme s’il avait peur que l’on intervienne.
- Vous passerez votre dîner ici ?

Naid se retourna vers nous, pour vérifier si nous étions d’accord.

- Oui, nous dînerons ici.

La jeune femme continua à griffonner des mots illisibles sur son parchemin, puis elle le rangea dans un tiroir. Puis, elle se saisit de deux clefs accrochées derrière elle, sur le mur.

- Veuillez me suivre, je vous prie, nous dit-elle. Je vais vous présenter vos chambres.

Alors, elle sortit de derrière le comptoir et s’engagea dans l’escalier. Nous la suivîmes. Elle nous mena tout au bout du couloir de droite.

- Voici, nous annonça-t-elle. Les deux chambres sont voisines. Je vous confie les clefs.

Puis, elle les donna à Naid.

- Je me nomme Débéhaaraëlle, mais vous pouvez m’appeler Dédé, je suis maîtresse de cette auberge, se présenta-t-elle. Si vous avez un quelconque souci, ne vous gênez pas, venez m’en parler.

Alors, nous la remerciâmes, elle, toujours son sourire aux lèvres.

- Le repas sera prêt dans deux heures. Si vous le désirez, je peux venir vous chercher dans vos chambres.
- Merci, lui dit Naid.

Puis, portant ses jupons de serveuses, elle descendit les escaliers.

- Elle est bien sympathique cette femme, fit remarquer Astiran.
- C’est pour cela que j’apprécie cette auberge, dit Naid. Au moins, ici, les gens sont un minimum polis, même envers les étrangers.

Il soupira longuement en secouant les clefs.

- Bon…comment se répartit-on dans les deux chambres ?
- Bah…on peut faire comme la dernière fois, dit Astiran. Mis à part que l’on met Yasalyn avec toi.
- Non ! intervins-je.

Je venais d’entrevoir le fin et discret sourire de Yasalyn, ce rictus malveillant qui vous met sur vos gardes. Même si je savais que Naid aurait bien aimé été seul avec elle quelques instants, j’avais peur.

- C’est moi qui dormirai avec Yasalyn, déclarai-je.
- Mais…commença Astiran qui ne comprenait pas, me croyant saisie d’un soudain élan de sympathie envers Yasalyn.
- Toi, Astiran, l’interrompis-je, tu dormiras dans la chambre de Naid. Aucune discussion possible.

Je préférai ceci plutôt que de voir mourir mon frère, car je sentais cette envie de tuer chez Yasalyn, un instinct bestiaire cachant d’humaines raisons qui m’étaient obscurs, ou même, peut-être, par pur plaisir. Cela me donnait des frissons, je n’osais même pas fixer Yasalyn dans les yeux. Alors, Naid me tendit la clef.

- Tiens. Installez-vous tranquillement, nous viendrons vous chercher.

Alors, je me saisis de la clef que j’enfonçai dans la serrure de la porte, qui s’ouvrit dans un cliquetis. Puis, j’entrai, suivie de Yasalyn. C’était une pièce modeste. Deux lits patientaient, chacun à l’opposé. Une grande armoire était installée contre le mur, de l’autre côté, un rideau opaque cachait une petite salle de bain. Puis, en face de l’entrée, il y avait une grande fenêtre, sur le rebord de laquelle on pouvait s’asseoir tranquillement en regardant le mouvement de dehors.

- Depuis quand insistez-vous pour partager ma chambre ? demanda Yasalyn d’une voix sournoise, en s’asseyant sur un lit. Il est étrange de vouloir faire ceci alors que vous me détestez.
- Ce n’est pas pour vous embêter que je fais ceci, lui répondis-je.
- Ah ? Puis-je donc savoir cette raison. Elle doit sûrement me concerner.

Yasalyn voulait avoir la certitude à sa pensée en temps que ma réponse.

- C’est pour mon frère…lui dis-je d’un ton grave.

Elle se mit alors à rire faussement.

- Que croyez-vous que je lui fasse ?
- Ne jouez pas vos airs innocents, Yasalyn…Cela ne vous réussit pas…Vous voulez le tuer, c’est cela ?

Elle ne répondit pas, regardant ses poignards.

- Je ne me laisserai pas tourner en bourrique dans votre petit jeu, continuai-je. Je vois parfaitement…
- Alors, vous avez sûrement besoin d’aller voir un guérisseur qui vous soigne les yeux !
- Vous utilisez Naid comme un simple appât.
- Qu’est ce qui vous fait dire cela ? - Moi…mes intuitions et tout le reste.

Un nouveau rire fausset sortit de sa bouche.

- Il vous faut plus de preuves que ça, petite !

Je m’approchai d’elle, le regard noir.

- Premièrement, commençai-je, je suis plus âgée que vous. Deuxièmement, mes pensées sont les plus grandes preuves. Peut-être pas pour vous, mais moi, j’en suis persuadée. Croyez et continuez ce que vous voulez…je vous garde à l’œil.

Je me retournai vers le lit.

- Et puis…ajoutai-je. Pensez à ce que Naid peut éprouver pour vous, ce qu’il a fait pour vous… Peut-être cela fera-t-il pencher la balance.

Je posai mon sac sur mes couvertures.

- Mais que suis-je bête…continuai-je. Vous êtes armée d’un cœur de glace, vous n’avez peur de rien, même pas de l’amour ni de l’amitié, vous ne pouvez alors pas vivre une véritable vie. Et vu votre entêtement, à mon avis, personne ne pourra vous changer…

« Si…mon « moi »… »
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 17:58

Chapitre 16



« Après tout…pourquoi ? »

Allongée sur mon lit, paupières closes et mes bras derrière ma lourde tête, je songeais à diverses choses. Sur le passé, le présent et l’avenir, le pourquoi du comment, auquel je n’arrivais généralement pas à trouver de réponse à peu près cohérente. Je sentais chaque extrémité de mon corps tellement j’arrivais à me concentrer. Le seul frémissement à peine perceptible était celui de mes narines, qui insufflait l’air le plus lentement possible. C’était une technique que je m’étais élaborée seule, lorsque je voulais me calmer afin de méditer, tranquille et sereine. Et alors, je plongeais dans un autre univers, je ne me souciais plus du monde extérieur. Défilaient dans mon esprit des centaines d’images en même temps, soient des souvenirs, soient des suppositions du futur. Mais, j’essayais d’être le plus optimiste dessus. Et parfois, il suffit d’une simple et unique image pour que tout se chamboule dans vos idées, suivie souvent un mot fondamental : « pourquoi ? » Il n’y aura jamais de réponse immédiate, il faut auparavant « résoudre » le « pourquoi », se jeter dedans sans avoir la moindre peur de la suite. Le fait d’avoir cette tête remplie de questions me convenait, car, on est davantage fière de soi-même lorsque enfin, on a réussi à trouver la réponse, qui ne reste jamais inutile à nous-même. Peut-être cela vous laisse-t-il perplexe, probablement incompréhensible ? Non… seules mes pensées sont abyssales et impénétrables, comme les vôtres, certainement, par rapport aux autres personnes. Même si vous leur dîtes tout, ils ne comprendront à peine que la moitié de ces choses. Ainsi avais-je décidée de ne rien raconter à personne sur ce sujet, ni même à Astiran. Astiran…il constituait pour mon esprit un véritable casse-tête. Oui, je l’aimais plus que tout au monde, mais je sentais qu’une partie inconnue de moi-même ne voulait s’en persuader. Cela me gênait, car je désirai lui faire preuve de tout mon amour. Alors, je soupirai, continuant ainsi à me poser ce problème, tel un calcul. Mais, petit à petit, je fus sortie de mes songeries par une douce chansonnette. Vexée, je me relevai. Yasalyn avait fait monté de l’eau chaude, et désormais prenait son bain, tout en entonnant une chanson dans une langue qui m’était inconnue. Même si sa voix était étonnement belle, elle restait assez forte pour me déconcentrer.

- Vous ne pouvez pas baisser d’un ton ? lui demandai-je.
- Hé ! Du calme la marmotte ! Je chante si je le veux !

Mon regard devint noir envers elle.

- Comment venez-vous de m’appeler ? sifflais-je entre mes dents.

Elle tourna sa tête vers moi.

- La marmotte, répéta-t-elle le plus naturellement du monde. Vous dormiez bien, non ?
- Non…je réfléchissais.

Je l’entendis essayer d’étouffer un rire nerveux.

- Cela fait combien de temps que vous baignez ? lui demandai-je. J’aimerai quand même que l’eau soit un minimum chaude afin de me laver.
- C’est bon…c’est bon…je vous laisse la place.

Alors, elle se leva de la baignoire, me plaçant devant mes yeux son corps nu. Pourvu de merveilleuses formes pour son jeune âge, elle n’était pas à plaindre, sauf peut-être des regards pervers des hommes. Néanmoins, son corps donnait l’impression qu’il avait été taillé à la perfection, la femme irréprochable concernant son physique : une taille de guêpe, de remarquables seins et des cuisses pas trop imposantes. L’essentiel afin de charmer, et là-dessus, on ne pouvait absolument rien lui critiquer. Puis, elle se saisit d’une serviette accrochée au mur.

- Allez-y tant que l’eau est encore chaude.

Je hocha la tête et me leva du lit, mes membres engourdis par cette longue réflexion immobile. Puis, Yasalyn s’assit sur son matelas en me fixant. Son regard me gênait, j’étais depuis toujours une fille pudique. Mais bon. Tant pis. Elle était une femme, tout comme moi, après tout. Alors, je me déshabillait, sous le regard observateur de Yasalyn. Puis, je rentrai dans l’eau tiède. C’était loin d’être le luxe, mais c’était déjà ça. J’entendis Yasalyn soupirer.

- Vous me donnez envie de me relaver, me dit-elle.
- Et bah, vous attendrez que j’aie terminé, lui répondis-je fermement.

Elle fit balader ses doigts sur les couvertures de son lit.

- En tout cas, continua-t-elle, je dois vous avouer que vous êtes belle.
- Vous trouvez ? demandai-je, étonnée de ce compliment inattendu de sa part.

Alors, elle hocha la tête.

- Oui, juste ce qu’il faut. Ni trop, ni moins.
- Pourquoi me dîtes vous cela ?lui demandai-je, de plue en plus surprise.

Puis, elle haussa les épaules.

- Comme cela, me répondit-elle. C’est une simple constatation. Vous en avez de la chance…
- Bah…vous aussi !

Elle soupira, le regard dans le vide.

-Vous ne connaissez pas la douleur de tous ces regards sur moi…enfin…sur mon corps. C’est tellement horrible…
- Je vous plains, dis-je d’un ton absolument neutre.

Elle me fixa d’un regard malfaisant.

- Mais vous n’en avez rien à faire, c’est ça ? me demanda-t-elle d’un ton agressif.
- Je n’ai pas dit ça….
- Vous le pensez tout haut…

Un ange passa.

- Je vais être claire avec vous, Yasalyn…Je suis loin de vous apprécier pour le moment, et je n’ai pas la moindre intention de moins me méfier de vous,au contraire, je redouble de méfiance.
- Qu’ai-je donc fait, par les Dieux ?! me demanda-t-elle.
- Vous pensez tout haut…répétai-je sournoisement.

Alors, elle se tu, vexée.


¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤



Environ une demi-heure plus, on frappa à la porte de la chambre.

- Mesdames ! Le repas est prêt ! annonça la voix pleine d’entrain de Débéhaaraëlle.

Yasalyn soupira.

- Enfin, dit-elle. Je commençais sérieusement à crever la dalle !
- Vous me pouvez pas parler autrement !? lui demandai-je.

Elle haussa les épaules, accompagnant sa réponse dédaigneuse :

- Ca vous gène ?
- Oui…répondis-je posément.

Déconcertée et énervée, elle ouvrit la porte d’une volée.

- Yasalyn ! intervins-je. Prenez votre cape, nous ne devons pas nous faire remarquer ici !

Mais, elle fit la sourde, et s’engagea dans le couloir. Alors, je marmonnai des jurons entre mes dents et mit ma capuche sur la tête. Devant la porte attendaient Naid et Astiran, cachés eux aussi.

- J’ai entr’aperçu Yasalyn qui passait en fulminant, fit remarquer Naid. Il s’est passé quelque chose dans la chambre ?
- Non, non…répondis-je. Mise à part que Mademoiselle fait sa crise de nerfs !

Il hocha la tête et descendit l’escalier, seul. Je restai alors écartée, en face d’Astiran. Il me regarda tendrement.

- Ca va bien ma déesse ? me demanda-t-il en caressant ma joue du revers de ses doigts.
- Oui, oui…et toi ?
- Ca peut aller…

Il soupira, son regard vide dirigé en direction de l’escalier où Naid venait de disparaître.

- C’est pour ton frère que tu fais tout cela ? ma demanda-t-il.
- Tout cela ? répétai-je, ne comprenant sa question qu’à moitié.
- Le coup de la chambre avec Yasalyn. Tu as toujours peur pour Naid ?

Je baissai la tête.

- Oui, soupirai-je. Je te le répète, cette fille ne m’inspire pas confiance, et je préfère rester sur mes gardes.
- Tu as bien raison…

Alors, Astiran posa ses mains chaudes sur mon cou, puis, elles remontèrent peu à peu derrière mes oreilles. Il me regarda intensément de ses yeux bruns qui s’approchaient des miens. Je sentis son visage si proche du mien…nos nez se touchèrent.

- Ma petite déesse…


¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤



La salle principale était beaucoup plus bondée que tout à l’heure, mais c’était normal : la nuit venait de tomber dehors. Cette auberge du « Cheval rouge » était réputée pour sa spécialité : une galette de blé à peine cuite, recouverte de viande de cheval aromatisée à une sauce légèrement fumée et relevée. D’après les gens du coin, c’était pour eux le meilleur plat qu’ils n’aient jamais mangé. J’allais bien vérifier si ils avaient dit la vérité. Nous étions assis à notre table, dans un coin de la salle, à attendre nos galettes. A notre droite, cinq hommes bavardaient bruyamment, coupés parfois par leurs rots d’ivrognes. A gauche, deux autres hommes plus âgés parlaient de leurs travails, mais plus calmement que ceux d’à côté. Mais la personne qui m’intriguait le plus dans cette auberge, c’était celle, assise à l’autre extrémité de la salle, dans un coin. Elle se cachait également, tout comme nous, dans un manteau, capuche sur sa tête. Discernant sa fine silhouette, j’en déduis que c’était une femme. De ses doigts, elle tapotait sur la table, elle semblait attendre quelqu’un ou quelque chose. Mais, je fus interrompue par la venue de Débéhaaraëlle, plus joyeuse encore que tout à l’heure.

- Voici vos galettes, messieurs dames ! annonça-t-elle.

Elle déposa les quatre assiettes remplies devant nous. Leur contenu avait l’air tout à fait appétissant. Puis, elle partit pour une autre table.

- Bon…bah…bon appétit tout le monde ! déclara Astiran.

La galette était tellement molle que je pouvais la découper à la fourchette. Sincèrement, ce plat était exquis, jamais je n’avais mangé quelque chose de pareil. Les autres aussi avaient l’air d’apprécier tout autant que moi. Mais, curieusement, Yasalyn ne mangea seulement que la viande.

- Tu n’aimes pas la galette ? lui demanda Naid.
- Je suis plutôt carnivore, dit-il en souriant, montrant ainsi ses incisives pointues. Je préfère largement la viande aux légumes, ou même aux féculents.
- Alors, donne moi ta galette, j’ai encore faim, réclama Astiran.

Elle le lui passa sans rien dire.

- On avance bien, dit Naid. Dans deux jours, nous arriverons à Ephyr, puis trois encore après, nous atteindrons enfin Naralir.
- En conclusion, ça nous aura fait deux bonnes semaines de voyage, concluai-je.
- Sauf si il nous arrive encore un putain de malheur ! fit remarquer Yasalyn.
- Je n’espère pas…dit Naid.

Il y eut un court silence.

- Vous ne m’avez toujours pas dit pour quelles raisons vous vous rendez à Naralir, nous dit Yasalyn.
- Mêlez vous de vos affaires !répliquai-je fermement.

Yasalyn devint rouge de rage. Je devinais dans ses yeux cette tentation de sauter par-dessus la table afin de m’étrangler, mais elle s’y retint. Puis, Débéhaaraëlle s’approcha, mais je l’arrêta pour lui poser une question.

- Excusez moi, Débéhaara…
- Appelez moi Dédé ! m’interrompit-elle gentiment.
- Oui…Dédé…qui est donc cette femme dans le coin, là bas ? lui demandai-je en désignant la personne d’un discret signe du menton.

Alors, elle secoua la tête, remuant les boucles de sa chevelure.

- On voit que vous n’êtes pas de Fareva… Je ne sais pas exactement qui elle est, elle vient souvent manger ici. Elle ne parle presque pas, on dirait presque une statue à laquelle on aurait insufflé un semblant de vie. Sauf quand elle s’énerve, là, elle devient une véritable furie, et sur le coup, je vous conseille de ne pas la chercher.

Je devins alors encore plus perplexe à propos de cette mystérieuse inconnue.

- Hey ! Ficelle ! interpella l’un des hommes à la table de droit. Tu me ramènes encore une bière !
- Tout de suite les gars ! répondit Dédé à l’appel.
- Ficelle ? lui demandai-je.
- C’est le surnom par lequel me nomment certains ivrognes, me dit-elle en me glissant un clin d’œil.

Alors, l’homme d’à côté leva sa chope de bière, qu’il renversa à moitié, en déclarant grassement :

- On n’est pô des ivrognes !

Puis, ils partirent dans un fou rire, arrosé d’alcool. Mais moi, je continuai à fixer la femme inconnue du regard, j’avais comme une impression de déjà vu, déjà ressenti…Elle dégageait une puissante aura de force mystérieuse, que je ne pouvais définir. Puis,elle se leva et avança dans la salle. Plusieurs regards suivaient ses pas. Mais, un homme saoul, au gros nez rouge, vint à déposer une tape sur l’une des deux fesses de la jeune femme en disant :

- Hey ! T’es bien jolie ma poupée !

Soudainement, un silence total et effrayant s’abattit dans la salle, chacun fixait la scène, craignant ce qui allait se produire. L’homme, lui-même, sembla mal à l’aise, regrettant son geste, un lueur de peur brilla dans ses yeux. Brusquement, elle se retourna. Avec une force incroyable, elle assena son poing dans la face de l’homme qui alla valdinguer plus loin. Puis, elle sortit de l’auberge, furieuse, et, en fermant la porte, un grand courant d’air froid s’engouffra dans l’auberge, éteignant toutes les bougies.

- C’était prévisible, soupira Dédé en rallumant les bougies. Les inconnus ont la malchance de ne pas savoir que celui qui la touchait signait son droit de recevoir quelques vilains coups.

Yasalyn afficha sur son visage un sourire malsain.

- Elle me plait, cette fille-là ! déclara-t-elle. Enfin une femme qui ne se laisse pas faire ! Surtout pas par des hommes !
- Faut en avoir, du cran, pour ainsi pouvoir se mesurer à de pareils ivrognes, avoua Naid.
- Elle doit sûrement savoir bien se battre avec une arme, supposa Yasalyn.
- Au fait, Yasalyn, quel âge as-tu ? demanda Astiran.

Yasalyn se tripota les mains nerveusement.

- J’ai dix sept ans, exactement, j’atteindrai mes dix huit en juillet.
- Je me doutais que tu aurais environ cet âge là…dit Naid qui fixait son verre.
- Et vous ? Vous avez quel âge ? demanda-t-elle.
- Moi, j’en ai dix neuf, répondit mon frère.
- Et moi, vingt-et-un, dit Astiran ?
- Pareil…murmurai-je.

Astiran se tourna vers moi.

- Tu as l’air énervée Diphtil…ça ne va pas ? me demanda-t-il.
- Je suis fatiguée. Je ne vais pas tarder à aller me coucher…
- Moi aussi, surtout que l’on doit repartir tôt demain matin.
- Alors, retournons à nos chambres.

Alors, nous nous levâmes. Plusieurs hommes tournèrent leur regard vers Yasalyn, qui passait devant eux, mais aucun n’osa la toucher. Ils craignaient de se recevoir un coup, comme avec l’inconnue. Ils avaient bien raison, car Yasalyn était tout aussi farouche.

- Bonne nuit messieurs dames ! nous lança Dédé en train de nettoyer le bar avec un torchon.
- Merci, à vous aussi.

Alors, nous montâmes à l’étage ? Nous nous arrêtâmes devant notre chambre.

- Allez,je vous souhaite une bonne nuit les filles, nous dit Naid.
- A toi aussi, lui souhaitai-je en déposant une bise sur sa joue, sur la pointe des pieds.

Yasalyn marmonna quelques mots et entra dans la chambre. Mon frère soupira.

- Peut-être un jour, me parlera-t-elle ? Qui sais-je…
- Ne te fais pas de soucis pour cela, va ! Yasalyn t’apprécie sûrement.
- Mouais…

Pas convaincu, la mine déçue, il rentra dans sa chambre. Astiran haussa les épaules.

- Il s’en remettra vite, me dit-il.
- Oui, je sais.

Je regarda le fond de ses yeux.

- Bonne nuit…

Alors, je déposai un doux baiser sur ses lèvres.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 18:08

Chapitre 17



Partie 1


Tout en soupirant, je m’affalai sur le lit : j’étais tellement fatiguée. Dormir…c’est tout ce que je demandais, rien de plus compliqué. Puis, j’éteignis la bougie, Yasalyn déjà enveloppée dans ses couvertures.

- J’aime la nuit…murmura-t-elle.
- C’est le seul moment où l’on a la possibilité de véritablement dormir, certes…lui répondis-je.
- « Dormir » est parfois du gâchis.
- Oui, oui, c’est ça…dis-je agacée. Endormez vous à présent.

Il y eut alors un silence interrompu par le huhulement d’un hibou.

- Diphtil ?

Je grognai, désirant à tout prix qu’elle me fiche la paix un seul moment,le temps que je puisse trouver le sommeil.

- Ne vous êtes vous jamais promener la nuit dans la forêt ? Surtout lorsque la Lune est visible, tout est alors contraire au jour, mais il reste toujours bonheur. N’avez-vous jamais entendu les animaux nocturnes et senti l’humidité qui commence à taposser les plantes ? Vous ne voyez presque rien, vous paraissez libre au milieu de nulle part.
- Mes rêves me suffisent largement…grognai-je.
- Peut-être, mais les rêves sont impossibles, invivables…
- Qu’en savez vous ?
- Beaucoup trop de choses,me répondit Yasalyn.

Elle soupira.

- J’aimerai tellement…sortir dehors…
- Et bah…vous attendrez demain !
- Mais la nuit.
- Bah…demain soir ! En tout cas, vous restez ici !
- Et pourquoi devrai-je vous obéir ? me demanda-t-elle.
- N’allez pas prendre de risques inutiles…

Je la sentis quand même hésitante de sortir. Alors, par précaution, mais dans un même temps, à contrecœur, je me levai, fermai la porte à clef et glissai celle-ci sous mon oreiller.

- Le problème est réglé, concluai-je. Bonne nuit.

Elle marmonna des jurons et se retourna dans son lit.

oO°O°O°O°Oo


Adossé contre le mur de la fenêtre, Naid regardait au dehors.

- Le ciel est partiellement couvert, observa-t-il. Il y a des risques que nous voyagions sous la pluie demain.

Astiran, sur son lit, les bras derrière la tête, soupira.

- Ce n’est que de l’eau, cela ne nous fera pas de mal.

Mon frère hocha la tête, le regard toujours vers l’extérieur.

- A quoi penses-tu ? lui demanda Astiran, curieux.
- A rien…répondit Naid en haussant les épaules.
- Arrête de me mentir, dit Astiran. Je sais bien que tu es plongé dans diverses rêveries. A quoi donc songes-tu.

Naid ne répondit pas à l’instant.

- Tu peux faire confiance à Yasalyn, toi ? demanda-t-il.
- Je savais bien que cette fille occupait tes pensées. Pourquoi me demandes-tu cela ?
- J’ai l’impression d’être le seul…Regarde Diphtil.
- Elle se fait du souci pour toi, c’est différent.
- Mais pourquoi se fait-elle donc du souci ? Je suis assez grand pour me débrouiller seul.
- Elle est ta grande sœur, me semble-t-il.

Naid détourna ses yeux du ciel pour les diriger vers ses pieds.

- Tu sais… commença-t-il. La première fois que j’ai vue Yasalyn, je croyais déjà l’avoir rencontrée.
- Ah bon ? Où ça ?
- Dans un rêve…

Astiran me mit à rire.

- Ca devait sûrement s’agir d’un cauchemar où elle te poursuivait pour t’étriper !
- Non…au contraire ; Elle semblait si douce, si gentille. C es baisers étaient ces armes, sa beauté et sa tendresse sa défense.
- Naid, je crois que tu es amoureux.
- Non, pas à ce point. Mais je suis sûr qu’il y a quelque chose de bien chez cette fille. Malgré ses envies de tuer, cette sauvagerie, elle cache un secret renfermé au fond d’elle-même.
- Peut-être que oui, peut-être que non…Mais pourquoi ne lui as-tu jamais dévoilé la vérité, que c’était toi qui l’avait délivré des brigands ?
- Je ne me voyais pas lui avouer cela. Je déteste jouer les héros. Et pui…cela importe peu.
- Qu’est ce que tu racontes, Naid ? Ce n’est pas rien ! Tu lui as sauvé la vie !

Mon frère ne répondit pas.

- A présent, dit-il, tout va bien, c’est ce qui compte pour moi.
- Pour moi, le plus important, c’est Diphtil aille bien.
- Oui, sinon, pourquoi serions-nous ici ?
- Elle tiens énormément à toi, Naid.

Il resta silencieux.

- Cela se lit dans ses yeux, continua Astiran.
- Et pourtant, durant onze années nous avons été séparé…
- Peut-être, mais durant tout ce temps, elle n’a cessé de penser à toi. Elle était toujours persuadée que tu étais en vie. D’ailleurs, tu apparaissais dans la plupart de ses rêves. Je me souviendrai toujours de la façon dont elle m’a parlé de toi, la première fois…

Flash Back


Astiran, petit garçon âgé de onze ans, à l’époque, des cheveux châtains en bataille, un visage malicieux, des yeux marrons en amandes, qu’il gardera toujours. Il courait dans un couloir, puis, s’arrêta devant une porte. Alors, Il y frappa.

- Diphtil ? Tu es là ?

Il ne perçut que des sanglots venant de la chambre. Alors, lentement, il ouvrit la porte et passa sa tête par l’ouverture. J’étais bien là, assise sur mon lit, face à la fenêtre, dos à la porte, ma tête dans mes mains. Astiran s’approcha lentement, à pas de loup, et veilla à refermer la porte. Puis, il arriva à moi.

- Qu’est ce que tu as ?

Il s’assit à côté de moi sur le lit. Puis, je me découvris peu à peu mon visage de mes mains. De mes yeux tout rouges, il en sortait des larmes, telles des fontaines. ¨Puis, elle dévalait la pente de mes joues.

- Je pense…à …quelqu’un…sanglotai-je.
- A qui ?

Je ne réponds pas, laissant la question en suspens.

- A…à…mon petit frère…

Il ouvrit grand les yeux.

- Tu ne m’avais jamais avoué que tu avais un frère. Comment s’appelait-il ?
- Naid…
- Tu l’aimais beaucoup, c’est ça…

Je hochai la tête.

- Oui, je l’adore…
- Comment était-il ?
- C’est un garçon très joueur, avec lequel je m’amusais beaux aux cache-cache…Il a remplacé mon père quelques fois…Et même si il m’énerve à certains moments, je n’arrive pas à lui en vouloir, je l’aime tellement…
- Vous étiez… ?
- Arrête de parler au passé ! l’interrompis-je en criant. Il n’est pas mort, j’en suis sûre et certaine, et un jour…

Je n’arrivai pas à finir ma phrase, j’éclatai de nouveau dans une crise de larmes. Pris de pitié, Astiran s’approcha de moi et m’attrapa la main.

- Moi aussi, je connais cela…me murmura-t-il.
- Il me manque…mais j’attendrai…

Fin flash back



Naid hocha la tête pensivement.

- A moi aussi, elle m’a terriblement manquée durant toutes ces longues années que j’ai vécu seul. Mais, je me suis promis de la retrouver.
- Tu ne la savais pas morte non plus, c’est cela…
- Elaeis m’a dit qu’elle était toujours en vie, et je crois toujours en ces paroles. Je l’ai pendant longtemps recherchée à travers tout le Royaume d’Edenor, au péril de ma vie. Il m’en restera des traces…
- Des traces ? demanda Astiran.
- Oui…autant physiques que mentales…

Il y eut un silence.

- Quoi qu’il en soit, je l’ai retrouvé.
- Tu as donc passé une enfance difficile, Naid…
- Si l’on peut dire. Surtout sur la période entre mes huit et mes douze ans, car je ne savais pas encore me battre à cette époque, je n’étais qu’initié au monde du vol et du vagabondage.
- Mais, à présent, tu es expérimenté, je l’ai bien constaté l’autre jour lors de ton combat contre Yasalyn.
-…Et toi ? Comment as-tu vécu ton enfance ?

Cette question saisit le cœur d’Astiran.

- Pas facile non plus… Mon père était forgeron de la ville où j’ai grandi : Emessen. Mon frère, Ewen, avait cinq ans de plus que moi. Par contre, je n’ai jamais connu ma mère, elle est morte en me mettant au monde. Mon père m’a dit beaucoup de bien d’elle, mais l’envie de la voir ne cessait de me tourmenter. Malheureusement, et c’est normal, mon vœux ne s’est jamais réalisé. Mais le plus difficile, c’est que mon père était… « dur » …
- Qu’appelles-tu « dur » ?

Flash back


Assis à même la terre, au bord de la rivière, Astiran dessinai des formes dans la boue avec son doigt. Il aimait ressentir ce mystérieux contact avec la nature. A huit ans, il était déjà doté d’une sagesse d’un enfant de douze ans. Dans la glèbe, il avait tracé un visage enfantin d’une jeune fille à laquelle il rêvait souvent ces derniers temps. D’ailleurs, il savait bien dessiner pour son âge. Plusieurs minutes s’écoulèrent, durant lesquelles il observa son œuvre en silence, un sourire malin aux lèvres, les oiseaux, dissimulés dans les frondaisons des hauts arbres recouverts de feuilles vertes, chantaient gaiement.

- Astiran ! entendit-il crier.

A cet appel, il se leva subitement, apeuré, regarda autour de lui, et apercevant des mouvements à gauche, se mit à courir dans le sens inverse, suivant le cours de la rivière, écrasant de ses légers pas d’enfant son dessin dans le sol.

- Astiran ! Reviens ici !

Mais, il ne se retourna pas et continua sa course infernale. Il avait peur. Derrière lui, il entendait des pas plus lourds et plus rapides qui le poursuivaient. Il courait à en perdre haleine, mais peu lui importait, il devait fuir. Soudain une main saisit sa veste qui l’arrêta dans sa course.

- Lâche moi père ! dit-il en se débattant du mieux qu’il pouvait.

Mais, pour toute réponse, il le gifla violemment.

- Espèce de maudit garnement ! Je t’avais formellement interdit de te rendre à la rivière !
- Mais…je devais y aller…
- Il n’y a pas d’excuse possible !

Alors, il le lâcha à terre et commença à lui assener des coups.

- Père ! Arrête ! cria une autre voix.

Une silhouette s’interposa.

- Ewen…ne te mêle pas de ça, dit le père.

Ewen était un jeune homme qui n’avait que peu de traits en commun avec Astiran. Ses cheveux bruns ténébreux poussaient en bataille sur sa tête. Certes, il était grand pour son âge. Mais, le seul point familial avec son petit frère, c’étaient ses yeux marrons, doux et rêveurs, mais à la fois emplis d’une détermination qui faisait trembler quiconque croisait son regard. Et comme son frère, il les tenait de sa mère.

- Je ne m’en irai pas, tant que tu ne t’arrêteras pas !

Astiran, les larmes aux yeux à cause de la douleur et de la peur, se recroquevilla en regardant la scène.

- Comment peux tu faire ça à ton fils…à mon petit frère ! T’en rend-tu un peu compte !?

Malgré ses treize ans, Ewen était très autoritaire, tout en restant assuré.

- Tu as vu, continua-t-il, tout le mal que tu lui fais, qu’il doit subir ! Crois-tu que cela est juste !?
- Il n’avait pas à s’enfuir !
- Cela n’est pas une raison !
- Si ça en est une !

Sur le visage rouge du père, on y lisait la forte tentation de coller une baffe sur la face de son fils aîné. A terre, Astiran le regardait, totalement apeuré, il sanglotait. Alors, son père pointa Ewen de son doigt boudineux.

- Je te préviens, Ewen, tu le regretteras de t’être ainsi mesurer à moi, ton père.
- Tu n’es pas digne d’être nommé père…murmura Ewen.

Mais, il fit semblant de ne pas avoir entendu la remarque de son fils aîné.

- Et toi, sale garnement ! ajouta-t-il lorsqu’il regarda Astiran. Tu vas également être sévèrement puni !

Sur ces mots, il partit en fulminant. Ewen se retourna vers son frère, l’air désolé. Il s’agenouilla et le prit dans ses bras.

- Oh Astiran ! Si seulement j’étais arrivé plus tôt…
- Non, c’est entièrement ma faute… Je n’aurais jamais dû aller à la rivière, je sais bien que père me l’avait défendu…
- Il n’avait pas à te frapper de toute façon.

Astiran se serra fort contre lui.

- C’est toi qui vas te recevoir des coups par ma faute, sanglota-t-il.
- Mais non…ne n’inquiète pas pour moi.
- Si, je m’inquiète, grand frère…
- Je préfère subir ta souffrance, plutôt que de te voir souffrir pour rien.
- Pourquoi fais-tu cela, Ewen ?
- Parce que tu es mon frère…

Des gouttes de sang provenant du nez d’Astiran coulèrent dans la glèbe, donnant ainsi un horrible mélange, accompagné de larmes.

Fin Flash back
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 18:24

Partie 2

- Oui, ça devait être dur pour toi…murmura Naid.
- Très…plusieurs fois, mon frère s’est fait battre devant moi par ma faute.
- Tu détestais donc ton père...
- Oui et non. Parfois, il était gentil et attentionné, tel un véritable père, mais il était pris par moments d’accès de colère terrible et c’est nous qui en subissions les conséquences.
- Pourquoi ne t’es-tu pas enfui avec Ewen ?
- Que crois-tu que l’on a fait ? Nous avons essayé à plusieurs reprises, toutes échouées. En récompense, nous avons récolté quelques coups supplémentaires…
- Mais…Ewen, plus âgé par la suite, pouvait facilement tenir tête.
- Il aurait pû, si il était encore vivant…

Naid resta silencieux.

- Il est mort ?

Astiran hocha la tête, tristement. Il ferma les yeux.

Flash back


Dans une petite chaumière, Astiran était assis au sol, plongé dans diverses songeries et pensées. Puis, son frère passa devant lui, un sac sur le dos, le visage empli d’une tristesse certaine. Astiran se leva et tira la manche de son frère.

- Qu’est qu’il y a ? demanda-t-il. Où vas-tu ainsi ?

Un semblant de sourire apparut sur les lèvres d’Ewen. Il s’agenouilla et prit les mains d’Astiran, qui commençait à craindre le pire.

- Ecoute…Astiran…commença-t-il. Je dois partir maintenant…te quitter…

Le petit frère trembla, il ne comprenait pas Ewen.

- Pourquoi ? lui demanda-t-il d’une petite voix.
- Des gardes sont venus enrôlés tous les hommes pour partir à la guerre…
- Tous les hommes ? A la guerre ?
- Oui…et…

Il serra sa main.

- Père et moi devons nous y rendre.

Tout s’écroula alors dans l’esprit d’Astiran et tous les bons souvenirs qu’il passa avec son grand frère défilèrent devant ses yeux.

- Mais…tu es jeune, trop jeune…murmura-t-il.
- Assez vieux pour partir au combat…
- Quelle guerre ? Pourquoi y vas-tu ?
- Je n’en ai pas le choix, ils ont pris tout le monde de force et…
- Ils n’en ont pas le droit ! Surtout pas toi ! Si j’étais grand, je les empêcherai et…

Un sourire sincère se dessina sur le visage d’Ewen, qui passa une main dans les cheveux de son frère.

- Le Royaume d’Edenor a, d’après les dires, déclaré la guerre à l’Empire Neltiad.
- Mais…ils n’ont rien fait. Tu m’as toujours dit qu’ils étaient gentils.
- Je suis le seul à le croire…
- Ewen…

Astiran se jeta à son cou et son frère lui rendit son étreinte durant lesquels ils restèrent ainsi plusieurs minutes.

- Et…père ? demanda Astiran.
- Il est parti dans le bataillon précédent, il ne voulait te prévenir afin de t’affliger moins de peine. Mais, moi, je préférais te le dire.

Ewen se leva et ouvrit la porte. Sur la place attendaient des rangées d’hommes, villageois eux aussi enrôlés. Il respira longuement. Astiran restait à terre, sous l’émotion, son frère lui faisant dos.

- Astiran…lui dit-il sans se retourner. Prend soin de toi, et de ceux que tu aimeras à l’avenir, comme je l’ai fait, offre ton amour et ta joie. Je te promet, on se reverra un jour. Si tu as besoin de moi, sache que je veillerai toujours sur toi, petit frère…

Puis, il partit en refermant la porte. Astiran ne savait quoi faire à présent. Après quelques secondes de réflexion rapide, il se leva, paniqué, et la rouvris. Les hommes s’en allaient. Mais, il aperçut son frère. Alors, il se mit à courir.

- Ewen !

Mais le bataillon avançait rapidement, et Astiran était fatigué. Mais peu lui importait. A son appel, son frère ne se retourna pas. Il ne voulait pas souffrir davantage, car il savait que, si il avait le malheur de regarder Astiran, il ne pourrait plus avancer, continuer, et il ne le pourrait plus le quitter. Tout se compliquerait plus que cela ne l’était déjà.

- EWEN !! hurlait Astiran jusqu’à s’en égosiller, le visage trempé de ses pleurs.

Mais, une femme le saisit par l’épaule.

- Non, petit ! lui dit-elle. Reste là !

Astiran se débattit, voulant échapper à cette étreinte.

- Non ! Ewen ! Ne me laisse pas seul ! EWEN !!

Sans qu’il le sache, car il ne voyait pas, une larme coula sur la joue d’Ewen. Les yeux brouillés de ses pleurs, Astiran vit partir son frère, sans pouvoir agir.

Fin flash back


- Je vois…murmura Naid. Tu as aussi été séparé de ton frère lors de ton enfance, en plus, presque au même moment. Quand je pense qu’il a fait parti de ces armées d’innocents, enrôlés de force pour nous tuer. Ils sont presque plus à plaindre, car on préférerait mourir que de tuer des personnes dans raison, surtout, que, d’après ton récit, Ewen n’avait pas l’air de ne pas apprécier les Neltiads. Ca doit être tellement horrible de l’accomplir, mais le pire, de se rendre compte de notre geste. C’est à ce moment là que l’on meurt mentalement, totalement détruit parla réalité.
- La différence entre nos relations fraternelles, Naid, c’est que tu as vécu en sachant que ta sœur était toujours en vie. Pas moi… car quelques temps plus tard, je reçus une lettre annonçant les décès de mon père et de mon frère sur le même coup, tous les deux tués lors d’une terrible bataille. Ce jour-là a été le plus long de ma vie. Mais, peu après, une personne est venue me chercher en me disant qu’elle m’emmènerait où je vivrai. C’est à ce moment que je me suis retrouvé avec ta sœur.

Il soupira longuement.

- Un véritable soleil au sourire chaleureux qui m’a immédiatement rendu ma joie de vivre.
- Tu es exactement décrit ma sœur dans les détails avec, pourtant, un minimum de mots.

Puis, dans le silence de la nuit, Naid jeta un coup d’œil par la fenêtre.

- Il est tard, déclara-t-il. Il est à présent temps de s’endormir.
- Oui, c’est une bonne idée…Je commence à tomber de sommeil à force de parler.

Naid approuva et se glissa dans ses couvertures.

- Juste…dit Astiran, une dernière question…
- Laquelle ? demanda Naid.
- A ton avis…les filles se sont-elles déjà étripées dans leur chambre ?
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 18:37

Chapitre 18



Les prévisions de Naid s'accomplissaient. Résultat : il pleuvait. Pas une petite pluie, mais d’énormes gouttes qui tombaient du ciel moutonneux de gris. Nos affaires sitôt préparées, nous nous apprêtâmes à quitter l’auberge du « Cheval Rouge ».

- Cela fera vingt pièces d’argent, dit Débéhaaraëlle autant en forme que la veille, même lors d’une matinée pluvieuse.

Naid sortit alors de sa bourse de cuit quelques piécettes qu’il déposa sur le comptoir. Dédé les fit glisser du bout des doigts jusqu’à les faire tomber dans sa paume.

- J’espère que la suite de votre voyage se déroulera dans les meilleures conditions, dit-elle en faisant tourner un doigt dans une de ses boucles de cheveux.

- Merci pour tout.
- Et repassez quand vous voudrez.

Puis, nous sortîmes. Nous avançâmes jusqu’à la sortie de la ville sur les pavés glissants. La ville n’était pas encore éveillée. Baigné dans un océan de nuages, le ciel gris ronflait d’orage.

- Allez rejoindre les chevaux, nous ordonna Naid. Je vais en chercher un autre. Compris ?

Nous hochâmes la tête sans rien dire. A présent, je faisais totalement, enfin…presque confiance à mon frère. Nous sortîmes par les portes imposantes de la ville de Fareva et nous retrouvâmes les chevaux un peu plus loin, au même endroit que la veille, ils n’avaient pas bougé. Ne voulant pas me salir, je ne m’assis pas dans la boue, je préférais m’adosser comme un arbre, mais c’était, certes, moins confortable.

- Bien dormi ? me demanda Astiran.
- Mouais…on peut dire ça comme cela…
- Tu as fait un cauchemar, c’est ça ? dit Yasalyn, le regard déplacé.

J’écarquillai des yeux.

- Comment le sais-tu ? lui demandai-je.
- Tu parles durant ton sommeil…me répondit-elle.

Alors, je rougis. Même si ce n’était qu’un simple cauchemar, il s’agissait de choses personnelles, que je tenais à garder secrètes.

- Qu’as-tu entendu ? lui demandai-je entre mes dents.
- Je n’ai compris que peu de choses…à peine quelques mots, le reste était incompréhensible. Je n’ai entendu que : mort, brûlé, vie. La suite n’était que lamentations. Tu ne cessais de geindre tel un enfant.
- Et alors ?
- C’était bien marrant !

Je grognai…oui…ces trois mots résumaient bien mon cauchemar. Plus jamais…j’espérai. Un peu plus tard, Naid revint avec un bel étalon noir, qui paraissait fort, mais tout à la fois docile.

- Les humains sont tellement naïfs, dit-il, un sourire sur les lèvres. Ils se laissent trop facilement bernés.
- Seulement certains, souligna Astiran, vexé.

Je pouffai de rire. Cette scène me fit rappeler celle des dieux qui se disputaient entre eux, la dernière fois que je les avais vus. Et c’était exactement Pitrir qui avait défendu son peuple et ses valeurs, et qui était intervenu avec une remarque peu différente de celle d’Astiran. Il était bien son descendant, à présent, cela me paraissait évident. Puis, nous montâmes tous sur nos chevaux et pénétrâmes dans les sous bois. Les arbres ne constituaient pas véritablement un bon abri de la pluie. Les gouttes d’eau perçaient les frondaisons de toutes parts. C’est ainsi que, en l’espace de seulement quelques minutes, nous fûmes déjà entièrement trempés de la tête aux pieds. Les vêtements et cheveux collaient froidement à notre peau. Sur notre passage, les petits animaux sauvages, qui profitaient de la présence de l’eau, se terraient dans leurs terriers. De leurs plates formes d’observation que constituaient les arbres, les écureuils, intrigués, nous regardaient passer. Les sabots des chevaux s’enfonçaient dans la glèbe humide dans un bruit gluant.

- La pluie risque de nous ralentir, remarquai-je.
- J’espère que non, dit Naid. De toute façon, j’avais inclus cette possibilité dans mes plans. Elle ne nous retardera pas trop.
- Moi, ce que j’espère, ajouta Astiran, c’est que ce ciel se dégage rapidement de tous ces nuages gris.

Ainsi, nous voyageâmes durant toute cette journée. Le soir, Naid n’arriva pas à allumer de feu, le bois était trop humide pour pouvoir s’enflammer. C’est donc après un repas froid, que nous nous endormîmes dans un endroit un peu plus couvert, sous les frondaisons d’un immense sapin. Il était difficile pour nous de trouver le sommeil dans cette humidité et dans ce froid, et cela malgré le fait de se trouver entre les bras d’Astiran. Ainsi, le lendemain matin, je ne cessai d’éternuer, de plus, mon nez était totalement bouché, j’étais enrhumée. Un véritable brouillard s’était levé dans la forêt, on arrivait difficilement à discerner les choses à quelques mètres plus loin.

- Tu m’as l’air malade, constata Naid.
- Oui, j’ai dû attraper une de ces saletés de microbes cette nuit.

Puis, j’éternuai violemment.

- Crève…dit Yasalyn d’un air le plus naturel qu’il soit.
- Merci quand même, lui répondis-je.

Astiran, quant à lui, je me doutais qu’il s’inquiétait pour moi, il n’aimait pas me voir dans cet état, et cela, depuis toujours.

Flash back


- Arrête de me le demander, je t’ai dit que non !

Dans mon lit, saisie d’une forte fièvre, je commençais à m’énerver. A cette époque, j’allais sur les quinze ans. Assis à mon chevet, Astiran, du même âge que moi, me regardait avec pitié.

- Désolé…murmura-t-il.
- Non, excuse moi…dis-je. Je n’aurais jamais dû te dire cela. Mais bon…quoiqu’il en soit, ça ne va pas…mais je déteste lorsque l’on me pose cette question à répétition. Ca va ? Ca va ?…
- …Je comprends parfaitement. Moi non plus, je n’aime pas ça. J’ai l’impression de passer pour un abruti qui ne sait répondre qu’à une seule question.

Je souris, Astiran avait le don pour me remonter le moral. Lentement, il posa le revers de sa main sur mon front brûlant.

- Hum…la fièvre n’a pas encore baissé, constata-t-il.

Alors, je grognai sous mes couvertures, je détestais rester clouée au pieu du matin jusqu’au soir, et y finir la nuit.

- D’un côté, dit-il, ce n’était pas très malin d’aller se rouler dans la neige !
- Je profite tout simplement de ma vie, lui répondis-je.
- Tu as bien raison…

Nos regards se croisèrent, je ne pus m’empêcher de rougir.

- Je n’aime pas te voir dans cet état, m’avoua-t-il.
- Oui…cela se voit tellement dans tes yeux…

Puis, peu à peu, je lui attrapai la main, comme pour me rassurer.

- Je sais ce qui pourrait me guérir, dis-je.
- Quoi donc ?
- Donne-moi un de tes sourires, cela soulagera sûrement cette vilaine fièvre, j’en suis certaine.

Alors, sans hésiter, Astiran afficha sur ses lèvres un de ses plus beaux sourires, cela m’emplit soudainement de chaleur, de joie et de bonheur. Je le lui rendis aussitôt.

- Merci…lui murmurai-je.

Il me caressa ma main donnée.

- Tu devrais dormir à présent…me conseilla-t-il. Tu es déjà assez fatiguée comme cela, et il ne faudrait pas que tu ne t’épuises plus que tu ne l’es. Et puis, le sommeil est le meilleur des remèdes contre la maladie.

- Tu as raison, Astiran, je vais me reposer un peu. Par contre, je ne suis pas sûre, pour le remède.

Mais, il posa son index sur mes lèvres.

- Dors…

Je hochai la tête et fermai les paupières. Je m’endormis instantanément. Attendri par cette scène, Astiran sourit en frottant sa joue à ma main.

« Dors bien… »

Mais il ne partit pas, ne se leva pas. Quelque chose, une pensée le retenait près de moi.

« Non…je ne dois pas… »

Petit à petit, il se sentit attirer irrésistiblement vers moi.

« Pourvu que je ne la réveille pas…Non…je ne dois pas…même si…je…l’aime… »

Mais, il était déjà trop tard. Il se pencha au-dessus de moi et déposa un doux baiser sur mes lèvres froides. Peu lui importait la maladie, qui n’est rien à côté de l’amour.

« Peut-être auras-tu raison, Diphtil…Peut-être que mon baiser sera meilleur remède que le sommeil… »

Fin flash back


Ce baiser clandestin, il me l’avait avoué que beaucoup plus tard, et il avait eu peur de ma réaction lorsqu’il me le dit, mais elle n’avait pas été si mauvaise que ce qu’il aurait pensé, ce qui l’avait rassuré. Ainsi, en se souvenant du passé, un sourire amusé se dessina sur les lèvres d’Astiran.

- Tu voudras essayer le remède ? me dit-il d’un air coquin.
- Espèce de petit profiteur ! plaisantai-je.
- Chut ! nous interrompit Naid qui venait d’arrêter son cheval.

Tout le monde se tu et s’arrêta. A ce moment là, la pluie se remit à tomber. Les nuages noirs assombrirent soudainement les bois

- Qu’y a-t-il encore ? demandai-je.
- Il y a quelque chose de pas normal qui rôde… remarqua Yasalyn qui se haussait sur sa monture.
- Toi aussi, tu as pressenti, Yasalyn, dit Naid.
- Descendons de nos chevaux, proposa Astiran. Ca sera peut-être plus prudent.

C’est alors ce que nous fîmes. Nous attachâmes les chevaux à un arbre.

- Nous repartirons dès que nous sentirons le danger s’écarter…

Par précaution, ils prirent leurs armes, pas moi, car cela ne servait à pas grand-chose de sortir mon arc, étant donné que je ne savais pas encore correctement m’en servir. Mais, soudain, une lame acérée fut placée près de ma gorge et quelqu’un me tira la tête en arrière par les cheveux. Sous la douleur, je criai.

- Bon pressentiment, gamin…

Nous étions en fait encerclés par une dizaine de brigands.

- Diphtil ! dit Astiran, paniqué en me voyant ainsi prise en otage.
- Ne l’approchez pas ! dit l’un des hommes qui semblait être le chef. Sinon, j’ordonne son exécution immédiate devant vous.

Naid demeurait immobile, mais lui aussi semblait très inquiet, Yasalyn, quant à elle, se saisit d’un de ses poignards.

- Que voulez-vous en échange ? demanda Astiran.
- Nous réclamons toutes vos richesses.
- Nous n’avons aucune richesse, répondit Naid.
- Ah ? Vraiment ?

L’homme derrière moi me tira davantage les cheveux, me faisant crier, afin de tirer ma tête en arrière. Il posa la lame à plat sur ma gorge. Morte de peur, je retins ma respiration, et de l’endroit d’où j’étais, j’entendais les battements du cœur d’Astiran qui s’emballait. Puis, de la pointe de la dague, l’homme sortit de mon haut le lacet de cuir qui portait le pendentif du lys d’ivoire, celui dont Elaeis m’avait fait présent.

- Et ça ? Ce n’est pas une richesse peut-être ? demanda l’homme.
- Attendez ! dit Astiran. J’ai une solution.

L’homme se gratta le menton mal rasé.

- Laquelle ?
- Je vous propose un duel, continua Astiran.

Cette proposition m’interpella. C’était totalement insensé ! Une folie pure de sa part ! Et cela, il l’avait bien vu lors de son combat avec Yasalyn, il n’avait pas assez d’expérience dans le combat.

- Si vous le gagnez, alors, faîtes ce qu’il vous plaira. En revanche, si vous le perdez, vous laisserez la fille en vie.

J’eus peur de la réponse du chef de la bande de bandits. Il sourit sournoisement, et jeta un coup d’œil sur moi, désemparée.

- Il y a longtemps que je ne me suis pas amusé, dit-il. Alors, je t’accorde ta chance.

J’aurais voulu hurler pour empêcher Astiran de commettre une de ses plus grandes erreurs, mais la lame placée devant ma gorge m’y retins. Naid non plus ne savait quoi faire, il ne se contenta que de se mettre sur ses gardes, mais il n’osait intervenir, pas tout de suite. Astiran sortit alors son épée de son fourreau dans un bruit de fer. L’émeraude dans le pommeau d’or intrigua l’homme, qui également prit son épée en main. Durant plusieurs secondes, ils se tinrent ainsi, se fixant l’un l’autre du regard. Il continua à pleuvoir de plus belle. Les autres brigands observaient la scène, des sourires malsains sur leurs visages. Je ne pouvais pas dire que je n’avais pas peur, j’étais terrifiée. Rapidement, en silence, je priai les dieux de toute ma pensée afin qu’ils protègent Astiran. En particulier Pitrir, qu’il veille sur son descendant. Puis, l’homme, sans prévenir que le combat avait commencé, envoya son épée, parée par celle d’Astiran dans une percussion de fer qui me fit trembler de tous mes membres. Astiran fit tourner son épée et effectua une rapide contre-attaque, esquivée par l’homme, qui, sur un demi-tour, alla abattre son revers. Mais, dans un réflexe, Astiran se baissa et l’épée de son adversaire lui frôla le haut du crâne. Lors de ces coups, je discernai toujours ce sourire narquois imprimé sur les lèvres de l’homme, alors que sur le visage d’Astiran dominait la concentration et la détermination de gagner ce combat. Celui-ci se faisait de plus en plus violent. Je voyais Naid et Yasalyn qui commençaient à s’inquiéter. Mais, soudain, d’un coupé bien manié, l’épée du brigand s’abattit dans le bras d’Astiran, qui, sur le coup, essaya de retenir, tout comme moi, un hurlement. Mais, c’est à ce moment que se produit le plus inattendu. Je me sentis me vider lentement de mon énergie et dans un même temps, je vis la blessure d’Astiran se refermer d’elle-même, sans laisser la moindre cicatrice. L’homme eut un mouvement de recul.

- Ce type…est un mage ! s’écria-t-il.

Astiran leva son épée derrière la tête, le pommeau au niveau des yeux. Il respirait par saccades, la sueur et l’eau de la pluie collaient ses cheveux châtains à son visage, rougi par l’effort. A ce moment, un violent et lumineux éclair s’abattit près d’ici, éclairant la scène d’un grand flash. Une même lueur s’alluma dans ses yeux, mais en même temps dans l’émeraude qui se mit à scintiller magiquement.

- Non…je ne suis pas magicien…murmura-t-il entre ses dents. Quant à moi, je crois enfin avoir, au bout de nombreuses années, trouvé mon rival, « l’homme invisible »…

Puis, il réattaqua avec rage l’homme, dont le sourire avait subitement disparu. Durant quelques minutes, tous les efforts d’Astiran se voyaient. Il se surpassait, combattait avec force. Jamais je ne l’avais vu se battre ainsi, mais j’en savais la raison : j’étais véritablement incluse dans le combat, ma vie en était issue. Une lueur de peur brillait dans les yeux de l’homme, tandis qu’à côté, Naid se sentait déjà plus assuré. Mais, soudain, l’homme se baissa et envoya son épée devant lui, qui transperça le flanc d’Astiran. A ce moment, je retins ma respiration, me pinçant les lèvres, les larmes me montaient aux yeux. Ceux d’Astiran témoignaient de l’horrible douleur qu’il endurait. Naid et Yasalyn restèrent immobiles, la bouche ouverte, essayant de ne pas croire la vérité de leurs yeux. Durant plusieurs secondes interminables, j’attendais avec épouvante le moment où Astiran tomberait au sol, mort. Un sourire satisfait s’afficha sur le visage de l’affreux bonhomme qui restait immobile, croyant à sa victoire. Mais c’était une erreur de trop… Dans un effort surhumain, Astiran leva son épée et l’envoya, d’un coup, elle décapita l’homme, dont la tête alla rouler au sol, le visage figé dans une expression de dernière surprise. Essayant d’oublier sa douleur, Astiran retira l’épée de son abdomen, en grimaçant. C’est alors que se reproduit le phénomène. Je me vidai de mon énergie tandis que la blessure mortelle d’Astiran disparaissait. Tout le monde était saisi de stupeur devant cette scène.

- Tue la fille ! ordonna un des brigands. Tue-la !

Je sentis les doigts se resserrer autour du poignard tenu devant ma gorge.

- Non !! cria Astiran.

Au moment où je m’attendais à recevoir le coup fatal, c’était comme si le bandit s’était subitement dérobé sur ses jambes. Mais, lors de sa chute au sol, la lame frappa de plein fouet mon épaule, m’arrachant un cri de douleur.

- Diphtil !!

Mais, totalement dépourvue d’énergie, et comme je commençais à perdre beaucoup de sang, je perdis connaissance.

.:*o°O§O°o*:.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 18:45

Avant que je ne tombe au sol, Astiran me rattrapa délicatement.

- Tuez les tous les quatre ! ordonna un des bandits.

Naid et Yasalyn sortirent immédiatement leurs armes et commencèrent à attaquer les brigands.

- Fuis !! cria Naid à l’attention d’Astiran. Emmène ma sœur, mais va-t’en ! Eloigne-toi, vite !

Astiran hocha la tête et me porta dans ses bras. Naid lui fit un rempart de son bâton, afin qu’il puisse s’enfuir.

- Naid ! Tu es certain que tu t’en sortiras ? demanda Astiran.
- Oui, ne t’inquiète pas pour moi ! Pars !

Astiran s’exécuta et s’enfonça dans la forêt. Mon sang coulait dans ses bras, mais cela lui importait peu. Ce sang se mêla à mes cheveux de la même couleur, et mouillés par la pluie.

- Tiens bon Diphtil !

Lorsqu’il jugea bon la distance qui nous séparait de la bataille, il me déposa au sol. Il jeta un rapide coup d’œil à la blessure. Il savait bien que je n’allais pas en mourir, néanmoins, il s’inquiétait de tout ce sang. Tendrement, il me prit la main qu’il recouvrit de la sienne.

- Tu m’as sauvé la vie durant ce combat…murmura-t-il. Alors, je te sauverai la tienne.

Il se pencha sur moi et déposa un long baiser à peine appuyé sur mes lèvres, tout comme dans ses souvenirs. Peut-être était-ce le véritable remède…

.:*o°O§O°o*:.


Un peu plus loin, Naid et Yasalyn se combattaient vaillamment contre les bandits. Même si Naid n’arrivait pas à tuer les brigands, Yasalyn les achevaient derrière lui.

- Ca c’est pour ma sœur ! dit-il en assenant un violent coup de bâton dans la nuque d’un homme.

Un grand sourire sadique était affiché sur les lèvres de Yasalyn : elle semblait prendre plaisir à tuer tour à tour ces hommes. Ses habits blancs se teignaient de ce sang, ils en prenaient la couleur. Elle était terrible au combat, Naid également, mais leur infériorité en nombre les désavantageaient. Certains brigands étaient armés d’autres non. L’un d’eux envoya un coup bas sur Naid, qui, dans un réflexe phénoménal, effectua un grand saut par-dessus. Mais il ne s’attendit pas au puissant coup de poing venant de sa droite, qu’il reçut en pleine poitrine, et qui l’expédia se fracasser contre l’arbre d’à côté. Se cognant la tête contre le tronc, il perdit à moitié conscience. Yasalyn arrêta son geste en voyant Naid désarmé au milieu des hommes, ricanant telles des hyènes rôdant autour de leur proie. Que faire ? Risquer sa vie pour sauver celle du Neltiad ? Ou le laisser mourir en sauvant sa peau ?

« Il saura se débrouiller seul… »
« Mais, il est assommé ! »
« Attaque les par derrière ! Egorge-les ! »
« Pas le temps, ils l’auront déjà tué ! »
« Pas grave, tant que tu obtiens ton… »
« Ta gueule ! »

N’écoutant que son courage, elle sauta le plus haut possible, un saut inhumain et s’interposa entre Naid et les bandits. Celui-ci, un peu sonné, ouvrit peu à peu les paupières.

« Yasalyn ! »

Les hommes, quoique étonnés, continuèrent d’avancer, des sourires malsains sur leurs visages.

- Vous ne le toucherez pas avant d’avoir goûté à mes lames ! leur lança-t-elle dans un murmure.

Elle croisa ses bras nus et ensanglantés, ferma les yeux et se concentra.

- E sèt enèlès simanud ! prononça-t-elle.

Alors, ses lames se mirent à émettre une puissante lumière blanche et scintillante. Ses yeux s’emplirent d’une lueur de braise, et dans un cri sauvage, elle envoya ses poignards, qui tranchèrent les poitrines des hommes qui moururent tous sous le coup. Elle les avait tous tués…Epuisée, elle respirait par saccades. Naid la regardait, à la fois stupéfait et interrogé. Puis, la pluie s’arrêta de tomber. Lentement, Yasalyn se retourna vers lui. Ils se regardèrent, l’un les sourcils froncés, l’autre, des milliers de questions se percutaient dans sa tête. Yasalyn pointa son poignard sur lui, qui ne comprenait pas.

- Toi…commença-t-elle. Je sais, je le vois. Tu n’as pas le regard de quelqu’un dont l’heure est venue. Tu as encore beaucoup de choses à accomplir dans ce monde. C’est la première fois que je sauve directement la vie de quelqu’un, et j’espère ne pas le regretter.

Naid resta bouche bée, les yeux écarquillés. Yasalyn venait de fournir un grand effort, jusqu’à risquer sa vie, pour sauver la sienne.

- Tu m’as sauvé…alors que l’on se connaît que depuis quelques jours.
- Cela m’a largement suffit pour m’apercevoir que tu n’es pas comme tous les hommes, tous les neltiads.

Un sourire franc et sincère se dessina sur les lèvres de Naid. Yasalyn, quant à elle, le fixait toujours du regard, mais restait tout de même de marbre.

- Je sais que tu as énormément souffert, continua-t-elle, tout comme moi. Et cela compte beaucoup. Je sais même ce que tu as, ce qu’il te manque.

Cette fois, Naid parut pétrifié. Ainsi, elle avait réussi à le deviner, à percer son secret. Il se retint d’un geste dénonciateur, et continua d’observer la jeune femme.

- Tu as de l’expérience, Yasalyn, même si cela ne se voit pas du premier coup par tout le monde.

Ils restèrent ainsi à se regarder en silence durant quelques secondes. Puis, Naid se leva et alla récupérer son bâton.

« Te rends-tu compte de l’erreur que tu viens de commettre ?! »
« Oui, je ne regrette rien. »
« Tu viens de sauver la vie d’un homme, d’un Neltiad, d’un inconnu ! »
« Ce n’est pas un inconnu… »
« Tu parles…Tu ne le connais que depuis quelques jours ! »
« Ce n’est pas vrai. Plusieurs fois, et depuis longtemps, il est arrivé dans mes rêves… »
« Je n’en ai pas le souvenir… »
« Parce que toi, tu ne rêves pas du bonheur, tu cauchemardes. Il n’y a que moi entre nous deux qui puisse rêver d’amour. »
« « Amour »…qu’est ce que je déteste ce mot ! Il me donne la nausée ! »
« Tu ne racontes que des conneries… »
« …je vais te faire regretter de m’avoir provoquée…Regarde ton couteau… »
« …non … »
« Regarde… »

Yasalyn leva son couteau ensanglanté au niveau de ses yeux.

« Non ! »
« Regarde-moi ce sang…regarde ! »
« Je ne me laisserai pas tenter. Je connais les conséquences, j’ai décidé d’arrêter. »
« Toi, peut-être, mais pas moi… »

Alors, elle passa un doigt sur la lame : il devint rouge de sang.

« Je t’en prie, ne fais pas ça ! »
« Trop tard… »
« Non ! »

Puis, son doigt s’approcha dangereusement de son visage, mais c’était comme si son bras l’y retenait de force. Néanmoins, il parvint jusqu’à ses lèvres, puis à sa langue. Alors, soudainement, une lueur sanglante s’alluma dans ses yeux.

« Non…je ne me laisserai pas faire ! »
« Tu es faible face à moi à présent… »
« ARGH ! »
« Regarde attentivement le neltiad. »
« NON ! »
« Mord le, tue-le. »
« NON ! Je ne ferai jamais ça ! JAMAIS !
« Si, parce que je le veux… »
« NON !! »

- C’est étrange… dit Naid en examinant un des brigands morts, celui qui m’avait pris par l’arrière. Celui-là a les jambes mêlées aux racines, et elles n’y sont pas allées mollo ! Mais, comment cela a-t-il pu se produire…Les plantes ne peuvent pas pousser à cette vitesse. Qu’en penses-tu Yasalyn ?

Il se retourna vers elle, mais le spectacle qui lui était offert le terrifia. Yasalyn tremblait énormément, ses infectés de sang donnait une expression de cruauté et de folie, mais en même temps de contrecœur, de pitié et de faiblesse.

- Yasalyn ! Que t’arrive-t-il ?!

« Tue-le ! »
« NON !! »

Puis, elle tomba à terre et fut pris d’atroces spasmes. Naid commença à s’affoler et courut vers Yasalyn.

- Yasalyn ! Que t’arrive-t-il ?!

« Tu souffres, hein ? »
« ARGH ! »

En même temps, un cri de douleur sortit de la gorge de Yasalyn. Naid, paniqué, ne savait quoi faire. Alors, il lui attrapa la main. Immédiatement, les convulsions se calmèrent.

« Hein ?! Que se passe-t-il !? Pourquoi arrives-tu donc à résister ?! »
« Grâce à son simple contact… »
« Je te laisse cette fois, mais pas la prochaine. Je reviendrai…attends-toi à pire… »

Puis, Yasalyn arrêta de se tordre sur le sol humide. Elle transpirait abondamment et respirait comme si elle venait de courir durant des kilomètres. Naid se rassura, il soupira. Puis, petit à petit, elle souleva ses paupières. Naid voyait dans ses yeux qu’elle n’était pas dans son état normal, elle était désemparée, elle semblait avoir peur. Que s’était-il donc produit pour la mettre ainsi ? Elle le regardait comme le ferait un enfant tourmenté, des yeux semblables à ceux quand vous restez trop longtemps devant un feu. Quand il se rendit compte qu’il tenait sa main froide au creux de la sienne, il la retira immédiatement, gêné.

- Ex…excuse moi…bégaya-t-il.

Yasalyn se pinça les lèvres. Elle posa sa main sur son visage, et fut prise d’un sanglot. Nais en demeura encore plus stupéfait. Pour la première fois, il la voyait pleurer, elle qu’il pensait invincible, dépourvue de sentiments. En quelques minutes, le comportement de Yasalyn s’était totalement inversé. Pourquoi ? Comment ? Une larme coula sur la joue blême de la jeune fille, mais Naid l’essuya du revers de son doigt, pris de pitié. Alors, lentement, elle enleva sa main, dévoilant ses yeux rouges et gonflés, brouillés de ses pleurs. En voyant Naid, elle éclata de plus belle dans une crise de larmes.

- Je suis désolée…réussit-elle difficilement à prononcer entre deux hoquets.
- Pourquoi dis-tu cela ? demanda Naid qui ne comprenait pas.
- Ta sœur n’a peut-être pas si tort que cela…
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 18:57

Chapitre 19



Lentement, je repris mes esprits, néanmoins, je gardai mes paupières closes, je n’avais pas encore la force nécessaire pour les ouvrir. Je sentais une douleur à mon épaule droite, qui ma paraissait, au toucher de la peau, bandée. Mais, ce qui se révélait bizarre, c’était le lieu où j’étais allongée. Cela consistait un sol trop confortable, j’étais sûrement installée dans un lit. D’ailleurs, ce n’était l’extérieur, mais plutôt une pièce close, une chambre, qui sentait l’humidité. De plus, je percevais la présence d’une personne dans la salle. Néanmoins, je savais, par instinct, qu’il ne s’agissait pas d’Astiran. Comme pour me rassurer, j’attrapai d’une pince de mes deux doigts un coin du drap, que je serrais. Puis, j’essayai de me remémorer les évènements. L’attaque des bandits, ma blessure causée par le poignard, c’est à ce moment que je m’étais évanouie. Et la suite du combat ? Que s’était-il passé ? Est-ce que Naid et Astiran allaient bien ? Commençant à paniquer, j’ouvris subitement les yeux, mais je fus partiellement rassurée : Naid regardait par la fenêtre, rêveur, il songeait.

- Naid ?

Il se retourna et sourit en me voyant. De grands cernes noirs entouraient ses yeux fatigués. Il avait dû veiller sur moi pas mal de temps. Mais alors…où était Astiran ? Naid s’approcha de moi.

- Heureux que tu sois de retour dans notre monde, Diphtil, me dit-il. Je commençais à me faire sérieusement du souci.
- Où suis-je ? Que s’est-il passé depuis que j’ai perdu connaissance ? demandai-je avec un peu de difficulté.
- Nous sommes à Ephyr à présent, me répondit-il. Il te fallait des soins au plus vite, alors nous nous sommes dépêchés de t’amener ici, même si le trajet nous a pris une journée…
- Donc je suis évanouie depuis plus d’une journée ?
- Oui, mais ne t’inquiètes pas, cela fait seulement quatre heures que nous sommes arrivés à Ephyr. Il est environ trois heures de l’après-midi, et le temps est dégagé aujourd’hui. « Après la pluie, le beau temps. »
- Pourtant, il n’y a aucune lumière venant du dehors, remarquai-je en désignant la fenêtre de mon doigt tremblant.

Naid sourit à cette constatation.

- Oui, c’est exact. La ville d’Ephyr regorge de surprises de toute sorte.

Mais, il voyait dans mon regard que quelque chose n’allait pas.

- Qu’y a-t-il Diphtil ? me demanda-t-il.
- Où est Astiran ?

Une fois encore, un sourire à l’aspect malin se dessina sur ses lèvres.

- Ne t’inquiète pas pour lui. Il se repose dans sa chambre. Après le combat et le fait qu’il t’ait porté sur son cheval durant le trajet, comprends bien qu’il soit exténué. Lui également s’est fait énormément de souci pour toi. J’ai eu du mal à le convaincre d’aller reprendre quelques forces, car il voulait veiller sur toi. A force d’insister, il a cédé et est parti se reposer un peu.

Je hochai la tête en soupirant, rassurée. Pensant quelques secondes, j’avais été saisie d’une grande angoisse.

- Que s’est-il passé avec les bandits après ma perte de conscience ? demandai-je.
- Astiran t’a emmené assez loin de la bataille, pendant que moi et Yasalyn combattions les derniers brigands qu’ils restaient. Mais, Yasalyn a été victime de quelque chose de bizarre…
- Quelque chose ?
- Elle s’est mise à trembler, elle en est tombée à terre. Puis, elle a eu de violentes convulsions. Et après cela, elle a soudainement éclaté en larmes.

En larmes ? Ce n’était pas du tout normal pour Yasalyn, ce n’était pas alors son état normal, il y avait un problème.

- En parlant de Yasalyn, elle a utilisé de la magie…
- De la magie ? demandai-je étonnée.
- C’est ce qu’il m’a paru voir. Après avoir prononcé une formule dans un langage inconnu, ses lames se sont mises à luire. Puis, d’une seule attaque, tous les bandits ont été tués. C’est après qu’elle a été prise de tremblements incontrôlables.
- Donc, d’après toi, ce serait la magie qui en serait la cause ?
- Oui, je le pense.
- Je ne crois pas. Regarde, durant le combat d’Astiran, j’ai utilisé mon pouvoir afin de soigner ses blessures.
- C’était donc ton œuvre…
- Oui, j’en suis certaine. Par contre, cela a puisé dans mes forces vitales.
- Peut-être que pour elle, c’était un autre effet secondaire, supposa-t-il.

Je restai tout de même perplexe. D’où Yasalyn avait-elle apprit la magie ? D’où tenait-elle ce don, car je savais que n’importe qui ne pouvait faire usage de sortilèges. Une dernière question tournait dans ma tête, mais je la posai à Naid.

- Pourquoi s’est-elle servie de la magie ?

Mon frère laissa ma question en suspens, son regard fixé sur le sol.

- Pour…me sauver…dit-il à voix basse.

J’écarquillai des yeux, n’en croyant pas mes oreilles.

- Te sauver ?!

Toutes mes idées de départ se chamboulaient dans mon esprit. Moi qui croyais que Yasalyn voulait la vie de mon frère, voilà qu’à présent, elle la lui sauvait. Alors, peut-être m’étais-je trompée depuis le début, peut-être qu’elle n’était pas celle que je pensais. Mais il était trop tôt pour croire quoique ce soit. Naid n’eut pas le temps de répondre, car quelqu’un entra dans la chambre. C’était une femme assez petite et maigre, au visage rosi et avec de courts cheveux oranges. Surtout, c’était une Neltiade ! Oui…ses yeux aux pupilles indigo, et ces signes visibles sur ses bras aux manches retroussées, il s’agissait bel et bien d’une Neltiade.

- Naid ! Le jeune homme s’est réveillé et demande des nouvelles de ta sœur.
- Bah, dis-lui de venir, elle est réveillée.

Mais, de cela, elle semblait de pas s’en être aperçue. Elle me regarda, gênée.

- Oh ! s’exclama-t-elle. Bonjour. Excusez-moi. Je changerais vos bandages tout à l’heure.
- D’accord, merci, lui répondis-je.

Puis, elle se retourna vers Naid.

- Tu viendras me voir après, Naid. Au bout de plusieurs mois, il faut que je vérifie ton…
- Oui, oui…l’interrompit Naid. Je viendrai…

Puis, elle hocha la tête en clignant des yeux et quitta la chambre.

- Ton quoi ? demandai-je intriguée.
- Oh…rien…
- Ne me mens pas Naid.
- Quelque chose de pas très grave. Ne t’inquiète pas pour moi…

Mais je commençai à parler un ton au-dessus.

- Bien sûr que ça m’inquiète ! Je me fais toujours du souci pour toi, et cela depuis ta naissance…et si tu me caches tes blessures, je m’en ferais encore plus ! Si tu ne veux pas que je m’inquiète, ne me cache plus tes souffrances.

Il resta silencieux.

- Tu as raison, Diphtil…mais ce n’est pas le moment pour moi de te dévoiler mes quatre vérités. Peut-être plus tard, mais pas maintenant, je n’en ai pas la force nécessaire pour t’en parler.

A ce moment, la porte s’ouvrit d’une grande volée.

- Diphtil ! cria Astiran en rentrant dans la chambre.

Il se précipita sur moi, s’agenouilla à mes côtés et posa avec tendresse un baiser sur ma main. Naid se leva alors.

- Bon…je vous laisse tous les deux, nous dit-il.
- Merci Naid, lui répondis-je.

Il me lança un clin d’œil complice, mais pas assez convaincant, et sortit en refermant la porte derrière lui.

- Tu vas bien ? me demanda Astiran.
- Mon épaule me fait légèrement souffrir, sinon ça peut aller. Et toi ?
- Depuis que j’ai pénétré dans cette chambre, tout va bien.

Un sourire se dessina sur mon visage. A présent, j’étais totalement rassurée. Alors, il s’assit sur le lit, toujours me regardant tendrement. Il caressa ma main qu’il tenait dans la sienne avec son pouce.

- J’ai eu tellement peur…murmurai-je.
- Et moi donc…
- J’ai bien cru que tu allais mourir.
- Mais tu étais là, ma déesse. Sans toi, je le serais sûrement.
- Tu sais donc que c’était moi…
- Evidemment. Souviens-toi que tu m’avais déjà sauvé de la mort lorsque je m’étais pris une flèche en plein dos.
- Oui, mais j’étais près de toi à ce moment là, objectai-je. Mais là, plusieurs mètres nous séparaient.
- Cela explique peut être le fait que tu te sois épuisée plus vite.

Je le regardai, étonnée.

- Comment sais-tu ? lui demandai-je.
- Cela se voyait. Tu blêmissais, tes jambes flageolaient. Et en même temps, mes blessures disparaissaient, ce n’était pas un hasard.
- Mais…si j’ai réussi à soigner tes plaies, pourquoi n’ai-je pas pu guérir la mienne ? demandai-je.
- A mon avis, tu avais utilisé trop de tes forces afin de t’autoriser une guérison supplémentaire.

Donc, à présent, je pouvais soigner à distance, mais encore, c’était incontrôlable. Je ne savais pas quand il allait se déclancher, cela dépendait majoritairement de mes sentiments et états. Par exemple, la panique ou l’affolement pouvaient être des facteurs, mais encore non contrôlables.

- Mais, le plus important, soupira Astiran, c’est que tu sois saine et sauve.

Je hochai la tête.

- Nous sommes donc à Ephyr ?
- C’est presque cela…

Ne comprenant pas sa réponse, je clignai des yeux.

- Plus exactement, nous sommes sous Ephyr.
- Sous ?!
- En fait, c’est une cité secrète, car ses seuls habitants sont des Neltiads.
- Des Neltiads ?!

Au bout de onze années, séquestrée dans l’église de Désegipsien, je n’avais presque pas revu de Neltiads. Je croyais même un moment que le peuple neltiad avait presque disparu de la surface du monde. A présent, je me trouvais en plein milieu d’une ville seulement peuplée de ceux de ma race, et cela m’emplit de joie et de bonheur.

- Oui, continua Astiran. Après la grande guerre entre les Neltiads et les Humains, certains rescapés neltiads se sont réfugiés dans les sous terrains d’Ephyr, lieu seulement connu par eux, car les Humains les détestent toujours autant. Ici, il n’y a que des Neltiads, ils vivent en paix et ne remontent que très rarement. Je ne te raconte pas les histoires déclanchées lorsque Yasalyn et moi sommes entrés. Mais Naid nous a défendu.
- Naid a l’air de venir fréquemment à Ephyr.
- Qu’est ce qui te fait dire cela ?
- En premier lieu, il connaît la guérisseuse. De plus, celle-ci lui a dit de venir la voir, afin qu’elle puisse vérifier quelque chose après plusieurs mois, ce qui laisse entendre que Naid serait déjà venu à Ephyr il y a quelques mois.

Astiran se gratta sa joue mal rasée.

- C’est certainement possible, dit-il. Mais quelle est cette chose que la guérisseuse devait vérifier ?
- Justement, je n’en sais absolument rien…et cela m’ennuie, Naid n’a rien voulu m’avouer. T’aurait-il dit quelque chose de particulier à toi ? Une blessure quelconque, n’importe quoi… ?

Alors, Astiran se mit à réfléchir.

- L’autre jour, dans la chambre, ton frère m’a raconté que son enfance avait été très difficile, qu’il lui restait mes « traces », m’a-t-il dit mot à mot, autant physiques que mentales, qui ne cicatriseraient jamais entièrement.
- Mon Dieu…me lamentais-je. Qu’a-t-il donc vécu pour que cela soit aussi horrible ?
- Je n’en sais rien et je n’ai pas voulu lui en demander plus. Rien que de me dire cela, il se sentait si mal, et je ne voulais en aucun cas lui en ajouter.

Alors je regardai tendrement Astiran.

- Merci…murmurai-je.
- Pourquoi me remercies-tu ? me demanda-t-il surpris.
- Tu te fais du souci pour moi, mais aussi pour mon frère. Tu m’as sauvé la vie, et mieux encore, tu restes à mes côtés. Ceux que je dois le plus remercier, ce sont les dieux, d’avoir fait naître un homme comme toi dont le monde ne pourrait se passer.
- C’est réciproque…

Puis, il se pencha au-dessus de moi, prêt à m’embrasser, mais au moment où nos lèvres se frôlèrent, la porte s’ouvrit : il s’agissait de la guérisseuse. Un peu gêné, Astiran se releva et la femme eut un sourire malicieux sur son visage.

- Je suis venue soigner votre bandage.
- Ah oui…bien, bredouillai-je.

Alors, elle s’approcha de moi, un panier rempli de bout de tissus et d’épingles, avec un bol d’eau propre. Puis, en se penchant, elle retira le linge usagé, empourpré de sang séché. Lorsque mon épaule fut mise à nu, elle étouffa un hoquet de surprise.

- Votre blessure ! s’exclama-t-elle.
- Qu’y a-t-il ? lui demandai-je.
- Elle a presque complètement cicatrisée ! En si peu de temps ! Il y a quelques heures, à peine, elle était grande ouverte !

J’entr’aperçus Astiran dissimuler un sourire.

- Tant mieux alors ! dis-je.
- Oui, ça c’est sûr, me répondit-elle. J’ai bien fait de me pas suturer tout à l’heure. Néanmoins, je vais remettre un bandage, on ne sait jamais. Peut-être la plaie se ré ouvrera-t-elle et je préfère rester prudente.
- Vous avez raison, lui dis-je.

Alors, elle prit un bout de tissu qu’elle trempa dans l’eau et commença à enrouler autour de mon épaule.

- J’aimerai vous poser une question, lui dis-je.
- Laquelle ? demanda-t-elle, concentrée sur les bandes.
- Qu’a donc Naid ?

Elle ne me répondit pas, mais elle savait tout, j’en étais sûre.

- Dites-moi…s’il vous plait…suppliai-je.
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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 19:25

- Je ne peux rien vous dévoiler.
- Pourquoi ?
- Il m’a fait promettre de ne rien vous dire.

Ca, c’était bien un coup de Naid, toujours à vouloir que je ne me soucie pas de ses problèmes.

- C’est moi qui l’ai soignée la toute première fois, il y a sept ans, ça m’avait fait tellement de mal pour lui. C’est fou ce que certains peuvent être horribles avec nous, les Neltiads. Rien que de repenser à ce passé, j’en ai des frissons. Mais, depuis ce triste jour, le pauvre garçon a une toute autre vision du monde, ça l’a traumatisé, il a dû s’y habituer, cela a été si difficile pour lui. Il est une des nombreuses victimes, mais aussi l’un des rescapés de la bêtise humaine. Par Tiama, qu’a-t-il donc fait pour mériter cela… ?
- Pourquoi me dites-vous cela alors que vous venez de me dire que vous aviez fait la promesse à Naid de ne rien raconter à personne ?
- Il m’a juste fait promettre de ne pas dire de quoi il s’agit, c’est tout, mais pas le reste. En tant que grande sœur également, je comprends que vous n’aimez pas être sans répondre concernant ses problèmes, car vous en souffrez autant que lui. Malheureusement, je tiens toujours parole.
- C’est normal…

De plus en plus de questions se créaient dans ma tête, qui allait bientôt exploser. Quel passé avait vécu Naid pour être aussi terrible à raconter…j’avais tout à coup peur de la vérité. Puis, la guérisseuse rangea tout son matériel dans son panier et se leva, son cabas sous le bras.

- A présent, si vous le désirez, vous pouvez sortir, me dit-elle. Faites juste attention à ne pas vous cognez votre épaule.
- D’accord, merci.

Puis, elle sortit de la pièce et ferma la porte. Astiran me regarda, amusé.

- Ton pouvoir a encore fait des merveilles, me dit-il.
- Oui…lui répondis-je. Il commence à se présenter de plus en plus fréquemment…et le tien ?

Il soupira en croisant ses bras.

- Ca n’avance pas…me dit-il. Je ne vois rien de nouveau.
- Ce n’est pas grave, lui répondis-je en lui attrapant la main. Il se manifestera sûrement bientôt.
- Oh…je ne m’inquiète pas. J’attendrai le temps qu’il faudra. Mais, à présent, cela te dirait que Naid et moi te fassions visiter Ephyr. En compagnie de Yasalyn également.
- Oui, bien sûr, répondis-je enchantée.

Avec l’aide d’Astiran, je me levai du lit, car mes membres étaient tout engourdis. Je vis également que l’on m’avait laissé des vêtements propres sur la chaise. M’y approchant lentement, je m’en saisis d’une main. Puis, je me retournai vers Astiran, l’air quelque peu insistant.

- Euh…il faudrait que je me change, lui murmurai-je.
- Oups, désolé !

Alors, il se retourna sur sa chaise, un peu gêné. Un petit sourire coquin et amusé sur mes lèvres, je commençai à me déshabiller.

- C’est beau Ephyr ? demandai-je pour entamer une discussion.
- Pas beau, me répondit-il. Plutôt étonnant, c’est le mot qui conviendrait le mieux, à mon avis. C’est la première fois que je vois une telle ville.
- Déjà, le fait qu’elle soit souterraine est quelque peu original.
- Oui…mais certains bâtiments sont vraiment impressionnants. Une pure beauté cette cité. Et, de plus, ils ont l’air d’être équipés de bonnes tavernes ici. Peut-être y passera-t-on tout à l’heure, ajouta-t-il d’un ton légèrement plaisantin.

Je ris, amusée. Même si Astiran était partiellement sage, je le savais parfaitement capable d’aller se bourrer, ou plus encore ! Il allait falloir que je garde un œil sur lui, que les choses n’aillent pas dégénérer. A présent habillée, nous sortîmes de la chambre. Là commençait un grand et large couloir. Nous y croisâmes Naid et Yasalyn, celle-ci paraissait encore un peu fatiguée, cela se voyait à ses cernes sous ses yeux brouillés de sommeil. Elle devait juste venir de sortir d’un profond sommeil.

- J’ai proposé à Diphtil que nous fassions une visite de la ville, dit Astiran aux deux autres.
- J’allais justement en faire de même, dit Naid. C’est pour cela que j’ai réveillé Yasalyn.
- Enfoiré…murmura celle-ci, désirant sûrement prolonger son sommeil.

Je ne pus m’empêcher de sourire. Désormais, je voyais cette fille sous un autre angle depuis que mon frère m’avoua qu’elle lui avait sauvé la vie, et pour cela, je lui étais reconnaissante. Peut-être n’était-elle pas celle que je pensais au départ, lors de notre rencontre, m’étais-je trompée sur son compte… ? C’était au temps encore d’en décider la suite, pas à moi.
Alors, nous sortîmes au dehors. Le bâtiment dans lequel nous nous trouvions était en fait une sorte d’hôpital. Il y rentrait des malades et en sortaient des vivants, tristes, ou heureux. Plus j’avançais dans la rue, plus je me rendais compte de la vérité : Ephyr n’était strictement peuplée que de Neltiads. C’est alors que nous pouvions circuler librement, sans nous cacher sous nos capes, qui nous étaient d’aucune utilité ici. Néanmoins, Astiran et Yasalyn se sentaient étrangers, mais cela leur importait peu, de voir les jeunes Neltiads les pointer du doigt, ou les plus âgés, qui chuchotaient à notre passage. Ils devaient sûrement s’inquiéter de la sécurité et de la discrétion de leur cité clandestine. Au bout d’une dizaine de minutes, nous arrivâmes devant un immense bâtiment de marbre, d’or et d’argent. D’imposantes colonnes soutenaient le haut plafond. Sur la face de devant, au-dessus de l’entrée, était gravé un symbole. Une forme de sablier et deux lignes verticales parallèles étaient inscrites dans un cercle. Le tout était tout simplement somptueux, et je restais épatée devant cette merveille de l’architecture.

- Ceci est la fierté d’Ephyr, déclara Naid. Le temple des Wüen.
- Ils ont de quoi être fiers ! s’exclama Astiran, impressionné. Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi extraordinaire !
- Ce n’est que du bluff…soupira dédaigneusement Yasalyn, les bras croisés. Si les Neltiads ont besoin de richesse, pourquoi ne prennent-ils pas ces matériaux, ne font-ils pas couler l’or ?
- Parce que les Neltiads sont respectueux envers leur culte, répondit Naid d’un ton calme.
- Et que renferme ce temple sacré ? demandai-je.
- Il ne détient aucune relique, ni autre objet du genre, mais beaucoup mieux. Voici la demeure des dames de Wüen.
- Les dames de Wüen ? demanda Astiran perplexe. Qui sont-elles donc ?
- Sûrement le genre de vieilles femmes rabat-joie, siffla Yasalyn.
- Pas du tout, mais il y a toute une légende dessus…

« Cela commence il y a fort longtemps d’aujourd’hui, où la guerre entre Humains et Neltiads ne faisaient pas encore rage. Les dames de Wüen n’étaient pas encore ce qu’elles sont aujourd’hui, mis à part des filles de paysans, plus précisément, des triplettes. Mais, elles se découvrirent une passion pour l’art de la magie blanche, dont elles apprirent secrètement les rudiments. Elles surent la maîtriser suffisamment quelques années plus tard, mais gardèrent leur secret pour elles trois, ne le dévoilant en aucun cas à personne. Peu connues, pour dire même pas du tout, elles vécurent ainsi durant quelques années. Jusqu’au jour où elles furent remarquées par les dieux mêmes…

« A cette époque –comme je le disais - il n’y avait aucun affrontement entre peuples, malgré cela, un terrible démon terrifiait l’ouest de l’empire Neltiad, vers les montagnes. De terribles rumeurs couraient à son propos. On racontait qu’il s’emparait des esprits d’innocents, qu’il prenait place dans leurs corps et qu’il les obligeait à commettre d’horribles crimes malgré eux, jusqu’à la mort de sa marionnette. Pire encore… Il en métamorphosa certains en créature des enfers, des vampires, broucolaques, ou même voirloups, qui, lorsqu’ils buvaient le sang de leurs victimes, transmettaient cette force au démon lui-même, qui devenait de plus en plus puissant. Les dieux eux-mêmes eurent du mal à le combattre. Jusqu’à l’intervention des sœurs Wüen.

« Leur magie blanche et simple était, contre ce démon, l’arme la plus redoutable. Ainsi, après un long conflit contre le bien et le mal, fut-il achevé et rejoint-t-il les enfers pour toujours. Mais les dieux tinrent à remercier les triplettes pour leur aide. En premier lieu, ils leur fit don de jeunesse éternelle. Puis, ils donnèrent à chacune un artefact dont les pouvoirs étaient spécifiques, et, en plus de cela, deux donc, l’un artistique, l’autre divers. La première d’entre elles, Dame Shesemtet reçut un miroir, qui était capable de contrôler tout métal, le don de métamorphose et de danse. Une flûte traversière fut offerte à la seconde, Dame Mâat, qui pouvait parler aux animaux et jouer de la musique. Son instrument dominait la pression et l’épaisseur de l’air. Quant à la dernière, Dame Nephtys, les dieux lui donnèrent un sablier, capable d’agir sur le climat dans un périmètre limité, le don de chant et de lier dans les étoiles et astres nocturnes. Les trois femmes, récompensées des dieux, parcoururent alors le monde entier, diffusant leur bien. Elles ne désiraient mettre leurs pouvoirs au bien des autres, et non pour elles seules. Et un jour, elles virent s’installer à Ephyr, ne désirant pas abandonner les Neltiads clandestins à leur sort.

« Depuis, les Neltiads pour leur exprimer leur reconnaissance, édifièrent pour elles une luxueuse demeure, le temple des Wüen, dans lequel elles vivent depuis. De plus, une fois par année, et pour le plus grand plaisir des habitants, elles se donnent en spectacle. Mais sinon, elles mettent leurs pouvoirs au service du peuple d’Ephyr.

Il y eut un long silence, pendant lequel nous observâmes l’édifice.

- Je comprends mieux à présent…dis-je. Les champs de céréales là-bas, elles poussent…
- …grâce au pouvoir de Truc machin chose… ? finit Yasalyn à sa manière.
- Dame Mâat, rectifia Naid. Oui, c’est exact. Grâce à son sablier, même dans une cité souterraine, elle apporte pluie et lumière nécessaire.
- C’est impressionnant, murmura Astiran qui n’en revenait pas. Et à quelle période de l’année se produisent-elles en scène ?
- Le 24 avril, répondit mon frère. C’est la journée des Fleurs et du renouveau. L’occasion pour elle de s’amuser, car elles détestent par-dessus tout être vénérées telles des dieux. Et leur symbole, que vous pouvez voir sur la façade représente leurs trois objets réunis. Le cercle, le miroir, le sablier garde sa forme et les deux droites parallèles horizontales forment en fait la flûte traversière.
- Elles ne se sont pas emmerdées quoi…dit Yasalyn.
- Et on ne peut pas entrer dans le temple ? demandai-je.
- Non…seuls les prêtres ou personnes invitées par les Dames elles-mêmes ont le droit de pénétrer en ce lieu.

Nous restâmes à contempler le bâtiment durant quelques minutes, émerveillés.

- Venez, nous dit Naid. Il y a d’autres choses à voir.

Alors, nous le suivîmes. Il nous fit traverser la rue commerçante. Il y avait là beaucoup de boutiques, mais pas autant qu’à Neruda. Quelques librairies, une boucherie, une forge, un bijoutier…il y avait de tout. Une salle d’entraînement était également ouverte. Puis, Naid nous amena devant une grande fontaine.

- Voici la fontaine de Thraivy, dit Naid. Encore d’après une légende, cette eau soignerait les malades. C’est pourquoi l’hôpital vient régulièrement chercher de l’eau à cet endroit.
- Mais pour un dragon ? demanda Astiran.
- Sûrement pour dégoûter les gens, dit Yasalyn. C’est méchant ces bébêtes.
- C’est encore un mythe parmi tant d’autres, répondit Naid. On raconte qu’il y a longtemps, un dragon habitait dans ces souterrains, mais qu’il les a laissé aux Neltiads tellement il fut pris de pitié.
- Tu m’étonnes que ce soit une légende ! s’exclama Yasalyn . Un véritable dragon les aurait bouffés sans demander quoique se soit. Et tant que tu y es, dans ton mythe, le monstre n’avait pas de cure-dent ?
- Les archéologues fouillent toujours ! plaisanta Naid.

Alors, nous nous assîmes sur les bords de la fontaine. Devant nous, des enfants jouaient à s’attraper. Je souris en les regardant, ils me rappelaient ma jeunesse : les enfants de Faritè qui faisaient des parties de chat. Quand soudain, une petite fille aux longs cheveux bruns trébucha sur un pavé et tomba sur le genou. Alors, elle se mit à pleurer. Mais, le plus étonnant, c’est que Yasalyn accourut. Je voulus la rejoindre, mais Naid me retint en m’attrapant le bras.

- Attends un peu…me murmura-t-il.

Yasalyn arriva jusqu’à la petite fille, qui continuait à pleurer. Mais elle eut un hoquet de surprise en voyant Yasalyn, elle, une humaine…

- Ca va ? demanda Yasalyn en s’agenouillant auprès de la fillette.
- J’ai mal à mon genou…se plaignit-elle.
- Attends…montre-moi un peu cette blessure.

Après une courte hésitation, elle lui donna sa jambe au genou écorché. A la vue du sang, le cœur de Yasalyn se mit à battre, elle déglutit. Puis, elle examina attentivement la plaie, sans toutefois faire de mal à la fillette.

- Hum…ça n’a pas l’air très profond, constata-t-elle. Je peux facilement te soigner cela.
- Comment pouvez-vous, madame ? demanda la petite fille curieusement.

Yasalyn lui lança un discret clin d’œil.

- Je suis magicienne…répondit-elle à voix basse.

Puis, elle mit sa main au-dessus du genou de la fillette et ferma les yeux. Elle se concentra, les sourcils froncés.

- Ot uot uorophsoph soggéph…

Une lueur blanche apparut dans la paume de sa main blême, et la plaie, juste en dessous, cicatrisa. La fillette n’en revenait pas, elle n’en croyait pas ses yeux. Elle en resta bouche bée, et leva son regard ahuri vers Yasalyn. Et j’étais dans le même cas qu’elle, moi, assise un peu plus loin, qui avait regardé la scène avec attention.

- Com…comment avez-vous fait ça ? bafouilla la petite fille.

Alors, un sourire attendri se dessina sur les lèvres de Yasalyn qui lui glissa quelques mots à l’oreille. La fillette se leva, excitée.

- Merci beaucoup, madame la magicienne !

Puis, elle s’en retourna retrouver les autres enfants pour continuer de jouer avec eux. Après un dernier regard, Yasalyn revint vers nous.

« Pourquoi s’acharne-t-on sur les enfants… Pourquoi les victimes sont-elles toujours ces petits innocents…Pourquoi… »

Elle reprit immédiatement son attitude habituelle, son regard glacial, lorsqu’elle arriva jusqu’à nous.

- Il va falloir que tu nous donnes des explications, lui dis-je.
- Pourquoi donc ? Pour avoir aidé cette pauvre fillette ?
- Non…cette magie…
- Quelle magie ?
- Te fous pas de nous, tu as eu recours à un sortilège pour la soigner.
- Je ne vois pas de quoi tu parles…
- Bon, du calme, intervint Naid. Allons discuter de tout ça dans une auberge, autour d’une bonne bière.
- Ca c’est une bonne idée ! approuva Astiran.
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arilia

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MessageSujet: Re: La fille du monde   Dim 24 Juin - 20:29

Alors, nous nous levâmes et quittâmes la fontaine. Je me retournai une dernière fois afin d’apercevoir la fillette, toute fière, qui montraient à ses amis son genou totalement guéri. Je souris, mais ce n’était pas pour autant que les questions ne me tourmentaient pas l’esprit. Pourquoi Yasalyn était-elle soudainement devenue si gentille envers une enfant… ? Jusqu’à l’aider. De plus, quelle était cette mystérieuse magie ? Elle nous cachait trop de choses, mais on pouvait en dire de même pour moi, car je ne lui avais toujours pas dévoilé mon statut de déesse. Naid n’était pas non plus au courant des origines divines d’Astiran, nous en étions tous au même point…

Nous arrivâmes devant une taverne dont l’enseigne qui se balançait en grinçant nous indiquait clairement le nom de la taverne : « Au ‘tit Roum » Drôle de nom, mais original et attrayant. D’ailleurs, l’auberge était pas mal remplie. Nous entrâmes, lorsque deux jeunes hommes levèrent leurs choppes en nous voyant ?

- Hey ! Naid ! s’exclama l’un d’entre eux. Ca fait longtemps que l’on ne t’a pas vu !
- Salut les gars ! dit Naid, heureux.

L’un des hommes jeta sur nous un coup d’œil curieux.

- Oh, mais dis-moi, dit-il. Tu nous rapporte du monde, du beau en plus !
- Et oui !

Naid me prit par l’épaule.

- Voici ma sœur, Diphtil, déclara-t-il. Diphtil, je te présente Merenan et Ronazis.

Merenan était un Neltiad aux cheveux de blé, le visage fin, des yeux mystérieux et attirant. L’autre, Ronazis, était plutôt baraqué, un visage carré, des cheveux bruns en bataille, un sourire un peu niais sur son visage.

- Ah ! Voici la sœur si célèbre ! Elle est bien jolie dis-moi Naid ! Tu ne nous avais pas menti. Un beau visage d’ange…
- Désolé Merenan, dit Naid amusé. Elle a déjà quelqu’un qui occupe son cœur, et d’ailleurs, c’est lui, il se nomme Astiran.

Merenan sembla déçu par la réponse de Naid, mais également intrigué par Astiran.

- On ne voit pas souvent d’humains ici, s’exclama Ronazis.
- Et pourtant, je suis là, dit Astiran.
- Et enfin, voici Yasalyn.

A l’appel de son nom, elle fit juste un petit signe de tête à peine visible. Tout de suite, les deux jeunes Neltiads furent ensorcelés par la beauté de la jeune femme blonde.

- Hey Naid ! Tu nous as ramené de belles pièces ! Tu nous gâtes !
- Bon alors…on vous sert quoi ? demanda Merenan.
- Ca dépend…répondit Astiran. Qu’est ce que l’on peut boire ici ?
- De tout, répondit Naid. Il y a de la bière, de l’hydromel, de l’alcool de fruit…

Ainsi, nous – enfin…ils ! – commencèrent à boire de sorte qu’une heure plus tard, tous étaient bourrés, sauf moi, qui avait refusé tout alcool. Au bout d’une dizaine de bouteille, Yasalyn, sur les genoux de Ronazis, gloussait telle une dinde, tout en écoutant des histoires d’un Merenan saoul, une chope de bière à la main. Tandis qu’à côté, Naid et Astiran – malgré mon avertissement concernant celui-ci –, qui se tenaient par l’épaule, étonnaient des chansons tout en se balançant de gauche à droite, à en avoir mal à la tête. Et moi, je les regardais, désespérée par ce spectacle. Je savais bien qu’Astiran, pas très habitué à l’alcool, ne savait pas le tenir. Au contraire, pour Naid, il lui avait fallu le double pour qu’enfin, il commence devenir ivre. Yasalyn, quant à elle, ne le tenait pas du tout. Avec difficulté et à l’aide de ses mains, elle se leva pour prendre une énième bouteille, mais sur son chemin, elle rencontra un obstacle : un Naid totalement bourré. Elle le percuta de plein fouet, et ne tenant pas en équilibre sur ses deux jambes, il tomba, elle sur lui. En voyant cela, Astiran éclata de rire. Avec l’aide de Merenan, ils réussirent à se relever. Naid, remis sur pieds, qui, néanmoins, ne marchait pas très droit, donna une tape sur la fesse de Yasalyn.

- Coquine, va ! gloussa-t-il.

Ne tenant pas à en voir plus, je me levai et sortis de la taverne. A mon grand soulagement, personne ne me suivit à l’extérieur, ils préféraient sûrement s’amuser. Mais, je n’avais pas sommeil, et je n’avais aucune envie de rester dans mon lit sans rien faire, je détestais ça par-dessus tout. Alors, au carrefour, de bifurquai à droite. Les rues, à cette heure là de la nuit, étaient totalement désertes. Enfin, j’arrivai : la fontaine de Thraivy. En soupirant, je m’assis sur le rebord, caressai la pierre avec ma paume, contemplant le dragon cracheur d’eau, illuminé par les torches à côté, suspendues sur le mur. Avec ma main, je cherchai dans mes habits et me saisis de pendentif d’ivoire qui s’était réchauffé contre ma peau. Je le serrai fort au creux de ma paume, entre mes doits. En fermant les yeux, je commençai l’une de mes plus profondes prières. Mes lèvres écarlates entrouvertes tremblaient. Je me mis à respirer plus fort et plus rapidement. Une larme cristalline coula sur ma joue et tomba dans l’eau de la fontaine.

« Naid…Pourquoi n’étais-je pas là…pardonne-moi…Que t’est-il arrivé… »
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